Dans certaines villes reconfinées, les commerces "non essentiels" investissent les rues

, modifié à
  • A
  • A
Dunkerque Commerces Commerce 1:28
Dans les départements reconfinés, seuls les commerçants vendant des produits et services de "première nécessité" peuvent rester ouverts. © Maximilien Carlier / Europe 1
Partagez sur :
Dans plusieurs villes reconfinées face au Covid-19, comme Cannes, Antibes, ou encore Boulogne-sur-Mer, des arrêtés municipaux permettent désormais aux commerces non essentiels d'installer leurs marchandises dans la rue. Mais les préfectures pourraient rapidement sévir face à se type d'initiative.
REPORTAGE

Dans les 19 départements placés en semi-confinement face à l'épidémie de Covid-19, les commerces jugés "non essentiels" restent fermés. Toutefois, ils ont été autorisés à ouvrir dans certaines communes du littoral des Alpes-Maritimes, comme Antibes, Menton ou Cannes, mais à condition de s'installer dans la rue. C'est aussi le cas sur certaines villes du nord de la France, comme Dunkerque ou Boulogne-sur-Mer.

Sur le trottoir, devant sa boutique de vêtements et d'accessoires, à Cannes, Jessica Lefort a recréé l'univers de son enseigne : une penderie avec des chemises sur cintres et une table recouverte de bijoux colorés. L'accès à l'intérieur du magasin reste interdit, mais l'autorisation d'empiéter sur l'extérieur est une aubaine en ce temps de crise. "On respecte toutes les mesures de sécurité, on est masqué et il y a du gel", assure cette commerçante à Europe 1. "Les gens voient de l'animation et ça me permet de maintenir mon commerce. Je ne fais pas de bénéfices, il s'agit seulement de pouvoir payer mon loyer et de travailler dignement."

"Pourquoi pas dans les rues ?"

La mesure a été réclamée par les commerçants. "On s'est dit que Cannes pouvait être un marché à ciel ouvert puisque les activités non alimentaires sont autorisées sur les marchés. Alors, pourquoi pas dans les rues de Cannes ? C'est essentiel de répondre à cette demande de nos commerçants. Ça fait plusieurs mois qu'ils sont en grosse difficulté", explique Mathilde Bernard, la directrice du commerce à la municipalité de Cannes.

Les riverains, quant à eux, se montrent plutôt satisfaits par ce dispositif. "C'est indispensable, sinon, où va-t-on? C'est quand même un palliatif de pouvoir venir en ville et voir les trottoirs un petit peu animés", commente une Cannoise. Agacé par l'initiative, le préfet des Alpes-Maritimes a toutefois demandé aux maires concernés de mettre fin à ces pratiques.

Des clients peu nombreux

Du côté de Dunkerque et Boulogne-sur-Mer, les municipalités ont pris un arrêté similaire, autorisant également les commerces non essentiels à vendre dans la rue à partir de ce samedi et jusqu'au 17 avril. À Dunkerque, on retrouve les portants avec les habits sur le trottoir, des cabines d'essayage en extérieur. Marie et Joséphine tiennent dans leurs mains leurs premiers vêtements pour cet été, "une tunique et un chemisier" : "C'est très très non-essentiels, très inutile, mais ça fait plaisir. On se sent revivre. On a besoin de se changer les idées aussi. Ça fait partie de notre vie. Faire les magasins sur internet, ça va bien cinq minutes, mais on a besoin de contacts."

Il faut tout de même respecter les distanciations, en laissant un couloir d'un mètre pour circuler. Boulevard Alexandre III, dans la ville portuaire, il y quelques magasins indépendants ouverts, mais ils sont assez peu nombreux. Si on a trois, quatre clients, on ne peut pas se plaindre", affirme Julie, qui tient une boutique de prêt-à-porter féminin. "Maintenant, il faut pas se le cacher : les conditions sont pas top du tout." La plupart de ces commerçants ne savent pas s'ils vont rester ouverts ces prochaines semaines. Il y a la crainte de voir l'arrêté pris par le maire retoqué par la préfecture.

Europe 1
Par Frédéric Michel et Maximilien Carlier, édité par Romain David