"Le livre est l'indispensable vecteur de l'émancipation"

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C'est du Clauss est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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"Clauss toujours". L'humeur de François Clauss, tous les samedis et dimanches matins à 8h55 sur Europe 1.

Bonjour François

Bonjour Wendy, bonjour à tous et toutes.

C'est le chiffre qui m'a marqué dans l'actualité de cette semaine : 16.500. Il y a aujourd'hui en France 16.500 bibliothèques en France,  autant que de bureaux de poste !

Qu'un Président de la République aille en visiter une cette semaine dans la commune des Mureaux (même s'il y a passé un moins de temps qu'au Salon de l'Agriculture), qu'il charge un inspecteur d'académie et un écrivain (Erick Orsenna) de publier un long rapport pour dynamiser cette extraordinaire réseau, qu'il annonce à l'heure du rabot systématique une enveloppe de 8 millions d'euros pour nos bibliothèques... oui, Wendy, c'est un fait majeur de l'actualité.

Portées par 38.000 bibliothécaires, un réseau de 81.000 bénévoles, il faut les dynamiser. A Paris, elle n'ouvre que 48 heures par semaine, là où elles sont ouvertes en moyenne 72 heures à Londres. Il faut les ouvrir à l'heure du déjeuner, le week-end...

Développer les emplois aidés, associer les étudiants. Car une bibliothèque, c'est bien plus qu'un endroit un peu poussiéreux où l'on stocke des livres dans un silence pesant. C'est au contraire le lieu où l'on accède à l'information, au numérique, aux jeux vidéo, parfois à l'apprentissage d'une langue et parfois, dans les petites villes, là où l'on offre les services sociaux dans un pays où l'on dénombre 2 millions 600 mille illettrés  où un élève sur 5 en 6ème a des difficultés avec la lecture, le livre est l'indispensable vecteur de l'émancipation.

Regardez l'extraordinaire travail du réseau des bibliothèques sans frontières, qui amènent des livres dans les camps de réfugiés, car le livre est aussi une nourriture... Regardez au Nigéria, dans ce pays gangréné par les obscurantistes djihadistes, le formidable succès des biblio-bus, ces camionnettes de livres qui circulent dans les quartiers populaires de Lagos, où ils font le bonheur des enfants...

Regardez l'extraordinaire succès des distributeurs de livres dans le tram de Casablanca installés dans les wagons. Regardez ces kiosques nomades de livres que l'on développe aujourd'hui dans nos villages, dans les cabines téléphonique abandonnées. On vient y déposer un livre et en retirer un autre.

On repense au magnifique film "Fahrenheit 451", tiré d'un chef-d'oeuvre de littérature d'anticipation signé François Truffaut. Cette société où l'on brûle les livres parce qu'ils sont censés être un frein au bonheur  et, où pour résister, l'homme se réfugie dans les bois et apprend les textes par coeur pour rendre ces livres vivants. On pourrait repenser à notre monde d'aujourd'hui aseptisé du cloud et des écrans et réécouter le message de Truffaut. Oui le livre est vivant, dans ce temps de l'accélération, il est le temps de la pause. Dans le temps de l'image imposée, il est le temps de l'image qu'on se forge. Il était grand temps de revivifier nos 16.500 bibliothèques.