Marie-Paule Kiény, présidente du Comité Vaccin 19, fait le point sur ce que l'on sait de l'efficacité des différents vaccins (photo d'illustration). 6:12
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Margaux Lannuzel , modifié à
Fiabilité du vaccin AstraZeneca, disponibilité de Spoutnik V et efficacité face aux variants : la virologue Marie-Paule Kiény, présidente du comité Vaccin-19, fait le point sur l'état de nos connaissances alors que la campagne vaccinale doit s'accélérer en France. 
DÉCRYPTAGE

"Nos concitoyens sont beaucoup plus intéressés à se faire vacciner que ce qu'on craignait", se félicite sur Europe 1 Marie-Paule Kiény, virologue, présidente du comité Vaccin-19, directrice de recherche de l'Inserm et ancienne sous-directrice générale de l'OMS. Alors que la confiance des Français dans les vaccins contre le Covid-19 était "à un niveau extrêmement bas" fin décembre, les demandes de rendez-vous affluent partout sur le territoire depuis le début de la campagne, qui vise prioritairement les publics fragiles. Des questions demeurent cependant quant aux différences entre les vaccins produits par chaque laboratoire, et à leur efficacité, notamment face aux variants. Au micro d'Europe 1, la spécialiste fait le point. 

Des données "pas tout à fait claires" sur AstraZeneca

"Il faut avouer que les données disponibles autour du vaccin AstraZeneca ne sont pas tout à fait claires", commence Marie-Paule Kiény, citant la principale étude publiée sur ce vaccin, dont les premières doses ont été injectées samedi en France. "Cet essai clinique de grande taille, mais qui a inclus très peu de personnes âgées", raison pour laquelle il est "très difficile de dire à ce stade là si le vaccin va être efficace sur les plus de 65 ans ou s'il ne va pas l'être".

En Europe, plusieurs pays ont donc décidé de réserver ce vaccin aux personnes de moins de 65 ans, "voire même de moins de 55", souligne la virologue. En Suisse, "les autorités de réglementation ont même décidé d'attendre les résultats d'un autre essai clinique, actuellement en cours aux États-Unis, et qui devrait donner des résultats au mois de mars". 

Spoutnik V, des avantages et une "difficulté d'utilisation"

Quant au vaccin russe Spoutnik V, Marie-Paule Kiény, qui a visité le centre de recherches Gamaleïa de Moscou à la fin de son élaboration, dit avoir "toujours cru que ce vaccin était efficace au vu des données disponibles". "Il n'est pas enregistré et il faut laisser le temps à l'Autorité de réglementation du médicament pour regarder le dossier complet, qui contient beaucoup plus de choses que juste les résultats des essais cliniques et d'efficacité", nuance-t-elle toutefois. Un examen qui pourrait prendre "plusieurs semaines, voire plusieurs mois", même si la prestigieuse revue médicale The Lancet juge le vaccin efficace à plus de 91%

Ce que l'on sait déjà, c'est que le vaccin russe, comme celui d'AstraZeneca, présente "un avantage de mise en œuvre" : celui de "pouvoir être gardé à une température de réfrigérateur". Il a, en revanche, "une petite difficulté supplémentaire d'utilisation" : les deux injections nécessaires "doivent être faites avec un produit différent". Il faut "être bien sûr, au moment où on vaccine, de savoir si on donne une première dose ou une deuxième dose". 

Une efficacité en baisse face aux variants

Mais une autre question se pose : que valent ces deux vaccins, et ceux déjà sur le marché en France - Pfizer/BioNTech et Moderna - face aux variants du Covid-19 ? Un "consensus" existe pour dire qu'ils sont efficaces ou que "s'il y a une perte d'efficacité, elle est faible" contre le coronavirus et son variant dit "anglais". Mais "on a beaucoup plus d'incertitudes" concernant d'autres mutations de la maladie, selon la spécialiste. 

Marie-Paule Kiény cite notamment les variants brésilien et sud-africain. Pour ce dernier, "on commence à avoir des données, et on voit, selon les essais cliniques qui ont été réalisés sur des populations où ce virus circule, qu'ils sont moins protecteurs", affirme-t-elle. "Cela ne veut pas dire qu'ils le sont pas du tout", mais "on pourrait passer d'un niveau de protection de 95% pour les vaccins à ARN messager à une protection plus près de 50%, voire peut-être 40% pour le vaccin d'AstraZeneca." Des données que la virologue invite toutefois à prendre "avec précaution" car elles ont été observées sur des échantillons réduits.