Données personnelles : "Il était temps que la contre-révolution numérique sonne !"

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C'est du Clauss est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Chaque samedi et dimanche, François Clauss se penche sur une actualité de la semaine écoulée. Aujourd'hui, l'entrée en vigueur du RGPD, règlement général sur la protection des données.

Clauss toujours, L'humeur de François Clauss, tous les samedis et dimanches matins à 8h55 sur Europe 1. Bonjour François.

Bonjour Wendy,

J'imagine Wendy, que vous êtes comme moi : soulagée. Nous voilà tous en conformité. Vous avez dû, comme moi, recevoir hier en rafales ces dizaines, voire centaines de mails : d’Air France à la Fnac, de votre journal, auquel vous êtes abonnée, à votre employeur, tous en conformité pour vous protéger. Adopté il y a deux ans par le Parlement Européen, le Règlement Général de Protection des Données Personnels (RGPD) est bel et bien entré en vigueur depuis hier.

Fini donc, a priori, ces mails intempestifs. Ceux que vous receviez soudain en rafales, quelques heures après avoir cherché à acheter un téléviseur sur le net, émanant de tous les vendeurs possibles. Ceux que vous receviez d'Italie parce que vous aviez simplement passé un week-end là-bas. Nous serions donc enfin protégés. Tout le monde la main sur le cœur du net, s'engage donc à ne pas diffuser vos données personnelles. Ce n'est pas tant, Wendy, ce verrouillage qui me satisfait, mais c'est plutôt, rétrospectivement, tout ce qui s'est fait depuis maintenant 20 ans. N'est-il pas déjà trop tard ? Que reste-t-il de mon intimité tout là-haut dans le cloud, plus ou moins contrôlé ?

Oui, les députés européens ont tapé du poing sur la table, eux qui ont entendu cette semaine, avec sa tête d'enfant battu, l'incontournable Mark Zuckerberg, bredouillant de plates excuses, comprenant enfin qu'il ne suffisait plus aujourd'hui d'engranger les milliards que lui procurent ces tuyaux qu'il contrôle, mais qu'il était peut-être enfin temps de contrôler ce qui se diffusait dans ces tuyaux. Étrange retournement de l'Histoire, où nous aurons vécu le même jour les cris d'orfraie de Nicolas Bay, élu du Front National, s'émouvoir de l'insupportable atteinte à la liberté d'expression lorsque Facebook a décidé de supprimer purement et simplement la page de cette trouble association qui faisait la chasse aux migrants à nos frontières. Cris d'orfraie d'un élu issu d'un parti qui fut le premier à surfer sur les tuyaux du net pour draguer ses militants, quand le philosophe Luc Ferry s'affole lui, au contraire, de l'absence de contrôle du net, de la diffusion massive de propos complotistes, racistes ou antisémites qui font le buzz sur le net sans le moindre risque de procès en diffamation.

Mark Zuckerberg a beau bredouiller des excuses, les députés européens ont beau verrouiller, le mal n'est-il pas déjà là, tout au fond de nous ? Un professeur en économie de l'Université de Stanford, aux Etats-Unis, vient de publier une étonnante enquête auprès d'un peu plus de 3.000 étudiants, en leur proposant de recevoir gratuitement une pizza en échange de la communication de courriels de trois de leurs amis. Près de 90% de ces étudiants, tous très soucieux de préserver les données personnelles lorsqu'on les interroge, ont opté pour la pizza gratuite en échange des trois mails de leurs amis ! Alors que la mise en réseau euphorique d'il y a dix ans a permis l'éclosion de centaines de sites de rencontre - l'homme ou la femme idéal(e) à portée d'un clic - voilà que se développent aujourd'hui des applications pour nous protéger, notamment pour les femmes qui désirent sortir. Une application qui recense les bars, les restaurants, les lieux publics, où l'on pourrait aller sans être harcelé.

Oui, il était temps de verrouiller, même si je ne suis pas, philosophiquement, un adepte des mises en conformité. Mais il en est finalement de même pour toutes les révolutions, fussent-elles numériques, le temps de la contre-révolution numérique a sonné ! Car la diffusion massive de nos données n'était pas seulement une atteinte à notre vie privée, mais tout simplement à notre intimité. Cette intimité qui est une part de notre survie à tous, de notre liberté : choisir la personne qui a un regard sur notre vie ! Alors oui, il était temps que la contre-révolution numérique sonne !