Coronavirus : qu'en est-il réellement de la reprise de l'épidémie en France ?

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Le Covid-19 circule de façon plus active depuis plus d'une semaine en France. © AFP
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Le Covid-19 circule de façon plus active depuis plus d'une semaine en France. Le Conseil scientifique alerte sur une éventuelle reprise incontrôlée de l'épidémie. Si certains indicateurs sont en hausse (réanimations, nombre de contaminations), ils sont à relativiser. Qu’en est-il réellement de cette reprise de l’épidémie ?
ANALYSE

"Nous pouvons basculer à tout moment". La France n'est pas à l'abri d'une reprise incontrôlée de l'épidémie de Covid-19, a averti mardi le Conseil scientifique dans son dernier avis, alors que les cas augmentent et que les restrictions se multiplient. Plusieurs villes ont décidé d’imposer le port du masque dans des lieux publics en extérieurs, notamment Nice, Toulouse ou encore Lille. La maire de Paris Anne Hidalgo a également demandé que le masque devienne obligatoire dans certains espaces publics, comme les marchés et les quais de Seine. Mais qu’en est-il réellement de cette reprise de l’épidémie ?

Les indicateurs en hausse

Le virus circule en effet de façon plus active depuis plus d'une semaine. "C’était à prévoir", confiait un modélisateur de données épidémiques. "Avec le déconfinement, les vacances, les gens qui se croisent, il est normal que le virus circule davantage". Et cela se traduit dans les chiffres. Alors que le nombre de personnes admises en réanimation était en baisse depuis le 9 avril, la courbe s’est inversée le week-end dernier.

Autre indicateur, très surveillé par les épidémiologistes, le taux de reproduction du coronavirus, c’est-à-dire le nombre de personnes qu’un malade contamine. Au moment du déconfinement, il était de 0,7. Il est aujourd'hui proche de 1,4. Même tendance pour le nombre de nouveaux cas, +54% la semaine dernière. La barre des 1.000 contaminations par jour a été franchie mercredi dernier. Et depuis, il n’y a pas un jour où ce seuil n’est pas dépassé.

Des chiffres à relativiser

Attention, il convient néanmoins de relativiser ces chiffres par rapport à la période du confinement. Si on prend les chiffres des personnes hospitalisées en réanimation, un infectiologue de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière confiait qu'ils avaient actuellement cinq patients dans ce service, contre deux la semaine dernière. La tendance est bien à la hausse, les soignants l'observe concrètement. Mais, au plus fort de la crise dans cet hôpital parisien, ils ont eu jusqu'à 120 patients en réanimation. 

Au niveau national, 390 personnes sont dans un état grave dans toute la France, contre 7.000 le 9 avril dernier, soit 18 fois moins. Quand on demande un terme pour qualifier la période actuelle, plusieurs épidémiologistes ont la même réponse : "C'est un frémissement, mais un frémissement qu’il faut surveiller".

Anticiper une éventuelle seconde vague

La situation est donc "contrôlée mais fragile", selon les termes du Conseil scientifique. Alors comment éviter une seconde vague ? La meilleure solution reste l'anticipation. "Lors de la première vague, on a été pris de court", expliquait un spécialiste des maladies infectieuses. "On manquait de tout, de masques, de tests et on n’avait aucune information ou presque sur le virus. Aujourd'hui, ce n’est pas la même situation. Il ne faut pas refaire les mêmes erreurs et anticiper davantage". Le Conseil scientifique demande aux autorités des "plans de prévention" axés notamment sur les vingt plus grandes métropoles. Le port du masque et les gestes barrières, il faut les marteler encore et encore selon les spécialistes pour que "ça devienne un réflexe pour les Français".

Enfin, le Conseil scientifique déplore des "lenteurs" dans la stratégie de dépistage. Il préconise de mobiliser plus de personnel pour tester plus. Mais, il faudra d’abord régler un problème : certains laboratoires manquent en effet de gants pour pratiquer les tests.