Avec ses annonces, Emmanuel Macron a-t-il répondu aux revendications des gilets jaunes ?

Emmanuel Macron a salué jeudi les "justes revendications" portées par les "gilets jaunes".
Emmanuel Macron a salué jeudi les "justes revendications" portées par les "gilets jaunes". © AFP
  • Copié
Margaux Lannuzel, Antoine Terrel et Anaïs Huet , modifié à
Entre les revendications portées par les "gilets jaunes" et les annonces d'Emmanuel Macron jeudi soir, la synthèse a-t-elle été faite ? Réponse point par point.
ON DÉCRYPTE

Les "gilets jaunes" attendaient beaucoup de la conférence de presse du chef de l'État, jeudi soir. Déplorant, samedi après samedi, une forme de surdité d'Emmanuel Macron face à leurs revendications, ils ont partiellement obtenu des réponses - positives ou négatives - à leurs demandes. Europe 1 fait le point.

Une baisse des impôts : OUI et NON  

Emmanuel Macron a proposé de réduire "significativement" l'impôt sur le revenu, pour répondre à l'injustice fiscale au cœur de la mobilisation des "gilets jaunes". "J'ai demandé au gouvernement de mettre en oeuvre cette baisse d'impôt en la finançant par la suppression de certaines niches fiscales pour les entreprises, la nécessité de travailler davantage et des réductions de notre dépense publique", a expliqué le président de la République, qui estime cette baisse à environ cinq milliards d'euros. Emmanuel Macron laisse cependant à son gouvernement le soin de "définir le quantum". 

Le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF) : NON

Le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF) était l'une des principales revendications des "gilets jaunes".  Elle suscite aussi l'adhésion d’une large part des Français : selon un sondage Ifop pour le JDD publié en janvier, deux tiers de la population y sont favorables. Mais, sur ce point, le chef de l'État oppose une fin de non-recevoir aux manifestants depuis le début du mouvement. Il l'a répété jeudi soir, présentant sa décision de supprimer cet impôt, prise dès le début de son quinquennat, comme une "réforme pour produire, pas une réforme pour les plus fortunés". Il a toutefois souligné que l'impact de cette suppression serait "évalué en 2020", en vue d'éventuelles corrections.

La mise en place d'un référendum d'initiative citoyenne : NON 

Sans surprise, Emmanuel Macron a écarté l'une des principales revendications des "gilets jaunes", demandeurs de plus de démocratie directe. En janvier, lors du lancement du "grand débat national", le président de la République avait déjà indiqué craindre "une situation de concurrence entre les formes de démocratie". Jeudi, devant la presse, il est allé plus loin en estimant que le RIC, tel qu'il est proposé, lui semblait "remettre en cause la démocratie participative", ajoutant ne pas croire "à la République du référendum permanent". 

"Nous devons donner plus de place à la voie référendaire dans notre démocratie", a toutefois reconnu Emmanuel Macron. Ainsi, en lieu et place de cette mesure attendue par les "gilets jaunes", l'hôte de l'Élysée a indiqué vouloir "aller plus loin sur le référendum d'initiative partagée". Pour cela, il a proposé d'abaisser à un million le nombre de signatures nécessaires pour saisir le Parlement. Actuellement, le référendum d'initiative partagée, en vigueur depuis 2015, nécessite le soutien de 20% des parlementaires et de 10% du corps électoral, soit près de 4,5 millions de signatures. 

L'introduction d'une dose de proportionnelle : OUI

Le mouvement des gilets jaunes a, depuis six mois, fait état d'une crise de représentation au sein des assemblées. Sur ce point, le chef de l'État s'est dit jeudi "favorable" à l'introduction d'une dose de 20% de proportionnelle à l'Assemblée nationale (contre 15% jusqu'ici). Selon Emmanuel Macron, c'est ce pourcentage qui permettra de "représenter toutes les familles politiques sans créer une situation ingouvernable."

Le président a par ailleurs évoqué une baisse du nombre de parlementaires (577 députés et 348 sénateurs actuellement), qui serait de l'ordre de 25% à 30%, ainsi qu'une limitation des mandats dans le temps.

La reconnaissance du vote blanc : NON

Le 16 décembre dernier, dans une allocution télévisée, Emmanuel Macron s'était dit prêt à ouvrir le débat sur la prise en compte du vote blanc, l'une des revendications des "gilets jaunes" qui souhaitaient ainsi se voir accorder la reconnaissance d'un bulletin contestataire dans les urnes. Jeudi, face à la presse, Emmanuel Macron a finalement écarté cette possibilité. "Blanc, ça ne décide pas. C'est trop facile, c'est l'agrégation des rejets", a-t-il déclaré. Dans la foulée, il a aussi balayé l'éventualité d'un "vote obligatoire", arguant qu'on ne "répond pas à une crise démocratique par la contrainte".

Des services publics pérennisés : OUI

Plus de moyens pour la justice, les forces de l'ordre, l'école, les maternités, les bureaux de poste… La pérennisation et l'amélioration des services publics figuraient au cœur des 42 revendications des "gilets jaunes", publiées au début du mouvement. En réponse, le président s'est engagé jeudi à ne fermer aucune école ni aucun hôpital sans l'accord du maire, et ce jusqu'à la fin de son mandat en 2022. 

Le chef de l'État a également annoncé vouloir limiter à 24 le nombre d'enfants par classe en grande section de maternelle, CP et CE1, défendant un "investissement dans nos enfants dans lequel (il) croit profondément". Il souhaite aussi étendre à la grande section de maternelle, dans les quartiers défavorisés, le dédoublement des classes déjà mis en œuvre au CP et au CE1, ainsi que l'amélioration de la formation des enseignants.

Plus globalement, sur le nombre de fonctionnaires, Emmanuel Macron s'est dit "prêt à lever" son objectif de réduction (120.000 agents) si celui-ci n'est pas tenable, mais pas au prix d'un laxisme sur l'état des comptes publics. 

Une revalorisation des retraites : PARTIELLEMENT

Présents sur les ronds-points depuis la mi-novembre, certains retraités ont vu dans le mouvement des "gilets jaunes" l'occasion de protester contre la baisse de leur pouvoir d'achat, réclamant notamment une revalorisation de leurs pensions. De fait, celles des retraités les plus modestes – moins de 2.000 euros par mois – vont recevoir un petit coup de pouce : Emmanuel Macron a confirmé jeudi soir qu'elles seraient à nouveau indexées sur l'inflation.

À noter que si cet écart n’est pas négligeable – les pensions n’ont augmenté que de 0,3% au 1er janvier 2019, alors que l'inflation était de 1,5% -, ces retraites retrouveront en fait leur niveau d'avant août 2018, date d'annonce de la désindexation par Édouard Philippe. À noter, aussi, que la revalorisation n'était pas la seule revendication des "gilets jaunes" : ils réclamaient aussi un abaissement de l'âge de départ à la retraite, et la mise en place d'un niveau "plancher" pour les pensions. Aucune annonce n'a été faite concernant le premier point. Sur le second, Emmanuel Macron a dit jeudi souhaiter la mise en place d’une "retraite minimale" à 1.000 euros pour "ceux qui ont eu une carrière complète".