Le festival de l'île de Wight, 50 ans après : le réveil de Sly and the Family Stone

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Sly and the Family Stone
Le groupe Sly and the Family Stone naît en 1967. © YouTube
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Chaque soir cet été, Europe 1 vous emmène en 1970, sur l'île de Wight, qui accueille alors un immense festival de musique pour la troisième année consécutive. Un an après Woodstock, cette édition restera gravée dans les mémoires avec des prestations et des groupes inoubliables. Dans ce neuvième épisode, retour sur Sly and the Family Stone et son tube "Stand" qui a réveillé une assistance jusque-là bien indifférente.

Le festival de l’Île de Wight, créé en 1968, connaît son apogée en 1970, lorsque près de 600.000 spectateurs se rassemblent sur ce bout de terre au sud du Royaume-Uni. Cinquante ans après, Europe 1 revient sur les différents concerts donnés pour ce qui fut, un an après Woodstock, l'un des derniers grands rendez-vous hippies. Ce jeudi, comment Sly and the Family Stone a réussi à réveiller le public de l’Ile de Wight.

Sly Stone, un miraculé

Sly Stone est un miraculé des substances toxiques. Depuis Woodstock, il a pris la sale habitude de rater un concert sur trois en moyenne, pour diverses raisons : mauvaises vibrations, état léthargique ou hystérique. Et pourtant, quel personnage ! Une sorte d'Elvis Presley noir, flamboyant, extravagant, vêtu d’un costume à franges, des airs de chef indien, de lunettes de soleil et d’une sorte de gros chapeau cloche blanc en laine sur la tête.

 

Accompagné de ses cinq musiciens, ce singulier et fort peu recommandable personnage est devenu une star mondiale en l’espace de quelques mois. Woodstock est passé par là. C’est donc en territoire conquis qu’il s’avance sur scène le dimanche 30 août au petit matin. Il est la tête d’affiche d’une journée hallucinante qui a vu défiler sur la même scène Joni Mitchell, Miles Davis ou encore les Doors de Jim Morrison.

Stand, ou comment réveiller une assistance jusque-là bien indifférente. Les instruments étaient mal accordés. Rien ou presque ne fonctionnait. Ce morceau a sauvé le concert et le groupe est sorti sous les acclamations.

Une trajectoire sinueuse

Deux ans plus tôt, un tel triomphe aurait été impossible à prévoir, tant la trajectoire personnelle de son leader fut sinueuse. Avant d'être Sly Stone, il était une fois Sylvester Stewart, deuxième d'une famille de cinq enfants. Issu de la classe moyenne, élevé dans une éducation religieuse pentecôtiste près de San Francisco, il se trouve très vite une passion pour la musique. À l'âge de 8 ans, le jeune Sylvester grave avec ses frères et sœurs un 78 tours de gospel pressé à quelques dizaines d'exemplaires. C'est déjà lui le leader. Les années suivantes ne vont que le confirmer.

Musicien et animateur radio

Musicien polyvalent, puis animateur en vue sur une radio de San Francisco, celui qui se fait désormais appeler Sly Stone fait feu de tout bois. Il multiplie les expériences dans des groupes, s'abreuve à la source des nouvelles tendances, y compris le folk, le rock, la pop. Il produit même un groupe californien alors en vogue, les Beau Brummels.

Une formation révolutionnaire

En 1967, il franchit le cap et renoue avec ses origines, 15 ans après le fameux 78 tours. "Sly And The Family Stone" naît autour de son frère Freddie, sa sœur Vet, et d'autres musiciens de son premier cercle. C’est une formation révolutionnaire, la première du genre à mêler non seulement les noirs et blancs mais également les hommes et les femmes. Le premier album, A Whole New Thing, "un truc complètement nouveau", n'est pas un succès. Le monde n'est sans doute pas encore prêt, car la musique est déjà formidable.

Underdog, autrement dit "l'outsider", celui qu'on n'attend pas, qui doit tout faire deux fois mieux que les autres mais qui un jour ou l'autre finira par rafler la mise, est un titre très autobiographique.

Si le morceau fait penser à James Brown", c'est parce que cela fait partie des influences de Sly Stone. Mais il est quand même très étonnant que ce morceau imparable n'ait pas lancé la carrière du groupe. Il faudra attendre l'année suivante avec "Dance to the music" et puis surtout "Everyday People", le premier n°1, pour qu'elle décolle enfin.

 

Contre-culture et liberté

Rose, sa talentueuse deuxième sœur, vient d'intégrer la "famille Stone". La musique, désormais baptisée "soul psychédélique", est de plus en plus accrocheuse. Le groupe répond exactement aux idéaux de la contre-culture de l'époque, il prêche à la fois pour l'égalité entre les races, entre les sexes, pour la fin de la guerre au Vietnam, pour la liberté individuelle, sexuelle, et le charisme de Sly Stone fait le reste. Jusqu'à l'explosion hélas prévisible au début des années 70.

Jusqu'à l'explosion

Déjà sujet aux caprices de star, le chanteur devient invivable. Sa consommation délirante de cocaïne n'arrange rien. Il engage des truands comme managers, des mafieux comme gardes du corps. Les Black Panthers lui demandent de radicaliser sa musique. Les deux musiciens blancs quittent le navire. Mais le groupe aura encore le temps de graver un chef d'œuvre avant de se disloquer : "There's a Riot Goin' On", soit il y a une émeute dans le coin, avec sa célèbre pochette où les étoiles du drapeau américain sont remplacées par des soleils.

Un dernier titre pionnier du funk

Ironiquement, le dernier n°1 de Sly And The Family Stone s'appelle A Family Affair, une affaire de famille. Pour l'anecdote, c'est l'un des premiers morceaux enregistrés avec une boîte à rythme, en 1971. Bobby Womack est à la guitare.

50 ans après, ce titre, pionnier de ce qu'on appellera le "funk", n'a pas pris une ride. Iggy Pop en personne l’a repris pour son anniversaire en avril dernier.

 

Une grande inspiration pour Prince

D'innombrables artistes ont puisé à la source de cette musique qui mêle jazz, rock, soul, folk, rythmes latinos, et de ce personnage hors du commun. Parmi eux, Michael Jackson, Stevie Wonder, Nile Rodgers, le génial guitariste de Chic, ou encore un jeune multi-instrumentiste de Minneapolis, qui va reprendre peu ou prou la formule de son aîné pour devenir une immense star dans les années 80, avec des tenues flashy et mêlant dans son groupe hommes, femmes, noirs et blancs : Prince. 

Quant à Sly Stone, malgré ses excès et une santé mentale défaillante, il est toujours en vie à 76 ans. Ruiné, SDF, tombé tout en bas de l'échelle, il a récemment gagné un procès sur les droits de sa musique, récupérant cinq millions de dollars au passage. Aussi improbable que cela puisse paraître, l’histoire continue.

 

Europe 1
Par Jean-François Pérès