Elections américaines : à Kenosha, Joe Biden peine à mobiliser les votes de la population noire

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A Kenosha, les stigmates des émeutes de cet été sont encore visibles. 3:00
A Kenosha, les stigmates des émeutes de cet été sont encore visibles. © SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Tous les jours jusqu’à l’élection présidentielle américaine le 3 novembre, Europe 1 vous propose un reportage aux Etats-Unis. Ce mercredi, étape à Kenosha dans le Wisconsin, où les stigmates des émeutes de cet été, suite à la mort de Jacob Blake, sont encore très présents. Malgré cela, Joe Biden peine à mobiliser un électorat désabusé.
REPORTAGE

Jusqu’au 3 novembre, jour de l’élection américaine, Europe 1 vous emmène aux Etats-Unis avec un reportage quotidien. Ce mercredi, rendez-vous à Kenosha, dans le Wisconsin, ville devenue emblématique cet été avec le mouvement Black Lives Matter. Dégoutée par la politique de Donlad Trump, la population noire de cette ville ne se mobilise pourtant que fébrilement pour Joe Biden

Le Wisconsin est lui aussi un Etat où le scrutin sera très serré. En 2016, Donald Trump avait devancé Hillary Clinton de 23.000 voix. Quatre ans plus tard, le démocrate Joe Biden ne peut pas gagner sans le vote de la population noire. Mais il est loin d'être acquis. A Kenosha, ville devenue emblématique cet été avec le mouvement "Black Lives Matter", la ville porte encore les stigmates des nuits d'émeutes.

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Les magasins du centre-ville encore calfeutrés

C’est dans cette ville qu'un policier blanc a tiré sept fois dans le dos d'un homme noir, Jacob Blake. Les émeutes qui ont suivi, ont fait deux morts. Des dizaines de carcasses de voitures calcinées sont encore visibles sur les parkings. Presque tous les magasins du centre-ville sont toujours calfeutrés derrière de grandes plaques en bois recouvertes de tags "Black Lives Matter".

Alors, des activistes tentent de transformer cette colère encore palpable en vote. C’est le cas de Greg dont l’association de quartier a multiplié les opérations pour inscrire les habitants noirs sur les listes électorales, pas toujours avec succès, reconnait-il. "Je vois notamment pas mal d'anciens me dire 'tu sais quoi ? Je n'irai pas cette fois-ci. J'ai toujours voté, j'ai manifesté, mais regarde à quoi ça a mené'. George Floyd s'est fait tuer dans le Minnesota, Jacob Blake s'est fait tirer dessus juste ici ! 30% des gens nous disent : 'laisse tomber'. Et on essaie de les persuader : vos vies comptent, votre vote compte !", développe-t-il.

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L'énergie laisse place à la lassitude

Même parmi les plus jeunes, plus prompts à se mobiliser, l'énergie laisse parfois place à la lassitude. "Voter, pour moi, ça ne sert à rien. Il n'y aura aucun changement. Ce sera toujours dur de trouver un boulot, comparé aux Blancs. Les policiers sont toujours agressifs avec nous. Jacob Blake s'est fait tirer sept fois dessus dans le dos, alors qu'il retournait juste à sa voiture ! On a eu Obama, et même ça, ça n'a rien changé, alors...", confie Derino, à peine majeur, et déjà désabusé.

La loi "Crime Act" de Joe Biden encore dans les mémoires

Il faut dire que Joe Biden n'est pas non plus le candidat idéal pour séduire les Afro-Américains, qui n'ont jamais oublié sa loi controversée sur la délinquance, le "Crime Act", portée en 1994 quand il était sénateur, qui a fait exploser leur taux d'emprisonnement.

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"C'est une tache sur son bilan", estime Tanya McLean, autre figure de la communauté noire à Kenosha. "Mais il a dit publiquement qu'il le regrettait", poursuit-elle avant de résumer sa pensée en une phrase : "On a besoin de Joe parce qu'il faut qu'on dégage Trump". Pour mobiliser jusqu'au bout, elle organise, à deux semaines de l'élection, plusieurs marches. "Trump a remporté l'Etat pour moins de 30.000 voix la dernière fois. Chaque vote va compter", insiste Sheryl, comptable à la retraite, qui participera à l'événement. 

Les derniers sondages dans le Wisconsin donnent Joe Biden en tête avec 6% d'avance.

Europe 1
Par Théo Maneval édité par Léa Leostic