Le Havre ou Matignon ? Pourquoi Édouard Philippe sort gagnant quoi qu'il arrive

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Édouard Philippe savoure sa victoire devant ses partisans au Havre après les résultats du second tour. © Sameer Al-DOUMY / POOL / AFP
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Ugo Pascolo, Jean-Rémi Baudot , modifié à
Alors que l'hypothèse d'un remaniement se fait de plus en plus pressante, la victoire d'Édouard Philippe au Havre se révèle être un cadeau empoisonné pour Emmanuel Macron. Qu'il reste ou non Matignon le Premier ministre s'est placé dans une position idéale.  
DÉCRYPTAGE

Édouard Philippe portera-t-il son écharpe de maire vendredi au Havre, jour où les nouveaux maires élus entrent en fonction ? La question est plus brûlante que jamais alors que le Premier ministre, incertain sur son avenir gouvernemental à quelques jours d'un possible remaniement, a remporté haut la main (58%) le second tour des municipales dans son fief ce dimanche.

Une forte popularité pour un Premier ministre de plus en plus Havrais

Fort d'une popularité désormais supérieure à Emmanuel Macron, 50% contre 38% (selon un sondage publié dans le JDD le 21 juin), notamment grâce à sa gestion de la crise du coronavirus, Édouard Philippe s'est montré très Havrais pendant sa campagne normande. "Il a essayé de faire en sorte que cette élection soit la plus locale possible, alors que son opposition a tenté de nationaliser les enjeux du scrutin", analyse notre journaliste politique Jean-Rémi Baudot.

Si mi-juin il confirmait rester à Matignon même s'il est élu maire, Édouard Philippe semble quelque peu se raviser quelques jours plus tard, sur France 3, en expliquant que son retour au bercail pourrait "arriver très vite". Et d'ajouter : "Si ça arrive vite, ça sera très bien." De là à y voir un appel du pied à Emmanuel Macron ? Le sujet reste entier.  

Édouard Philippe peut-il incarner le possible virage écologique du quinquennat ?

Car il ne faut pas perdre de vue que c'est au "maître des horloges" que revient la décision. Alors qu'il devait rencontrer seul la convention citoyenne pour le climat lundi, d'après nos informations, Emmanuel Macron rencontra finalement ces 150 Français en compagnie de son Premier ministre. À cette occasion "le quinquennat pourrait prendre un virage écologique", indique Jean-Rémi Baudot. "La question du maintien ou non d'Édouard Philippe est donc lié à sa capacité à incarner le virage vert souhaité par Emmanuel Macron."

D'autant qu'Emmanuel Macron souhaite un référendum sur quelques unes des propositions faites par la convention citoyenne sur le climat, une démocratie directe face à laquelle Édouard Philippe ne cache pas ses réticences. Sans oublier que le Premier ministre, juppéiste qui a milité pour les arbitrages de la rigueur, devra défendre des orientations plus à gauche sur les budgets s'il est maintenu.

"Partir avec un score pareil, c'est le rêve"

Conserver son Premier ministre quitte à perdre en crédibilité face à de nouvelles orientations, ou perdre un allié solide et difficile à remplacer ? Le choix s'annonce aussi rude pour Emmanuel Macron qu'il semble gagnant-gagnant pour le Premier ministre. "Le résultat de dimanche soir rend le moment encore plus idéal pour Edouard Philippe si cela s’arrête", analyse Olivier Duhamel, politologue. S'il part de Matignon, "c'est la sortie de celui qui a réussi autant que faire ce peut face à la pandémie. Il a acquis une popularité auprès des Français et partir avec un score pareil, c'est le rêve !"

Selon un sondage paru ce dimanche, les Français sont en tout cas 55% à vouloir qu'Édouard Philippe continue de briguer Matignon. Une majorité qui vient confirmer une nouvelle fois la pente ascendante de popularité dont jouit le Premier ministre depuis le début de la pandémie de coronavirus.