"Montagne d'or" de Guyane : "Ce qu'il y a de plus précieux est souvent juste là, en face de nous"

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Chaque samedi et dimanche, François Clauss se penche sur une actualité de la semaine écoulée. Aujourd'hui, faut-il exploiter la plus grande mine d'or française ?

"Clauss toujours". L'humeur de François Clauss, tous les samedis et dimanches matins à 8h55 sur Europe 1. Bonjour François.

Bonjour Wendy.

Savez-vous où se trouve potentiellement la plus grande mine d'or du monde ? En France. Oui, chez nous. Un peu loin, peut-être, à 180 kilomètres à l'ouest de Cayenne, au cœur de la forêt amazonienne. J'avoue, je l'ignorais jusqu'à la semaine dernière, quand s'est ouvert le débat public autour de ce projet pharaonique au nom évocateur : la montagne d'or. Le débat est appelé à durer jusqu'au 7 juillet prochain. Car oui, il y a débat. Et c'est même un pur concentré des contradictions de notre époque.

Creuser et s'emparer de la richesse là, à portée de main aujourd'hui ou préserver et sauver demain ?

Les études sont formelles : il y a dans ce sous-sol d'un bout de France, 85 tonnes d'or à extraire. Un gisement qui pourrait créer, dans un département sinistré, près de 4.000 emplois pendant 12 ans ! 85 tonnes d'or, en 12 ans : pour vous donner un ordre d'idée, la France, où la production aurifère n'existe plus depuis 15 ans, n'en a extrait qu'une centaine de tonnes au cours du siècle passé.

Mais voilà, l'or ne tombe pas du ciel. Il va falloir creuser un gigantesque cratère équivalent à 32 Stades de France. Il va falloir détruire près de 500 hectares de forêt amazonienne primaire. Il va falloir construire une ligne à haut tension au cœur de la forêt vierge, construire des routes, transporter, stocker l'indispensable cyanure de sodium qui permet d'extraire l'or de la roche, sans qu'on puisse réellement mesurer l'impact, à long terme, au cœur du poumon de notre planète.

Alors oui, le débat est lancé. Car il suffit qu'on prononce le mot magique pour que nos yeux brillent et que nos oreilles frémissent.

Oui, l'or fascine. On se bouscule depuis une semaine au Mucem, le grand musée de Marseille qui expose quelque six cents objets en or, des masques mortuaires archéologiques aux créations contemporaines de Brauner. Exposition retraçant 3.000 ans de fascination des civilisations pour le métal précieux.

Oui, l'or fascine. Au point que la Banque Centrale d'Allemagne, pays qui possède la deuxième réserve la plus importante d'or derrière les Etats-Unis, cet or qui permet aux banques centrales de garantir leurs emprunts. Oui, la Banque Centrale Allemande expose des lingots d'or pour rassurer ces Allemands traumatisés par l'idée que leur or, stocké dans les sous-sols bunkerisés des banques centrales française et anglaise, à l'époque de la guerre froide, où l'on redoutait que les chars soviétiques s'emparent du pays et donc de l'or. Oui, l'Allemagne, depuis le début des années 2000, a récupéré son or et l'expose aujourd'hui aux yeux du public.

Sans préjuger des conclusions du débat public autour de la "montagne d'or" en Guyane, on se dit qu'on pourrait lire dans toutes les écoles de Cayenne le magnifique roman de Blaise Cendrars, "L'Or", ou le destin brisé du Général Sutter, en quête du métal précieux, qu'on pourrait projeter dans tous les cinémas du département. Mais aussi le magnifique "Aguirre" de Werner Hertzog et la folie qui emporte Klaus Kinski dans sa quête de l'Eldorado.

Oui, relire Cendrars, revoir Aguirre et ne pas oublier que, finalement, on n'a peut-être pas besoin d'éventrer la forêt amazonienne. Ce qu'il y a de plus précieux est souvent juste là, en face de nous.