Tourisme : Paris subit toujours l'effet "gilets jaunes"

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Les violences qui ont émaillé les manifestations des "gilets jaunes" découragent les touristes à se rendre dans la capitale. Paris a enregistré autour de 15% de baisse de fréquentation, et le début de l'année 2019 s'annonce poussif.

C'est presque une tradition. Pendant les fêtes de fin d'années les touristes affluent du monde entier à Paris : L'avenue des Champs-Élysées se met sur son trente-et-un et les professionnels du secteur se préparent à satisfaire cette nouvelle clientèle venue en nombre. Mais cette année, le mouvement des "gilets jaunes" semble avoir refroidi les ardeurs des touristes. 

Des annulations en pagaille. Barricades en feu, magasins détruits, voitures brûlées, pavés arrachés sur les Champs-Elysées, Arc de Triomphe vandalisé, sans oublier les pillages de certains magasins, ou encore la fermeture du château de Versailles et de l'emblématique tour Eiffel... Les images des dégradations perpétrées au fil des six différents "actes" des "gilets jaunes" ont laissé des traces dans la capitale, et dans la tête des touristes. "Ils pensent que c'est la guerre civile à Paris", résumait début décembre sur Europe 1 Adeline, standardiste dans le prestigieux hôtel Hyatt Regency, à deux pas du Louvre, qui enregistrait début décembre plus de 2.000 annulations

"50.000 nuitées perdues". Une tendance que confirme Rémi, serveur dans un établissement situé près des Champs-Elysées : "La moitié de notre clientèle, surtout au mois de décembre, sont les clients des hôtels. Mais là, il y a eu des désistements. D'habitude à Noël on affiche complet [...] ça fait trois ans que je suis là et on voit vraiment une sacrée baisse", détaille-t-il. Des chiffres qui ne surprennent pas Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage (EdV) qui affirme que "50.000 nuitées ont été perdues" à Paris, pour une "baisse de fréquentation autour de 15%". 

"On nous a déconseillé de venir". Du côté des touristes, on reconnait volontiers que les images de violences et de destructions, qui ont fait le tour du monde, ont pu y faire réfléchir à deux fois. "Ma sœur vit ici et avant de venir, nous lui avons demandé si nous pouvions nous rendre à Paris ou pas", explique Camilla, une touriste polonaise. "Si elle ne nous avait pas dit 'tout va bien ici', nous ne serions pas venus", confie-t-elle. Même son de cloche pour Selma, une touriste marocaine : "C'est vrai que l'on a entendu beaucoup de choses sur ce qui se passait, notamment les destructions, et qu'on nous a déconseillés de venir". 

Entendu sur europe1 :
On a déjà des premières demandes d'annulation pour janvier. On sait déjà que ce sera une saison morte

La sécurité, un argument sensible pour Paris. En effet, selon Christian Mouisard, président de la Fédération nationale des offices de tourisme, "les tours opérateurs américains et japonais déconseillent à leurs clients de venir en France". Une pratique qui n'a évidemment pas aidé l'affluence touristique dans la capitale. D'autant que la sécurité est un argument sensible, surtout à Paris : "Rassurer une population étrangère [sur la sécurité] après les attentats, a été extrêmement difficile", rappelle Sophie, responsable du Hyatt Regency. "Et là, on se retrouve dans une situation certes très différente mais qui touche exactement le même point sensible", analyse-t-elle.

Un argument de poids qui a malheureusement été mis à mal avec les agissements de Cherif Chekatt à Strasbourg, le 11 décembre dernier. "On a même déjà des premières demandes d'annulation pour janvier et ça va nécessairement impacter une saison qui est toujours un peu difficile en janvier-février. On sait déjà que ce sera une saison morte", affirme la professionnelle. 

Des touristes pourtant satisfaits de leur séjour, malgré les incidents. Pourtant, les touristes qui ont bravé leurs craintes et sont venus quand même à Paris ont été ravis de leur séjour, même s'ils ont évité les quartiers les plus sensibles, comme les Champs-Elysées ou le quartier autour de la place de la Bastille. Certains ont toutefois dû résister à de fortes pressions avant de venir, comme Gill. Elle est américaine et sa mère n'était vraiment pas rassurée de la voir passer le week-end à Paris : "Le vendredi, elle m'appelle et elle me dit de ne pas venir, d'éviter Paris", expliquait début décembre la jeune femme au micro d'Europe 1. "Elle a vu à la télévision aux Etats-Unis que c'était très grave". 

Et lorsqu'on lui a demandé comment s'est passé son séjour, sa réponse est sans appel : "Très bien, c'était incroyable !"