Vaccins : à Porto, le bras de fer entre l'Europe et les Etats-Unis

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Macron 2:03
Emmanuel Macron et tous els dirigeants de l'UE sont réunis au Portugal. © Jose COELHO / POOL / AFP
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Réunis pour un sommet à Porto, les dirigeants des 27 pays de l’Union européenne ont répondu à Joe Biden qui veut lever les brevets sur les vaccins contre le Covid-19. Pour l’Europe, il faut d’abord que les Etats-Unis autorisent les exports de vaccins, plus urgent selon l’institution pour lutter contre la pandémie. Et les leçons de générosité des Américains n’ont pas vraiment été appréciées.

Le ton s’est durci samedi après-midi à Porto, où sont réunis les dirigeants des 27 pays de l’UE. L’Europe en général, et plus particulièrement la France, n’ont pas beaucoup apprécié que les Etats-Unis viennent donner des leçons de générosité sur les vaccins. En effet, l'annonce surprise du soutien de l'administration de Joe Biden à la levée des brevets sur les vaccins contre le Covid-19, afin d'en accélérer la production et la distribution aux pays pauvres, a bousculé l'agenda des Européens. Les Vingt-Sept se sont très majoritairement montrés sceptiques sur cette proposition, y voyant un coup médiatique.

"Levez les interdictions à l’export !"

En riposte, l'Union européenne a renvoyé la balle aux Etats-Unis, appelant Washington à faire "des propositions concrètes" et à mettre fin à son interdiction d'exportation des sérums et de leurs composants. "J’appelle très clairement les Etats-Unis a mettre fin aux interdictions à l’export, non seulement de vaccins mais aussi de leurs composants, qui empêchent la production. La clé pour produire plus vite des vaccins pour tous les pays pauvres ou à revenus intermédiaires, c’est de produire plus. Levez les interdictions à l’export !", a lancé Emmanuel Macron.

De son côté, Clément Beaune, secrétaire d’état en charge de l’Europe, a dénoncé le coup de communication des Américains : "Parfois, dans les paillettes et la communication, on oublie l’action réelle qui est menée. Je préfère une solidarité concrète, à des annonces qui restent imprécises et abstraites, qui ouvrent des vrais débats mais qui renvoient parfois les Européens à une forme de complexe ou de candeur, alors que sur le fond, c’est l’Europe qui livre le monde en vaccins, surtout ceux qui en ont le plus besoin."

50% des doses produites dans l'UE exportées vers 90 pays

Sur 400 millions de doses déjà produites dans l'Union européenne, environ 50%, soit 200 millions, sont parties vers 90 pays, a souligné la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, qui a par ailleurs annoncé samedi la conclusion d'un nouveau contrat avec Pfizer-BioNTech pour garantir à l'UE jusqu'à 1,8 milliard de doses, soit bien plus que ses besoins propres. Pour rappel, en février, la France s’était engagée à donner 5% de ses doses de vaccins aux pays Africains.

L’UE ne refuse cependant pas de discuter de la levée des brevets. "On doit être prêt à débattre de ce sujet dès lors que des propositions concrètes seraient mises sur la table", a réagi Charles Michel, le président du Conseil, qui représente les Etats membres. "Nous ne pensons pas que, à court terme, cela puisse être une solution magique", a-t-il toutefois averti. "Ce n'est pas quelque chose qui va amener des vaccins dans les mois qui viennent, ni peut-être même dans l'année qui vient. Or il faut des vaccins maintenant", a renchéri Ursula von der Leyen.

Europe 1
Par Jean-Rémi Baudot avec AFP édité par Léa Leostic