Elections européennes : ce qu'il faut retenir à l'échelle du continent

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De nouvelles coalitions devront se former au Parlement européen après les résultats du scrutin de ce week-end (photo d'illustration).
De nouvelles coalitions devront se former au Parlement européen après les résultats du scrutin de ce week-end (photo d'illustration). © JOHN THYS / AFP
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Marquées par une hausse globale de la participation, les neuvièmes élections européennes ont livré des résultats très différents selon les pays, dimanche soir. Avec la perspective finale d'une nouvelle coalition au Parlement. 
ON DÉCRYPTE

Certains avaient commencé à voter dès jeudi, d'autres avaient plusieurs jours pour se rendre aux urnes. Mais pour la majorité des Etats membres de l'UE, les neuvièmes élections européennes se sont jouées dimanche. Et leurs résultats, officialisés dans la nuit, livrent autant d'enseignements qu'ils créent d'incertitudes pour l'avenir politique du Vieux continent, entre sursaut de participation et victoires populistes. Partenaire de Sciences-Po, qui proposait dimanche un décryptage des résultats, Europe 1 vous résume les principaux éléments à retenir du scrutin à l'échelle européenne.

Un sursaut de participation

Alors qu'elle tendait à s'éroder depuis plusieurs scrutins, la participation a bondi pour ces élections européennes, et ce à l'échelle de tout le continent. Selon les chiffres communiqués par le Parlement, elle atteint 51% dans 27 pays de l'Union (contre 42% en 2014). De 50,12%, en France, elle dépasse d'au moins sept points celle du dernier scrutin européen. La tendance se vérifie dans plusieurs autres pays : +11 points en Espagne, +8 points en Pologne, par exemple. 

"L'enjeu a été compris", analyse l'ancien Premier ministre italien Enrico Letta. "C'est un moment historique : depuis 1979, la participation électorale avait toujours chuté. Elle remonte, et elle remonte considérablement". Pour l'analyste, ce sursaut est tel qu'il pourrait bouleverser l'équilibre des pouvoirs de l'UE. "Le Parlement européen a toujours compté très peu par rapport à la Commission et au Conseil, qui sont les moteurs historiques de l'Europe", note-t-il. "Mais ce Parlement, avec cette légitimité, peut devenir un acteur majeur dans la prochaine législature."

Pas ou peu de conséquences pour le Brexit

Le scrutin européen de 2019 revêtait un caractère particulier, comme le résume Enrico Letta : "On a toujours eu des élections avec des pays qui arrivaient en plus, on avait la boîte à outils pour ça. Mais on n'a pas la boîte à outils pour voter lorsque quelqu'un nous quitte…" Une référence au Brexit, qui aurait dû être consommé le 29 mars, avant le scrutin européen. Repoussé à une date encore inconnue, le divorce annoncé entre le Royaume-Uni et l'UE a provoqué l'élection de députés "réservistes", qui ne siégeront qu'après le départ des Britanniques.

Mais outre cette bizarrerie, les résultats de dimanche ne pèseront pas sur le Brexit en lui-même, estiment les experts. "Ça ne change pas grand chose", note Anne-Laure Delatte, directrice adjointe du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII), pour qui la suite du processus dépend surtout de l'évolution des événements outre-Manche. "Le point le plus important, c'est la démission de Theresa May", annoncée cette semaine, estime-t-elle. Pour Iain Begg, enseignant à la London School of Economics, toutes les options restent sur la table après le scrutin, y compris "l'absence de Brexit, ou la sortie sans accord".

Les Verts percent dans plusieurs pays

Ils ont doublé leur score, dépassant les 20% en Allemagne, et sont devenus la troisième force politique en France, avec 12,70 % des voix : les écologistes font indéniablement partie des gagnants de cette soirée électorale en Europe, portés, notamment, par le vote des jeunes. Outre-Rhin, ceux-ci ont notamment initié "une grande campagne de Youtubeurs, avec une vidéo qui a fait des millions de clics" et "un appel d'un collectif qui disait : 'si vous votez pour la CDU (le parti d'Angela Merkel, ndlr) au Parlement européen, vous votez pour le changement climatique'", rappelle Cornelia Woll, chercheuse au Centre d'études européennes et de politique comparée.

Conséquence : "l'Europe politique, qui était une Europe des partis, est en train de perdre en force et peut-être même de s'effondrer", analyse Loïc Azoulai, professeur à l'école de droit de Sciences-Po. L'homme pointe le recul du Parti populaire européen (PPE) et des Sociaux-démocrates. "Quand on vote pour les Verts, on n'exprime pas une idéologie, un exprime une identité."

Plusieurs types de coalitions envisageables

Comment cette "identité" se traduira-t-elle au Parlement européen ? C'est l'une des grandes questions en suspens à l'issue du scrutin.  "Les Verts vont probablement entrer dans la salle des machines de Bruxelles, comme ça n'a jamais été le cas", pronostique Enrico Letta. "En termes arithmétiques, une coalition à trois (avec le PPE, les Sociaux-démocrates et les Libéraux, ndlr) peut tenir. Mais en termes politiques, non. Je pense que ce serait beaucoup mieux d'avoir les Verts dans la majorité qui va se créer autour du prochain président de la Commission."

La France et l'Allemagne "sont deux très grands pays, avec 73 et 96 eurodéputés", abonde Carlo Altomonte, professeur associé à l'Université Bocconi de Milan et observateur des résultats du scrutin. "Ça va, je crois, changer un peu le débat européen. Il ne sera pas possible d'avoir une coalition sans les Verts en sachant que c'est le deuxième parti en Allemagne et le troisième parti en France."

Des premières places pour les populistes...

Les forces populistes et eurosceptiques arrivent, elles, en tête pour la première fois dans trois grands pays européens au moins : la France, où le Rassemblement national recueille près de 24,2% des voix, l'Italie, où la Ligue du Nord de Matteo Salvini est largement en tête avec 32,42% des voix, et la Pologne, où la droite souverainiste obtient 42,40% des suffrages environ.

Dans d'autres pays, comme la Finlande, les partis souverainistes progressent, mais moins qu'anticipé par les sondages. C'est aussi le cas en Italie, où la victoire de la Ligue était donnée comme plus large… Mais où le bond reste immense : le parti avait recueilli à peine plus de 6% des voix en 2014. "Le Parti démocrate de Matteo Renzi avait obtenu quasiment 41% des suffrages (contre environ 24,93% dimanche), la comparaison est terrible", souffle Marc Lazar.

…Mais pour quelle représentation au Parlement ?

En l'absence de "raz-de-marée" populiste, l'autre inconnue post-scrutin réside dans la capacité de ces partis à s'allier, sur fond de divergences profondes, notamment quant aux relations à entretenir avec la Russie. En Hongrie, le parti du Premier ministre Viktor Orban enregistre ainsi une victoire en trompe-l'oeil avec 52,14% des suffrages, selon Jean-Louis Fabiani, directeur d'études de l'EHESS. "Il y a le Viktor Orban hongrois qui est triomphant, et l'autre, qui pensait bénéficier d'une recomposition plus importante des groupes nationalistes à l'échelle de l'Europe. Et là, peut-être qu'il n'a pas gagné."