Coronavirus : "Chaque mois de confinement coûte environ 3% du PIB annuel", estime le gouverneur de la Banque de France

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François Villeroy de Galhau 2:11
Coronavirus : "Chaque mois de confinement coûte environ 3% du PIB annuel", estime le gouverneur de la Banque de France © Europe 1
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La crise sanitaire provoquée par l'épidémie de coronavirus et les mesures de confinement pèsent lourd dans l'économie française. Des secteurs sont paralysés, des entreprises se retrouvent en danger. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, fait le point sur la situation économique, sur Europe 1.
INTERVIEW

La crise sanitaire a de nombreuses conséquences économiques. Le coronavirus et les mesures de confinement liées pourraient faire perdre 2,6 points de PIB à la France, selon une note de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiée lundi, soit une perte d’environ 60 milliards d'euros en un mois. Certains secteurs sont totalement paralysés : tourisme, restauration, tandis que plus de 20% des salariés français pourraient se retrouver au chômage partiel. Emmanuel Macron avait assuré qu’il n’y aurait pas de faillite mais la situation est difficile pour les entreprises. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, réagit mercredi sur Europe 1.

Une bataille économique 

"Nous sommes lancés dans deux batailles, une sanitaire contre le virus, souligne le gouverneur de la banque de France. Mais il y a aussi une bataille économique, et la Banque de France, les pouvoirs publics sont totalement mobilisés pour que le maximum d'entreprises puissent surmonter le choc". 

Pour venir en aide aux entreprises, François Villeroy de Galhau rappelle les différents dispositifs existants mis en place par le gouvernement : report des charges, dispositif de chômage partiel, fonds de solidarité pour les indépendants. Quant à la banque centrale, son rôle est d'apporter à toutes les entreprises, selon lui, "un bouclier de trésorerie" pour traverser la crise. 

La trésorerie pour les entreprises 

"Il faut aujourd'hui que les banques fassent arriver cette trésorerie, cette liquidité, à l'ensemble des entreprises. Cela passe notamment par ces prêts garantis par l'Etat qui ont été mis en place pour couvrir jusqu'à un quart du chiffre d'affaires annuel : c'est un dispositif absolument exceptionnel, et les chiffres sont en train de monter très vite." D'après les données de ce mardi matin, il y aurait 29.000 demandes pour ce dispositif pour un montant de 5 milliards d'euros. 

Certains entrepreneurs témoignent pourtant de banques frileuses, qui ne prêtent plus en cette période. "Si ceux qui nous écoutent rencontrent des problèmes, qu'ils n'hésitent pas à saisir la médiation du crédit de la Banque de France, une procédure totalement gratuite et disponible sur internet dans chaque département. Nous les contacterons dans les deux jours et nous trouverons des solutions", explique François Villeroy de Galhau.

"Je dis aussi que globalement je crois que les banques font le job", ajoute le gouverneur de la Banque de France. "Nous gagnerons par notre solidarité et notre unité, il ne s’agit pas de pointer du doigt les uns ou les autres, il s'agit que chacun fasse le maximum à son poste. Ce n'est facile pour personne".

Un impact fort sur l'économie française 

S'il est encore trop tôt pour donner des estimations de l'impact économique de cette crise sanitaire à long terme, la Banque de France réalise actuellement une enquête de terrain auprès de 8.500 entreprises, dans tous les secteurs, pour suivre au plus près la situation. "Chaque mois de confinement coûte à l'économie française environ 3% du PIB annuel", estime-t-il. "Et environ 2% de déficit public supplémentaire". Les chiffres précis seront publiés le 8 avril. 

 "Nous ne savons pas ce que cela représentera sur l'ensemble de l'année 2020, précise François Villeroy de Galhau. Cela dépendra de la durée du confinement et de notre capacité à repartir derrière." 

"Nous savons que la croissance sera négative en 2020, qu'elle sera positive en 2021 mais il est trop tôt pour donner des chiffres", résume-t-il. Un point reste positif : l'inflation sera faible. Par conséquent, la Banque de France et la Banque centrale européenne pourront garder des taux d'intérêt bas. "Ce qui contribuera à soutenir la croissance et facilitera le financement des dettes supplémentaires", précise le gouverneur. 

Europe 1
Par Mathilde Durand