Masques, "corruption" : un nouvel ouvrage étrille la gestion de la crise du coronavirus

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Christian Perronne 2:22
Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de Garches, défenseur de la chloroquine. © Europe 1
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Alors que la commission d'enquête à l'Assemblée nationale démarre ses travaux sur la gestion de la crise sanitaire mardi, Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de Garches et défenseur de la chloroquine, publie un ouvrage acerbe sur les erreurs du gouvernement et des experts. Il s'explique sur Europe 1.
INTERVIEW

"Y'a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commise ?" Le professeur Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de Garches, défenseur de la chloroquine, publie un ouvrage, aux éditions Albin Michel, sur la gestion de la crise sanitaire en France, avec le sous-titre évocateur "Covid-19, l'union sacrée de l'incompétence et de l'arrogance". Il dénonce l'impréparation du gouvernement, l'attentisme des experts médicaux chargés de rendre des avis pour conseiller l'exécutif, mais également une forme de corruption autour des professeurs et des laboratoires pharmaceutiques. "Depuis le début je suis effaré", explique-t-il sur Europe 1.

Un manque de masques et de tests

"Pendant quinze ans, au conseil de la santé publique, j'ai géré beaucoup de crise sanitaire avec plusieurs gouvernements, ministres de la Santé, directeur général de la Santé donc je connais le système", souligne Christian Perronne. "D'abord en 2011 j'avais signé un rapport au nom du Haut conseil de santé public à destination des autorités, pour dire comment gérer les masques. Quelques mois après on a dit : les masques ne servent à rien, poubelle. Ils savaient parfaitement qu'il n'y avait pas de masques".

Selon lui, Agnès Buzyn avait alerté Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, le 20 décembre dernier, sur un potentiel risque épidémique mais que les commandes de masques n'ont été passées que le 30 janvier. Une décision trop tardive qu'il pose en parallèle de l'Allemagne, mieux préparée selon le professeur.

Mardi, la commission d'enquête Covid-19 démarre ses travaux à l'Assemblée nationale. Son objectif, selon un député : "distinguer ce qui relève de conditions normales d'impréparation et ce qui relève de mensonges délibérés". "En maladie infectieuse, on ne sait jamais comment cela va se passer. Seulement, il faut être prêt. Or là, il n'y a eu aucune préparation sur les masques et les tests", déplore Christian Perronne. "Et c'est pour cela qu'on a été obligé de confiner toute la France.

"D'autres pays, plus futés, ont pris de bonnes décisions. Il y avait des masques, des tests pour isoler les gens, que les malades, les personnes autour d'eux pouvant être contaminés, les personnes fragiles notamment les personnes âgées."

"C'est une forme de corruption"

Au fil des pages de son ouvrage, Christian Perronne dénonce les professeurs du conseil scientifique, les accusant d'incompétence et d'attentisme. Plus encore, il pointe les liens supposés entre eux et les laboratoires pharmaceutiques. "C'est une forme de corruption. Un professeur a le droit de travailler pour l'industrie, cela ne me choque pas, l'industrie a besoin d'experts. Ils les rémunèrent et les déclarent", explique Christian Perronne. Mais "quand vous touchez des dizaines de milliers d'euros, vous ne pouvez pas siéger dans une commission qui va donner des avis, où les molécules du laboratoire en question peuvent être en jeu. C'est une faute grave."

Lui-même ancien président de la commission spécialisée sur les maladies transmissibles du Haut Conseil de la santé publique, il demandait à tous les membres, avant chaque réunion, d'énoncer leurs conflits d'intérêts, par rapport à l'ordre du jour. "A chaque conflit majeur, la personne est en question devait quitter la salle, ne pas participer au débat ou au vote. Là, ça n'a pas été le cas. Je suis catastrophé de voir cette évolution et les gens ne respectent plus les règles."

Europe 1
Par Mathilde Durand