Mort de George Floyd : "Donald Trump veut mettre le feu à une poudrière"

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Alors que les manifestations se multiplient aux Etats-Unis pour protester contre la mort de George Floyd, Donald Trump a choisi d’adopter une posture très ferme, voire martiale. "On a l'impression que Trump et ceux autour de lui veulent mettre le feu à une poudrière", a jugé Leah Pisar, ex-conseillère du président Bill Clinton.
INTERVIEW

Les Etats-Unis sont secoués par des manifestations parfois émaillées d’émeutes depuis la mort de George Floyd, cet Afro-Américain tué par la police il y a une semaine. Face à ce contexte incendiaire, Donald Trump a choisi d’adopter, fidèle à sa ligne politique, une posture très ferme, voire martiale. "Ce qu’il y a de nouveau, c’est une inquiétude que je n’ai jamais vue. On a l'impression que Trump et ceux autour de lui veulent mettre le feu à une poudrière", a jugé Leah Pisar, ancienne conseillère du président démocrate Bill Clinton (1993-2001), lundi soir sur Europe 1.

"On est dans le sillage du coronavirus qui touche de manière disproportionnée la communauté noire, que Trump n’a rien fait pour aider. Le chômage et la précarité explosent, et maintenant il y a cette situation. Mettez par dessus un président qui ne cherche pas à calmer et à unir la Nation mais à fomenter la discorde, et on est dans une situation inédite et terrifiante", a ajouté la docteure en sciences politiques. 

"Il veut semer la pagaille pour garder le pouvoir" 

Mais alors, pourquoi Donald Trump choisit-il de mettre de l'huile sur le feu ? "Les plus cyniques, et j’en fais partie, pensent qu’il le fait exprès", a estimé Leah Pisar. "Contrairement aux instincts normaux des dirigeants de calmer une situation aussi incendiaire, il veut alimenter cette violence. C’est un calcul politique, il veut encourager le chaos. Il n’a pas lu Machiavel, il n’a pas dû lire grand-chose (sic), mais il comprend instinctivement. Il met en œuvre la devise de Charles Quint, ‘diviser pour mieux régner’. Il veut semer la pagaille autour de l’élection (présidentielle, en novembre prochain) pour se donner les moyens de garder le pouvoir", a-t-elle appuyé. 

"Jouer sur les mots est une chose. Mais dans un pays qui s'embrase, après un virus où on est censé respecter une distanciation sociale, ce ne sont pas des choses à prendre à la légère. Il tire de très dangereuses ficelles, cela risque de dégénérer", craint l'ancienne conseillère de Bill Clinton. 

"Trump drague sa base et la pousse vers les extrêmes" 

Donald Trump a notamment appelé les gouverneurs à ramener le calme, symbole de sa stratégie sécuritaire. "Il essaye de tout mettre sur le dos des gouverneurs, comme avec le Covid", critique Leah Pisar. "Mais j'ai l'espoir que l'Amérique ne se laissera pas faire, qu'on trouvera une unité nationale, que des voix émergeront, et que quelques Républicains, voire plus, se détacheront du président pour sauver les Etats-Unis. On risque de basculer dans une situation dangereuse. L'Amérique a su rebondir par le passé, donc peut-être que cette fois Trump va trop loin", espère-t-elle.

"Trump drague sa base et la pousse vers les extrêmes. C'est une vieille tactique fasciste. Il joue sur l'insécurité et essaie de consolider son pouvoir avec une vraie tentation totalitaire. Il accuse tous les manifestants d'être de dangereux anarchistes et de fomenter la violence", s'inquiète Leah Pisar. "Il tire dans tous les sens, et c'est très nuisible pour l'Amérique sur le plan international. C'est une brèche dans laquelle la Chine s'engouffre bien évidemment", a conclu l'ancienne conseillère de Bill Clinton.