Élections européennes : les cinq enseignements du scrutin français

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Le RN est arrivé en tête des élections européennes, dimanche.
Le RN est arrivé en tête des élections européennes, dimanche. © Philippe HUGUEN / AFP
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Selon les premières estimations à la sortie des urnes, le Rassemblement national arrive en tête aux élections européennes. Il est suivi par LREM et EELV, qui crée la surprise en arrivant troisième du scrutin. 
L'ESSENTIEL

Dimanche, ils avaient le choix entre 34 bulletins. Les électeurs français ont été appelés aux urnes pour désigner leurs nouveaux eurodéputés. Selon les premières études effectuées à la sortie des urnes, le Rassemblement national a remporté l'élection, crédité de 23,31% des suffrages. En deuxième position, LREM remporte 22,41 % des voix. La véritable surprise vient dans la suite du classement, avec l'incursion d'Europe Ecologie-Les Verts en troisième position. Avec 13,47% des suffrages, les écologistes devancent Les Républicains, relégués à 8,48%. 

Les informations à retenir :

  • 34 listes étaient candidates en France, 79 sièges d'eurodéputés sont à pourvoir
  • Le RN a fini en tête, devant LREM et EELV, qui a créé la surprise en arrachant la troisième place
  • Derrière viennent les Républicains, qui réalisent leur plus bas score historique, puis la liste LFI au coude-à-coude avec Place Publique-Parti socialiste

Le RN devance LREM

Sans surprise au vu des dernières enquêtes d'opinion réalisées avant l'élection, le Rassemblement national est arrivé en tête, avec 23,31% des voix. En deuxième position, LREM obtient 22,41% des suffrages. "Compte tenu du désaveu démocratique que le pouvoir subit ce soir, il appartiendra au président de la République d'en tirer les conséquences, lui qui a mis son crédit présidentiel dans ce scrutin en en faisant un référendum sur sa politique, et même sur sa personne", a déclaré Marine Le Pen. Emmanuel Macron n'a "d'autre choix au minimum que de dissoudre l'Assemblée nationale en faisant le choix d'un mode de scrutin plus démocratique et enfin représentatif de l'opinion réelle du pays", a-t-elle ajouté.

" Quand on termine deuxième, on ne peut pas dire qu'on a gagné. "

Dans l'entourage d'Emmanuel Macron, on a salué le "score honorable" de la liste de Nathalie Loiseau, avant de préciser qu'aucun fléchissement politique n'était à attendre. Emmanuel Macron compte "intensifier l'acte 2 de son quinquennat" et ne fera "pas de changement de cap", a-t-on indiqué. "Les orientations annoncées après le grand débat vont se poursuivre, l'objectif est que les Français puissent ressentir le changement." Edouard Philippe, lui, a dit accueillir la deuxième place de la liste LREM avec "humilité". "Quand on termine deuxième, on ne peut pas dire qu'on a gagné. Dès demain, je serai à pied d'oeuvre pour poursuivre le projet du président et de la majorité." Pour lui, "les anciens clivages" ont disparu, "de nouveaux sont apparus".

EELV crée la surprise

Aucun sondage ne l'avait anticipé : la liste EELV emmenée par Yannick Jadot est arrivée en troisième position, récoltant 13,47% des voix, devant Les Républicains, relégués à la quatrième place. "C'est une vague verte européenne dont nous sommes les acteurs", s'est félicité Yannick Jadot, en faisant allusion aux résultats des écologistes allemands, arrivés deuxième. "Les Françaises et les Français nous ont envoyé un signal très clair: ils veulent que l'écologie aussi soit au cœur du jeu politique, et ce message a été lancé dans toute l'Europe." Yannick Jadot a par ailleurs salué la mobilisation électorale des jeunes, qui se sont selon lui "emparés de ce scrutin".

" Quand on vote pour les Verts, on n'exprime pas une idéologie, on exprime une identité. "

Pour Loïc Azoulai, professeur à l'École de droit de Sciences Po, cette percée des écologistes est à associer à la perte de vitesse de "l'Europe des partis". "L'Europe politique, qui était une Europe des partis auxquels on associait des idéologies très claires, est en train de perdre en force, peut-être même de s'effondrer", analyse-t-il. "Qu'est-ce qui monte ? Ce sont des forces politiques qui n'incarnent pas des idéologies au sens classique. Quand on vote pour les Verts, on n'exprime pas une idéologie, on exprime une identité." Citant les bons résultats des partis écologistes en France et en Allemagne, l'ancien Premier ministre italien Enrico Letta avance même que "le prochain ou la prochaine présidente de la Commission européenne fera difficilement sans Verts au Parlement européen. Les Verts vont probablement entrer dans la salle des machines de Bruxelles, comme ça n'a jamais été le cas."

