Coronavirus : "Quand on ne sait pas, la meilleure attitude est de le dire et d'attendre"

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Pour Étienne Klein, les opinions qui circulent sur les réseaux sociaux peuvent discréditer les scientifiques (photo d'illustration). 8:56
Pour Étienne Klein, les opinions qui circulent sur les réseaux sociaux peuvent discréditer les scientifiques (photo d'illustration). © AFP
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Étienne Klein, philosophe des sciences et physicien, est revenu samedi sur Europe 1, sur son texte "Je ne suis pas médecin mais..." publié chez Gallimard. Selon lui, il faut laisser les scientifiques s'emparer des débats sur les traitements et recherches en cours et éviter de donner son opinion lorsque l'on n'est pas chercheur. 
INTERVIEW

Il vient de publier un texte intitulé "Je ne suis pas médecin mais..." dans la collection "Tracts de crise" chez Gallimard. Étienne Klein, philosophe des sciences et physicien, y lance un appel à la prudence et à la modestie intellectuelle. Au micro de Patrick Cohen, il a insisté samedi sur son message : éviter de donner son opinion sur les recherches scientifiques en cours sur le Covid-19 quand on n'est pas spécialiste. 

Ce texte a été inspiré par un tweet. "Je ne suis pas médecin mais il semblerait que ça fonctionne. Il ne faut jamais prendre un médicament à la légère mais on n’a pas le droit de passer à côté d’un médicament qui peut épargner des vies ! Nous n’avons pas d’autres traitements" avait écrit Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, à propos de la chloroquine, médicament actuellement testé sur son efficacité sur le Covid-19. 

Avec ce tweet, tout se passe "comme si la popularité d'un médicament était le gage de son efficacité et comme si le fait de ne pas être médecin et de l'avouer donnait ensuite le droit de parler comme un sachant", affirme Étienne Klein. 

Selon lui, cet exemple illustre le manque de prudence dont les Français font preuve en affirmant sans savoir. "Quand on ne sait pas, la meilleure attitude est de le dire et d'attendre", lance-t-il. Il s'agit donc, selon lui, "soit de faire de la recherche si l'on est un chercheur, soit, si on ne l'est pas, attendre que les chercheurs se mettent d'accord". "Ils finissent toujours par tomber d'accord si les recherches sont bien faites. Cela demande du temps. Il ne faut pas se précipiter", poursuit Étienne Klein. 

Différencier la connaissance de la croyance 

Plus largement, le philosophe craint que le sérieux de la science soit altéré au profit de l'opinion. Il s'inquiète notamment du fait "que les réseaux sociaux comme Twitter deviennent une revue scientifique". "L'idée que la science est une opinion me semble dangereuse. Il y existe une différence, même si la frontière est poreuse, entre les connaissances et les croyances. Le but de mon 'Tract' était de montrer que la science suppose de penser contre l'opinion et ses préjugés", explique le scientifique. 

Pour illustrer le danger de l'intuition, il s'appuie sur un exemple. "L'intuition nous fait dire que tous les corps lourds tombent plus vite que les corps légers, en vérité, ils tombent à la même vitesse", rappelle Étienne Klein. 

Le philosophe est pourtant convaincu que la population doit avoir accès aux connaissances scientifiques. "Pour moi, la science est républicaine c'est-à-dire qu'elle doit être partagée et doit pouvoir circuler sans obstacle au sein de la société", estime Étienne Klein, qui nuance ensuite. "Mais, la science n'est pas démocratique. Elle n'est pas le résultat de votes". 

Il prend un second exemple pour expliquer l'importance du processus de validation scientifique. "Si en 1905, quelques jours après la publication par Einstein de la théorie de la relativité, on avait fait un vote ou un sondage pour savoir si cette théorie était juste ou non, la majorité des gens auraient répondu non, y compris les physiciens", précise-t-il. "Ce n'est pas le vote qui tranche ce genre de questions mais l'adoption de protocoles qui finissent par converger et mettre même à peu près tout le monde d'accord". 

Europe 1
Par Tiffany Fillon