Municipales : comment expliquer la très faible participation au second tour ?

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La participation électorale au second tour des élections municipales s'est révélée particulièrement basse dimanche à 17 heures. 1:20
La participation électorale au second tour des élections municipales s'est révélée particulièrement basse dimanche à 17 heures. © Christophe ARCHAMBAULT / AFP
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La participation au second tour des municipales a été historiquement basse, avec environ 4 Français sur 10 seulement qui se sont déplacés. Comment expliquer un tel phénomène ? Si l'épidémie de coronavirus peut être en cause, d'autres éléments sont à prendre en compte. 
ANALYSE

Lors du second tour des élections municipales, la participation électorale a été particulièrement faible : selon trois institut de sondage, elle se situe entre 40% et 41% contre 62,1% en 2014 - soit entre 59 et 60% d'abstention. Ces chiffres records, qui inquiètent jusqu'à Emmanuel Macron, reflètent une campagne inédite, soumise à un contexte sanitaire particulier avec l'épidémie de coronavirus.

"C'est absolument sans précédent", juge Olivier Duhamel, politologue et éditorialiste pour Europe 1. "Ça va être l’abstention la plus forte que l'on ait connue pas seulement sous la cinquième République. Je pense depuis les élections de mai 1945 qui avaient eu lieu en guerre", ajoute-il. 

Pourtant, la plupart des Français ont intégré les gestes barrières. Comme on peut le constater dans les parcs et les terrasses, la majorité des Français n'ont plus peur de se croiser. "Évidemment qu'il y a un effet Covid-19 mais très franchement, [...] je pense que c'est relativement marginal", affirme Olivier Duhamel. 

Des campagnes réduites 

Cette faible participation s'explique donc probablement du côté d’un scrutin difficile à lire : ce second tour a eu lieu 15 semaines après le premier et il n’y a eu pas réellement de campagne au sens traditionnel. En effet, aucun meeting n'a pu être organisé et les tractages ont été réduits. Plus précisément, l’abstention est souvent plus forte dans les centres urbains. 

Enfin, ce scrutin témoigne d'un renouvellement avec beaucoup de nouvelles têtes : une réalité qui entrave une identification des candidats et des listes pour les électeurs. Dans ce contexte, ceux qui se déplacent sont probablement plus intéressés voire plus politisés. Olivier Duhamel note ainsi un "un effet structurel de distanciation supplémentaire de la politique". "On passe du dégagisme des vieux partis à une forme de dégagisme de la démocratie", dit-il. 

La crise sanitaire dans le pays influence aussi l’état d’esprit des électeurs. Il semble compliqué d’intéresser les électeurs à un scrutin local alors que les effets de l'épidémie de coronavirus sont au centre des préoccupations. 

Une classe politique unanimement préoccupée par l'abstention

Preuve du caractère exceptionnel de cette abstention, de l'extrême gauche à l'extrême droite la très grande majorité des personnalités politiques françaises, de Jean-Luc Mélenchon à Nicolas Bay, ont eu une phrase inquiète sur cette abstention d'environ 60%. Invitée d'Europe 1 lors de l'édition spéciale municipales, l'eurodéputée Karima Delli a appelé à rester "humble face à l'abstention", quand le député LFI Adrien Quatennens y voit "l'agonie d'une 5ème République finissante".

Europe 1
Par Jean-Rémi Baudot, édité par Tiffany Fillon et Ugo Pascolo