La claque pour Les Républicains...

En revanche, LR enregistre son pire score depuis 1999, date à laquelle la droite avait remporté 12,84% des voix avec Nicolas Sarkozy à sa tête. Avec 8,48% des suffrages, les Républicains n'ont "pas pu faire entendre leur voix", a reconnu Laurent Wauquiez. Qui a ensuite désigné Emmanuel Macron comme "l'artisan de la progression" du RN. La "reconstruction sera longue et exigeante", a poursuivi le président du parti, qui a eu un mot pour la tête de liste, François-Xavier Bellamy. "Nous avons trois ans pour faire naître l'espoir."

Sur Europe 1, le député LR Éric Diard n'a, lui, pas hésité à parler d'un "échec cuisant". Avant de sous-entendre que Laurent Wauquiez devrait démissionner. Il "doit en tirer ce soir les conséquences. Nicolas Sarkozy, avec 12,8%, avait démissionné en 1999."

... et la déception chez LFI

Derrière LR vient ensuite la liste La France insoumise, au coude-à-coude avec la liste Place Publique-Parti socialiste. Les autres listes, notamment celles de Génération.s, du PCF ou de Debout la France, en revanche, ne dépassent pas le seuil des 5% permettant d'avoir des élus. Pour la France Insoumise aussi, c'est donc un échec, deux ans après le score de près de 20% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. "C'est une déception", a reconnu le député Eric Coquerel sur Europe 1. "Traditionnellement, nous avons du mal à mobiliser au moment des européennes. Notre électorat ne s'est pas mobilisé comme on le souhaitait."

Pour Loïc Azoulai, ce mauvais résultat s'explique par deux raisons supplémentaires : "La question sociale, cruciale pour [LFI], n'était pas au cœur de la campagne. Mais surtout, ils ont raté l'idée même d'Europe : l'Europe n'était pas au centre de leurs explications." Or, "le taux de participation le montre, c'est une forme de politisation d'un type nouveau", poursuit le professeur de droit. "C'est l'Europe en tant que telle qui a surgi sur la scène européenne, et ça, la France insoumise l'a manqué."

Du côté du PS, en revanche, l'heure est plutôt au soulagement après les heures sombres de la présidentielle et des législatives. La gauche française n'est "pas morte" mais doit "chercher à (se) rassembler", a déclaré dimanche Raphaël Glucksmann, tête de liste des socialistes et de Place Publique. "Demain il faudra reprendre notre bâton de pèlerin (...) et chercher enfin à rassembler la gauche."

Un taux de participation en hausse

C'était la première surprise de ce scrutin : la participation a été nettement plus forte qu'attendu malgré une campagne atone. Le nombre d'électeurs s'élève à 50,12%, soit près de huit points de plus qu'en 2014.

C'est la participation la plus forte pour un scrutin européen depuis au moins un quart de siècle (52,7% en 1994), voire depuis 35 ans (56,7%) en 1984, rompant avec l'érosion du vote lors des récents scrutins européens.

Selon les estimations pour 27 pays (qui n'inclut pas le Royaume-Uni), la participation est de 50,5%, en hausse.

Les résultats dans les autres pays

En Autriche, le parti conservateur du chancelier Sebastian Kurz arrive largement en tête du scrutin européen, devançant les sociaux-démocrates et le parti d'extrême droite FPÖ.

En Allemagne, c'est le centre-droit d'Angela Merkel qui arrive en tête, avec 28,6% des suffrages. Mais la CDU-CSU est à son plus bas historique, devant les Verts à 20,9%, les socio-démocrates du SPD à 15,3% et l'extrême droite à 10,8%. En Hongrie, le parti souverainiste du Premier ministre, Viktor Orban, est crédité d'une écrasante victoire avec 52,14% des suffrages, devançant largement l'opposition de centre gauche et d'extrême droite. 

Au Royaume-Uni, le Parti du Brexit du populiste Nigel Farage a terminé en tête avec 31,6% des voix.

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