"En Mai 68, Europe 1 et RTL inventaient le nouveau journalisme"

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C'est du Clauss est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Chaque samedi et dimanche, François Clauss se penche sur une actualité de la semaine écoulée. Aujourd'hui, la révolution de mai 68 dans les radios. 

"Clauss toujours". L'humeur de François Clauss, tous les samedis et dimanches matins à 8h55 sur Europe 1. Bonjour François.

Bonjour Wendy, bonjour à tous et toutes. J'ai entendu Europe 1 sur France Inter. C'était mardi matin. Ces voix inoubliables pour moi : Gilles Schneider, Fernand Choisel, qui racontaient les barricades du quartier latin de mai 68. Inoubliable : j'avais 8 ans, et nous écoutions, dans notre province, en famille, regroupés autour du transistor les événements qui embrasaient Paris. Comme dans le très beau film de Louis Malle, avec Michel Piccoli : "Milou en mai".

Non, ce n'était pas un rêve. Et il m'a fallu quelques minutes pour réaliser. Il y a 50 ans, la radio de service public n'était pas sur les barricades. Ce sont les "périphériques", Europe N° 1 et RTL, qui inventaient un nouveau journalisme. Nous étions dans cette France de De Gaulle. Le jeune stagiaire qui venait d'entrer dans le monde de l'information publique de l'époque, Michel Drucker, raconte que son premier job consistait à dactylographier le contenu des informations une heure avant le passage à l'antenne, qu'un motard venait chercher pour le transporter sur le bureau du ministre de l'information de l'époque, Alain Peyrefitte.

Oui, les temps changent. 50 ans plus tard, France Inter raconte les barricades de mai 68, quand Europe 1 interviewe un patron du CAC 40.

Les temps changent. Il y a 50 ans, dans un monde en pleine croissance et avec si peu de concurrence, la publicité offrait alors au privé une liberté sans borne. Un demi-siècle plus tard, dans un monde en crise et sauvagement concurrentiel, elle le corsette, quand le souffle de la liberté, lui, résonne sur le service public. Alors oui, France Inter fait revivre aujourd'hui mai 68 grâce à Europe 1. France Inter, dont le coût de production d'une grille financée par nos impôts et la redevance, s'avère deux fois plus cher que celui du privé.

Entendu sur europe1 :
On a oublié que mai 68 a débuté au mois de janvier, lorsque les filles et les garçons de 20 ans manifestent pour obtenir le droit d'avoir des dortoirs mixtes

France Inter et ses 550 émetteurs qui arrosent tout le territoire. Là où on en dénombre seulement 350 pour une radio comme Europe 1. Singulier retournement de l'Histoire. On a oublié que mai 68 n'a pas débuté le 22 mars à Nanterre, ni quelques semaines plus tard rue Gay-Lussac. Mai 68 a débuté au mois de janvier, lorsque les filles et les garçons de 20 ans manifestent pour obtenir le droit d'avoir des dortoirs mixtes dans les cités universitaires emmurées de l'époque.

Quel retournement de l'Histoire, quand on entend la parole de ces jeunes filles qui veulent la liberté en mai 68 et qui, 50 ans plus tard, sont obligées d'être protégées par un texte législatif pour préserver cette liberté si chèrement acquise sur les barricades. Oui, Wendy, comme le chante le grand Robert Tzimmerman, les temps changent.

Robert Tzimmerman, alias Bob Dylan, prix Nobel de littérature, qui écrivait ce texte prémonitoire en 1964, avec cette petite phrase biblique qui résonne étrangement : "Les premiers d'aujourd'hui seront les derniers de demain." Elle illustrait alors la révolution en marche. Je ne sais pas si on peut l'appliquer au futur sondage médiamétrie, mais ce qui est sûr, c'est qu'après ma tristesse et ma colère d'avoir entendu Europe 1 sur France Inter, c'est plutôt une grande fierté que j'ai ressenti.