"Higelin troubadour, partage ses mots, ses souffrances, ses révoltes, son bonheur"

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C'est du Clauss est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Chaque samedi et dimanche, François Clauss se penche sur une actualité de la semaine écoulée. Aujourd'hui, hommage à Jacques Higelin.

"Clauss toujours". L'humeur de François Clauss, tous les samedis et dimanches matins à 8h55 sur Europe 1. Bonjour François.

Bonjour Wendy. Oui, il est parti. Et moi, j'ai tellement envie de me retourner. Se retourner vers cet hiver 78, années étudiantes, dans la ville de Tours. Un chapiteau au Parc des Expositions surchauffé. La jeunesse post Woodstock et pré-punk vibre enfin au son d'un rock made in France.

Bertignac est à ses côtés sur scène. Un concert de 3h30 d'énergie brute. Il y a bien longtemps que le dernier train est parti de la Gare de Tours. Il faudra rentrer en stop dans la nuit, mais la tête dans les étoiles. Trois ans plus tard à Paris, nous sommes en 1981 au théâtre de Mogador. Une semaine de concerts Nous serons là tous les soirs. L'album "Champagne" vient de sortir. Higelin troubadour, partage ses mots, ses souffrances, ses révoltes, son bonheur. Sa poésie nous enchante pendant quatre heures de concert. Il y a bien longtemps que le dernier métro est parti. Il nous faudra traverser Paris à pied, la tête dans les étoiles. Oui, il nous en a fait rater des transports dans ces années-là. Mais oui, qu'est ce qu'il nous a transporté, lui.

Entendu sur europe1 :
 Il m'embrasse puis sort un CD de sa poche : "Tiens, écoute ça, c'est pas mal", son dernier disque

Nous avions, dans ces années-là, Bashung le ténébreux, Higelin le lumineux : synthèse du son du phonographe de nos parents d'où sortait le swing de Trénet et la poésie rebelle de Ferré, et de nos vieux lecteurs cassette qui vibraient de Iggy Pop et de Lou Reed. Trois ans plus tard, quartier de Montparnasse en 1984, il est 2h30 du matin. Journaliste débutant, je viens de faire mon flash de 2h du matin à Europe 1. J'arrive chez moi, rue Delambre. Un grand échalas ébouriffé avec ses santiags et son grand manteau violet sort d'un bar et offre un verre à un SDF dans la rue. Higelin est là, rue Delambre. Il chante ce qu'il vit, il vit ce qu'il chante. Higelin de tous les combats de ces années-là, les facs (déjà) contre la Loi Devaquet, l'immigration (déjà). Higelin de tous les happening de ces années-là m premier festival de Bourges en 77, première fête de la musique, où il draine 30.000 spectateurs au Trocadéro.

J'avoue, je perdrai un peu le fil des années 90 et 2000. Et puis un beau jour, ici à Europe 1, je tombe sur lui. La tignasse est toujours là, un peu plus grise, le visage un peu moins émacié mais il y a toujours ce regard enfantin et fiévreux. Je lui raconte tout : le chapiteau de Tours, la rue Delambre… Il m'embrasse puis sort un CD de sa poche : "Tiens, écoute ça, c'est pas mal", son dernier disque. Jusqu'au bout partagé avec simplicité, ses mots et ses notes.

Oui, il est parti, mais oui, je me retournerai toujours vers cette route de la jeunesse qu'il a contribué à façonner. Mais je regarderai aussi un peu en l'air. Car avec un cœur aussi gros, il ne pourra pas rester longtemps en apesanteur. Et forcément, il va retomber.