Coronavirus : pourquoi l'hôpital de Mulhouse continue d'être saturé malgré les évacuations

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Coronavirus Mulhouse 2:03
Les évacuations de malades se sont poursuivies jeudi, depuis l'hôpital de Mulhouse. © Mathieu CUGNOT / POOL / AFP
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Principal foyer de l'épidémie en France, la région de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, oblige l'hôpital à de nombreuses exfiltrations de malades. Les patients continuent malgré tout d'affluer, saturant les capacités de l'établissement.

C'est l'endroit de France où l'épidémie de coronavirus fait le plus de victimes. À Mulhouse, la crise a atteint une gravité telle que l'hôpital ne parvient plus à observer les nouveaux malades. Là-bas, les patients arrivent sans arrêt, avec 60 admissions par jour mardi et mercredi. Dans l'établissement, pas moins de 400 lits sont aujourd'hui occupés par des patients atteints du Covid-19.

 

Parmi ces 400 lits, 54 sont des lits de réanimation. Et ce service, saturé, ne parvient pas à être désengorgé malgré les différentes opérations d'exfiltrations qui ont eu lieu depuis plusieurs jours, concernant au total une centaine de malades. Deux Mulhousiens dans un TGV médicalisé en direction de l'ouest de la France, des dizaines par hélicoptères civils, 16 dans l'hôpital de campagne de l'armée installé sur le parking (sur une capacité de 30 lits) et trois fois six patients par avions militaires. D'ailleurs, une quatrième opération Morphée aura lieu vendredi, avec un départ de l'A330 Phoenix prévu pour l'Aquitaine.

 

Les soignants aussi touchés

Ces gros moyens, aussi nécessaires soient-ils, ne permettent pas l'hôpital de retrouver une véritable "marge de manoeuvre". "Avec toute cette aide, on pensait que la tension allait diminuer un peu, mais ça n'est pas le cas", déplore la directrice de l'hôpital auprès d'Europe 1. Surtout, les soignants sont aussi touchés : 130 personnels hospitaliers mulhousiens sont en arrêt de travail, et 20 soignants sont hospitalisés, dont deux en réanimation.

"On est fatigués mais on tient, voilà l'état d'esprit", confie un soignant au coeur de cette crise, dans la ville la plus touchée de la région la plus mise à l'épreuve. "On doit avoir en tête que les hôpitaux qui nous soulagent aujourd'hui n'auront peut-être plus les moyens de le faire dans peu de temps."

Des urgences désertées

Dans cette situation critique, une bizarrerie : aux urgences traditionnelles, il y a six fois moins d'activité que d'habitude. "C'est sidérant", souligne le chef des urgences. À quoi est-ce dû ? Il y a peut-être un effet confinement, les gens prennent moins de risques, avec moins d'accidents de voitures et au travail. En revanche, la baisse considérable des AVC et des appendicites est inexplicable. Cette baisse est intégralement compensée, évidemment, par le coronavirus.