Coronavirus : "S'il y a une deuxième vague, on est morts", prévient Gabriel Steg

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Les services de réanimation sont au-dessus de leurs capacités. 3:33
Les services de réanimation sont au-dessus de leurs capacités. © PATRICK HERTZOG / AFP
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Invité de Patrick Cohen sur Europe 1 samedi, Gabriel Steg, co-président du comité de pilotage spécial Covid au sein de l’AP-HP et chef du service de cardiologie à l'hôpital Bichat, alerte sur une possible nouvelle vague de cas à laquelle l'hôpital, encore sous tension et épuisé, aurait du mal à faire face. 

Alors que le déconfinement se prépare, la crainte d'une nouvelle vague de contamination au coronavirus fait peser une chape de plomb sur l'hôpital, déjà mis à rude épreuve par l'épidémie. Si "la situation s'améliore", il n'y a pas de quoi crier victoire pour Gabriel Steg, co-président du comité de pilotage spécial Covid au sein de l’AP-HP et chef du service de cardiologie à l'hôpital Bichat. Pour ce professeur à l’université Paris Diderot, la saturation des lits est toujours d'actualité puisque "les réanimations sont encore plus pleines que pleines". 

"On n'est pas encore du tout revenu à une situation normale", déplore-t-il au micro de Patrick Cohen sur Europe 1, craignant qu'une seconde vague de Covid-19 vienne frapper la France quelques temps après le déconfinement. Il tient à alerter : "Si on doit avoir une nouvelle vague, on est morts. On est dans une sorte d'entre deux maintenant, on se prépare au cas où on devrait accueillir une deuxième vague mais je pense que si elle se produit, l'hôpital va être en très grande difficulté."

"L'hôpital doit beaucoup aux médecins"

Saluant le travail "surhumain" des soignants au sein des services en première ligne dans la lutte contre le coronavirus, il rappelle : "Il y a eu des moments de solidarité, cela a été une transformation assez incroyable, mais on ne peut pas avoir des exploits comme ça tout le temps."

"Je pense d'ailleurs qu'on devra tirer beaucoup d'enseignement de la façon dont l'hôpital a géré cette crise", poursuit Gabriel Steg. "Ce qui a frappé tout le monde, c'est à quel point les médecins se sont engagés. D'une certaine façon, ils ont repris le pouvoir au sein de l'hôpital et je pense que l'hôpital leur doit beaucoup. Les cellules de crise étaient des cellules administratives et de médecins, tout le monde a joué le jeu. Je dois dire que j'ai assisté à quelques réunions et j'étais extrêmement impressionné par ces gens, présents 24/24h, à gérer comme dans un cabinet de guerre. On leur doit beaucoup", ajoute-t-il, soulignant également la mobilisation "des soignants de ville qui ont beaucoup travaillé et qui en plus n'étaient pas protégés".

"Ça a vraiment été un moment très difficile qu'on a traversé, j'espère qu'on n'aura pas une nouvelle vague de la même ampleur. Si on devait avoir de nouveaux cas, j'espère que ce sera moins, et étalé dans le temps. Parce que plus c'est ramassé, plus ça va être difficile à gérer et je pense qu'on peut se retrouver en très grande difficulté", conclut-il. 

Le retour à l'hôpital de patients souffrant d'autres pathologies

D'autant que l'hôpital va également devoir faire face au retour des patients souffrant d'autres pathologies que le Covid-19, et qui ont déserté les lieux pendant l'épidémie. Une "très forte diminution du nombre de patients ayant d'autres pathologies", a ainsi été observée. "On a fait des enquêtes en France comme à l'étranger qui montrent qu'il y a eu une diminution absolument phénoménale d'infarctus du myocarde, d'accidents vasculaires cérébraux..."

"Or ce n'est pas une vraie diminution", prévient Gabriel Steg. "Ce sont des gens qui n'ont probablement pas consulté, ou plus tardivement, peut-être parce qu'ils avaient peur de venir à l'hôpital", explique le chef de service. Il se dit très inquiet après avoir déjà constaté des formes plus graves que d'habitude chez ces patients. Selon lui, l'après sera également le moment de mesurer "l'impact, en termes de morbi-mortalité [cumul de morbidité et mortalité, NDLR], sur les patients qui n'ont pas le Covid-19 mais n'ont pas pu être traités, ou qui n'ont pas consulté." 

Europe 1
Par Coline Vazquez