Présidentielle américaine : les "swing states", ces Etats qui peuvent tout faire basculer

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© JESSICA MCGOWAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Lors de la soirée électorale du 3 novembre aux Etats-Unis, tous les observateurs auront les yeux rivés sur une dizaine d’Etats : ceux dont le résultat est difficilement prévisible à l’avance. Car ce sont bien ces territoires qui décideront de la victoire finale entre Donald Trump et Joe Biden.

L’élection du président des Etats-Unis est ainsi faite qu’elle ne dépend finalement que d’un nombre réduit d’Etats, moins d'une dizaine sur les cinquante que compte le pays. Ceux-là, ce sont les "swing states", et ce sont bien eux qui décideront le 3 novembre prochain de qui, de Donald Trump ou de Joe Biden, s’installera - ou restera en place - à la Maison-Blanche. Dans bon nombre d’Etats, le vote est quasiment connu à l’avance. Mais dans une petite dizaine d’Etats, le vote est indécis, et ça change tout. On vous explique pourquoi.

Un principe : le "winner takes all"

Vu de France, le système électoral américain peut sembler un peu incongru. Point d’élection du président au suffrage universel direct en effet, mais un principe de grands électeurs. Ce sont ces 538-là qui in fine élisent le président américain.  Et pour obtenir ces grands électeurs, il faut remporter un Etat, en tenant compte d’une règle implacable nommée "winner-takes-all". En clair, un candidat qui remporte un Etat (exception faite du Nebraska et du Maine, qui conservent des scrutins à la proportionnelle) remporte la totalité de ses grands électeurs.

Ce système peut ainsi permettre à un candidat de remporter l’élection présidentielle en réunissant sur son nom moins de voix que son adversaire au niveau national. Ce fut le cas de Donald Trump face à Hillary Clinton en 2016, ou de George W. Bush en 2000 face à Al Gore.

Les "swing states" à surveiller

L’Ohio, la boussole de l’élection. L’Ohio promet 18 grands électeurs au vainqueur de l’élection sur son territoire. Mais ce n’est pas ce contingent d’élus qui fait de l’Etat du nord-est des Etats-Unis l’un des plus scrutés. Depuis 1964, les résultats dans l’Ohio ont été conformes au résultat national. En clair, quand l’Ohio vote démocrate, c’est un démocrate qui s’installe à la Maison Blanche. Et inversement.

Et les républicains prêtent une attention encore plus particulière à l’Ohio -Donald Trump s’y est d’ailleurs rendu à plusieurs reprises pendant la campagne. Car une croyance bien installée veut que s’ils perdent l’Ohio, ils perdent l’élection au niveau national. Depuis 1856 en effet, jamais un président républicain n’a été élu sans remporter l’Ohio.

La Floride, "swing state" le plus convoité. Le "swing state" par excellence, le plus convoité sans doute, avec ses 29 grands électeurs. Les candidats y passent traditionnellement beaucoup de temps et y dépensent beaucoup d’argent. Depuis 1992, elle a vu par trois fois la victoire des démocrates, contre quatre succès aux républicains. Et toujours avec des scores serrés. Un suspense qui s’explique par la sociologie de l’Etat, composé de nombreux exilés cubains et de nombreux retraités, favorables aux républicains, mais aussi de nombreux jeunes Hispaniques, qui penchent plus du côté démocrate.

Ajoutez à cela une bonne dose de Covid-19, l’Etat étant parmi les plus touchés par la pandémie, et toutes les recettes d’une belle incertitude sont réunies. Mais une chose est sûre : un candidat qui remporte la Floride peut se permettre de céder quelques autres "swing state", moins importants.

En Pennsylvanie, victoire obligatoire pour Biden. Une défaite en Pennsylvanie serait un gros coup dur pour Joe Biden. D’abord parce que l’Etat est pourvoyeur de 20 grands électeurs, ce qui n’est pas négligeable. Et il est traditionnellement démocrate. Donald Trump était parvenu à le faire basculer en 2016, mais avant cela, ce sont toujours les adversaires des républicains qui s’étaient imposés depuis 1992.

Surtout, Joe Biden est né en Pennsylvanie. Et s’il n’en a jamais été élu (il a pendant 36 ans été sénateur du Delaware voisin), la charge symbolique reste des plus importante. Pour réussir son élection, Joe Biden doit conquérir son Etat de naissance.

Le Michigan et le Wisconsin, à reconquérir pour les démocrates. En 2016, trop sûre de sa force, Hillary Clinton avait délibérément délaissé le Michigan et le Wisconsin, selon elle acquise à la cause démocrate. Ce qui était vrai depuis 1992 pour le premier, depuis 1988 pour le second. Plus dure a été la chute pour l’adversaire de Donald Trump.

Selon les sondages, ils devraient basculer à nouveau côté démocrate. Au total, 26 grands électeurs sont en jeu, 10 pour le Wisconsin, 16 pour le Michigan. 

L’Arizona, bastion républicain en péril. Depuis 1960, une fois seulement l’Arizona a voté majoritairement démocrate. C’était en 1996. Mais ce bastion traditionnellement républicain pourrait tomber. L’élection de la sénatrice démocrate Kyrsten Sinema au Sénat avait constitué un tremblement de terre, qui pourrait se confirmer selon les sondages.

Il faut dire que Donald Trump a eu le grand tort de dénigrer le pourtant très républicain John McCain, vétéran du Vietnam et héros local, décédé en 2018. Sa veuve a d’ailleurs apporté son soutien à Joe Biden fin septembre. Et pour les électeurs conservateurs, ce n’est pas anodin.

Le cas particulier du Texas. D’ordinaire, le Texas est cité comme l’exemple de l’Etat stable par excellence. Depuis 1976 en effet, jamais il n’a échappé aux républicains, qui peuvent donc régulièrement compoter sur ses 38 grands électeurs. Mais cette fois, la donne est différente. Le vote hispanique, hostile à Donald Trump, mais aussi la gestion parfois jugée erratique de la crise du coronavirus par le président américain, ont resserré les courbes des sondages. Une victoire de Joe Biden dans ce vrai-faux "swing state" aurait valeur de séisme outre-Atlantique.

Les "swing states" de 2020 (tous ont une majorité républicaine sortante) :

Arizona
Floride
Michigan
Ohio
Texas
Wisconsin