Déconfinement : une première journée sans tensions majeures, malgré quelques accrocs

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Coronavirus déconfinement
Les Français ont pu sortir pour la première fois sans attestation depuis le 17 mars. © AFP
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La France a vécu lundi le premier jour de son déconfinement. Si la réouverture des commerces s'est bien déroulée, de fortes affluences ont parfois été observées dans les transports, notamment en région parisienne. Le bilan de la pandémie est de 263 morts en 24 heures. 
L'ESSENTIEL

Un premier jour de déconfinement sous tension, qui s'est dans l'ensemble bien déroulé. Alors que le nombre de morts liés au coronavirus a augmenté plus fortement en 24 heures, comme souvent dans les bilans communiqués le lundi, les commerces ont rouvert et de nombreux Français ont repris le chemin du travail, avant le retour à l'école des enfants, mardi. 

Les informations principales à retenir :

  • Le premier jour du déconfinement s'est globalement bien déroulé, avec des commerces rouverts de manière partielle 
  • Dans les transports en commun, le port du masque semble respecté mais la distanciation sociale reste compliquée
  • On recense désormais 26.643 morts en France, soit 263 morts de plus en 24 heures
  • L'état d'urgence sanitaire a été validé par le Conseil constitutionnel, qui en a censuré deux éléments
  • Les enfants rentrent à l'école mardi, avec de vives craintes des parents 

Le nombre quotidien de morts en hausse 

Le bilan quotidien des décès a augmenté lundi soir de 263 morts, contre 70 dimanche, et 306 lundi dernier. C'est souvent le cas le lundi, après une réactualisation plus exhaustive des données du week-end.

Le bilan total s'élève à au moins 26.643 décès, alors que la pression sur les services d'urgence hospitaliers se réduit toujours : "2.712 malades atteints d’une forme sévère de Covid-19 sont hospitalisés en réanimation", précise la Direction générale de la santé dans son communiqué, soit un solde de 64 malades graves en moins. L'armée française, qui a commencé de démonter l'hôpital de campagne déployé à Mulhouse, va déployer dix lits de réanimation à Mayotte.

Par ailleurs, la situation reste extrêmement tendue dans les départements franciliens, notamment en Seine-Saint-Denis, où la surmortalité a bondi de 118% entre le 1er mars et le 10 avril, selon une étude publiée lundi par l'Observatoire régional de santé Ile-de-France. 

Transports : une journée sans incident, ou presque

Qui dit reprise du travail, dit reprise des transports en commun pour de nombreux Français. Et la journée s'est, dans l'ensemble, bien passée lundi, ont constaté la RATP et la SNCF. "Aucun incident majeur n'a été constaté sur le réseau ce matin", a par exemple indiqué la RATP dans un communiqué, ajoutant que "les retours du terrain montrent un respect global des consignes sur le réseau". En revanche, l'Unsa-RATP, premier syndicat de la régie, a "tiré la sonnette d'alarme avec solennité", s'inquiétant d'"une affluence excessive" sur certaines lignes, notamment la ligne 13 du métro et le RER B, pendant la première heure de pointe de la matinée.

La SNCF a aussi fait le constat d'une journée sans encombre ou presque. Lisez ici notre article sur cette première journée quasiment sans accroc.

Vives interrogations sur le retour des enfants à l'école 

Lundi, crèches et écoles ont rouvert, avant que les enfants ne reviennent à partir de mardi. Mais de nombreux enseignants et parents s'interrogent sur les conditions d'accueil des petits, comme nous vous le racontons dans cet article.

Dans une interview sur Europe 1, lundi soir, le pédiatre et infectiologue Robert Cohen a lui appelé les parents à remettre leurs enfants à l'école. "Sans hésiter, remettez vos enfants à l'école !", a-t-il lancé. "Le risque pour les enfants est modeste, pas nul, et ils sont moins contagieux que les adultes, entre eux et pour les adultes", a poursuivi le pédiatre. Mais si vous n'arrivez tout de même pas à rassurer votre enfant, lisez cette article, avec les conseils de la psychologue de l'Education nationale. 

