Coronavirus : il serait "délétère" de "proscrire" le vaccin AstraZeneca

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Coronavirus : il serait "délétère" de "proscrire" le vaccin AstraZeneca, assure le professeur Xavier Nassif. 1:19
Coronavirus : il serait "délétère" de "proscrire" le vaccin AstraZeneca, assure le professeur Xavier Nassif. © Europe 1
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Le professeur Xavier Nassif, directeur de l'Institut Pasteur de Lille, fait le point sur Europe 1 sur les suspicions de maladies thromboemboliques potentiellement liées à l'injection du vaccin AstraZeneca. "Cela me paraîtrait délétère de proscrire ce vaccin pour ces raisons", indique-t-il. 
INTERVIEW

L'inquiétude croît autour du vaccin AstraZeneca, suspendu au Danemark, en Islande et en Norvège en raison de craintes liées à la formation de caillots sanguins chez les personnes vaccinées. De quoi ternir encore la réputation du sérum, déjà pointé du doigt pour des effets secondaires importants chez certaines personnes vaccinées. L'Agence européenne du médicament assure de son côté que le vaccin anglo-suédois est sûr, tandis que le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué que la vaccination contre le Covid-19 avec AstraZeneca serait maintenue. "Je pense que le ministre de la Santé a pris la bonne décision", réagit le professeur Xavier Nassif, directeur de l'Institut Pasteur de Lille, sur Europe 1. 

Une maladie fréquente

"Cela me paraîtrait délétère de proscrire ce vaccin pour ces raisons", assure Xavier Nassif, qui rappelle qu'un retour à la vie normale est conditionnée par l'avancée de la campagne de vaccination. Jeudi, le ministre de la Santé a précisé que "sur 5 millions d'européens (vaccinés avec AstraZeneca, ndlr), 30 personnes ont présenté des troubles de la coagulation". Un chiffre qui ne constitue pas de "sur-risque statistique" par rapport à des gens non-vaccinés.

"La maladie thromboembolique est une maladie fréquente. L'embolie pulmonaire n'est pas une maladie rare", souligne le directeur de l'Institut Pasteur de Lille. "Donc est-ce que, sur deux mois et parmi 5 millions de personnes qui n'auraient pas été vaccinées, nous n'aurions pas facilement trouvé une vingtaine de cas d'embolies pulmonaires, voire même plus ?" Avant d'ajouter : "Rattacher un événement qui peut être un épiphénomène, lié à tout autre chose, à l'injection d'un vaccin me parait extrêmement compliqué et préjudiciable."

Plusieurs autres pays ont cessé d'administrer certains lots de vaccin, notamment après la mort d'une infirmière de 49 ans en Autriche. Elle est décédée des suites de "graves troubles de la coagulation" après avoir reçu une injection. L'agence européenne du médicament estime néanmoins qu'il n'y a pas de lien entre les deux évènements. Dans la foulée, l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie et le Luxembourg, avaient suspendu les vaccinations avec des doses provenant de ce lot, livré dans 17 pays et qui comprenait un million de vaccins. L'Italie a elle interdit jeudi l'usage d'un autre lot, "à titre de précaution".

Deux mois de recul

Pour Xavier Nassif, suspendre les injections au nom d'un principe de précaution serait déraisonnable, étant donné la situation sanitaire. "On a déjà deux mois de recul, qu'est-ce qu'on veut de plus?", souligne le soignant. Les patients concernés peuvent aller se faire vacciner sans "aucune hésitation", assure-t-il. 

"Ce vaccin AstraZeneca est un vaccin qui marche et qui peut être fait par les médecins traitants car il ne nécessite pas de mécanismes de conservation particuliers. Comme il marche et qu'il est facile à faire, il faut le faire", conclut le professeur. 

Europe 1
Par Mathilde Durand (avec AFP)