Le festival de l'île de Wight, 50 ans après : Donovan, musicien "flower power" par excellence

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En 1970, lors de son concert sur l'île de Wight, Donovan était déjà un artiste connu du grand public. © Capture d'écran Youtube
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Chaque soir cet été, Europe 1 vous emmène en 1970, sur l'île de Wight, qui accueille alors un immense festival de musique pour la troisième année consécutive. Un an après Woodstock, cette édition restera gravée dans les mémoires avec des prestations et des groupes inoubliables. Dans ce onzième épisode, retour sur la carrière mouvementée du musicien hippie Donovan. 

Le festival de l’Île de Wight, créé en 1968, connaît son apogée en 1970, lorsque près de 600.000 spectateurs se rassemblent sur ce bout de terre au sud du Royaume-Uni. Cinquante ans après, Europe 1 revient sur les différents concerts donnés pour ce qui fut, un an après Woodstock, l'un des derniers grands rendez-vous hippies. Ce lundi, Europe 1 se penche sur celui que l’on a longtemps appelé "le Bob Dylan anglais" : Donovan. 

Un concert resté gravé dans les mémoires

Le 30 août 1970, Donovan est l’une des têtes d’affiche les plus attendues du festival de l'île de Wight. À cette époque, il a déjà une dizaine d’albums à son actif et des chansons qui ont fait le tour du monde. Aujourd'hui, très peu d'archives de cette prestation historique ont perduré. Seules quelques secondes d'images et un enregistrement pirate ont traversé les années. 

Pourtant, lors du concert, le morceau d'ouverture, Catch The Wind, a eu un succès retentissant. Il s'agit en effet de son tout premier succès national, en 1965. C'est aussi suite à ce titre qu'il a été surnommé "le Bob Dylan anglais". Car Catch The Wind fait écho au célèbre morceau Blowin' in the Wind de Bob Dylan. 

Donovan, le "Bob Dylan anglais"

Donovan a toujours admis que Bob Dylan avait été l’une de ses grandes influences. Mais il se disait d'abord inspiré, comme Bob Dylan, par les grands noms de la folk américaine de l’après-guerre, à l'instar de Ramblin' Jack Elliott et Woody Guthrie. Partageant les mêmes goûts musicaux, Donovan et Bob Dylan se sont ainsi inévitablement rencontrés. 

Cette rencontre a eu lieu après la sortie de Catch The Wind. Elle s'est produite le 8 mai 1965 lors d’une tournée de l’Américain Bob Dylan. Elle a, par ailleurs, été immortalisée par le film Don't Look Back d’Arthur Pennebaker, documentariste musical récemment disparu. 

Sur les images, Bob Dylan et son équipe se trouvent dans la suite d'un hôtel londonien. En arrière-plan, un gamin de 18 ans accorde discrètement sa guitare et entame l’une de ses compositions. En parallèle, la presse musicale anglaise multiplie depuis quelques jours les articles sur une possible rivalité entre les deux compositeurs, qui ne se connaissent pas. "Donovan ? Mais qui est ce Donovan ?", se moque d'abord Dylan en lisant les gros titres. Et pourtant, Bob Dylan le prend en considération. 

Sans pour autant devenir très amis, les deux hommes entretiendront des relations tout à fait cordiales. Bob Dylan présentera même Donovan aux Beatles. Ensuite, leurs chemins se sépareront. 

L'ascension de Donovan 

Donovan s'envole aux États-Unis à cause d'une concurrence entre maisons de disques. Il y publie ses premiers albums sous l'égide du producteur Mickie Most, connu pour ses succès commerciaux. Le prenant sous son aile, il va l’éloigner des complaintes folk pour faire de lui un artiste "flower power", mouvement musical marqué par des sonorités psychédéliques et orientalistes.

Donovan devient alors une star internationale, notamment grâce à deux albums : Sunshine Superman en septembre 1966, puis Mellow Yellow six mois plus tard. Ce dernier est l'un des titres incontournable de l'Écossais qui est à cette époque à son sommet. 

Donovan se forge aussi une image underground. Il a en effet été le premier artiste connu arrêté pour possession de marijuana. Mais à l'issue d'un voyage décisif en Inde, l'artiste va opérer un profond changement. Là-bas, il se rapproche du fameux Maharishi Mahesh Yogi pour approfondir la méditation transcendantale. Dans l’album qui suit, un double disque, ce qui est rarissime à l’époque, il n’hésite pas à lancer un appel à la jeunesse pour délaisser les drogues au profit de la méditation. 

L’album en question se présente sous la forme d’une boîte cartonnée et contient de nombreux ajouts artistiques, textes, dessins, photos. Un concept cette fois encore très innovant. Cet album, A Gift From A Flower To A Garden, s’ouvre avec l’une de ses plus belles compositions : Wear Your Love Like Heaven. À lui seul dans cette chanson, Donovan incarne l’idéal hippie de la fin des années 60.

La fin du "flower power"

Mais ce succès va peu à peu disparaître. Un soir où son producteur Mickie Most a réservé un studio à Los Angeles pour travailler avec Donovan, la star préfère être avec ses amis Stephen Stills et Mama Cass. Confronté au refus de Donovan, Mickie Most claque la porte. 

Sans son producteur fétiche, les disques de Donovan ont moins de succès. L’artiste se pose des questions, fonde un groupe, puis s’exile au Japon pour échapper à l’impitoyable fisc anglais, qui récupérait alors la quasi-totalité des droits des musiciens. Puis, une dépression "légère mais irrésistible", selon ses mots, le pousse à revenir au pays, quitte à perdre beaucoup d’argent. Il se marie avec Linda Lawrence, qui n’avait pas voulu de lui cinq ans plus tôt. Ensemble, ils fonderont une communauté sur l’Île de Skye, au Nord de l’Écosse.

Alors l’un des artistes les plus "hippie" ou "flower power" de sa génération, Donovan va beaucoup souffrir de cette image devenue ringarde avec l’avènement du mouvement punk, puis new wave dans les années 70 et 80.

Toujours sur scène à 74 ans 

Donovan fera son grand retour en 1996 avec un très bel album, Sutras, produit par Rick Rubin, notamment producteur de Johnny Cash et incroyable révélateur de talents oubliés ou sur la touche. Depuis, Donovan s’est lancé dans une espèce de tournée permanente. Seul sur scène, assis deux heures durant dans la position du lotus, sur un tapis afghan, il raconte sa longue carrière avec beaucoup d’humour et de tendresse. De quoi revenir, même à 74 ans, à ses idéaux de jeunesse.   

Europe 1
Par Jean-François Pérès