De nombreux clients dans les salons de coiffure et magasins de vêtements

Une grande partie des magasins de France ont rouvert leurs portes : seuls les centres commerciaux excédant 40.000 mètres carrés restent pour l'instant fermés, car susceptibles d'accueillir beaucoup de monde. "On est content de pouvoir retrouver un semblant de vie normale", témoigne ainsi sur Europe 1 une cliente du centre commercial de la Confluence à Lyon

Si les boutiques de vêtements ont été particulièrement fréquentées, les salons de coiffure ont également connu des affluences record. "On affiche presque complet sur 15 jours", confirme Michel, patron des "Incorruptibles", confiant avoir une quarantaine de clients sur la journée. 

Déconfinement : le Conseil constitutionnel censure des éléments

Le Conseil constitutionnel a validé la loi prorogeant l'état d'urgence sanitaire et organisant le déconfinement, mais a censuré des éléments liés à l'isolement des malades et au "traçage" de leurs contacts, dans une décision prise lundi. Saisi par Emmanuel Macron, le président du Sénat Gérard Larcher, et d'autres parlementaires, le Conseil "valide plusieurs" des dispositions de la loi, adoptée samedi par le Parlement.

Mais "concernant les traitements de données à caractère personnel de nature médicale aux fins de 'traçage'", il a décidé "deux censures partielles" pour limiter le nombre de personnes pouvant accéder à ces données, et pour qu'un juge des libertés puisse effectuer un "contrôle" si le malade ne peut pas sortir plus de 12 heures de son lieu d'isolement.

La France doit anticiper un "reconfinement en urgence"

Confinement, déconfinement, reconfinement ? "Un reconfinement en urgence doit être anticipé", prévient dans son rapport sur le déconfinement publié lundi le haut-fonctionnaire Jean Castex, en appelant à préserver la "réversibilité des mesures" en cas de résurgence de l'épidémie de coronavirus. "En l'absence, à brève échéance, de vaccin ou de solution curative, la population française demeure vulnérable à une reprise de l'épidémie", souligne-t-il. 

Faudra-t-il opérer un reconfinement si le déconfinement entraîne trop de relâchement ? C'est la crainte des autorités, notamment avec le retour des beaux jours. Lundi soir, les policiers ont évacué le canal Saint-Martin à Paris, où les Parisiens s'étaient rassemblés en petits groupes, trop nombreux selon les forces de l'ordre.

 

Un "plan Marshall" en préparation pour le tourisme

Comment sauver le tourisme ? Les autorités françaises finalisent cette semaine les contours d'un "grand plan Marshall" d'investissement, à hauteur de 1,3 milliard d'euros, en vue de soutenir ce secteur durement touché par la crise. C'est ce qu'a fait savoir lundi la Caisse des Dépôts.

"C'est un programme de fonds propres qui va être validé et arbitré par le comité interministériel du tourisme, cette semaine, qui est présidé par le Premier ministre. Et c'est ce qu'on appelle des fonds propres, ce n'est pas du prêt, (…) c'est véritablement de l'investissement", a déclaré Olivier Sichel, directeur adjoint de la Caisse des Dépôts, sur France Info. 

On déconfine aussi ailleurs dans le monde

La France n'est pas le seul pays à connaître une étape de déconfinement. En Espagne, la moitié des habitants peuvent de nouveau s'installer aux terrasses des bars et restaurants. Madrid et Barcelone ne sont en revanche pas concernées. Aux Pays-Bas, les écoles primaires et garderies rouvrent partiellement. En Belgique, la plupart des commerces rouvrent. Le Royaume-Uni, quant à lui, a prolongé son confinement au moins jusqu'au 1er juin.

La pandémie a fait au moins 282.447 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, selon un bilan. Plus de 4,1 millions de cas ont été diagnostiqués dans 195 pays et territoires. Les Etats-Unis sont le pays le plus endeuillé, avec 79.528 décès. Suivent le Royaume-Uni (31.855), l'Italie (30.560), l'Espagne (26.744) et la France (26.380). En proportion de la population, hors micro-Etats, c'est en Belgique que la mortalité est la plus élevée (751 morts par million d'habitants), devant l'Espagne (572) et l'Italie.

La province du Hubei, berceau de la pandémie, a détecté cinq nouveaux cas de contamination lundi, au lendemain de l'annonce de la première infection en plus d'un mois. Ces chiffres restent modestes et aucun nouveau décès lié au coronavirus n'a été signalé en Chine continentale depuis près d'un mois. En Italie, en revanche, il y avait lundi moins de 1.000 malades en soins intensifs, 999 exactement, une première depuis le 10 mars, lendemain de la décision de confiner la population.