Jeux vidéo : il y a désormais plus de joueuses que de joueurs en France

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Les femmes représentent 51% des adeptes de jeux vidéo en France. © Ina FASSBENDER / AFP
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Selon le bilan annuel du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, la part des femmes dans le public des adeptes de jeux vidéo atteint désormais 51%. Une première due en partie aux confinements de l'année 2020 qui ont vu surgir, ou resurgir, un public de novices prêtes à tenter l'aventure vidéoludique.

"Où sont les femmes ?", demandait Patrick Juvet en 1977. À l'époque, on ne sait pas, mais aujourd'hui, elles sont en train de jouer aux jeux vidéo. C'est ce que révèle une étude du Sell, le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, publiée mercredi et qui fait le bilan du secteur en France. Plus de 36 millions de Français jouent au moins occasionnellement aux jeux vidéo et, pour la première fois, il y a plus de femmes que d'hommes parmi les joueuses. Les "gameuses" représentent 51% du public, avec 400.000 nouvelles venues en 2020. Un "effet confinement" qui pourrait s'inscrire dans la durée.

Une féminisation progressive du public des jeux vidéo

La féminisation des joueurs progressait depuis quelques années et elle a donc franchi un cap symbolique en 2020. "C'est principalement grâce aux jeux sur smartphones. Les femmes représentent 55% du public des jeux mobiles, alors qu'elles sont encore minoritaires sur les jeux pour consoles et les ordinateurs, à environ 46%", explique Guillaume Meyer, directeur d'études chez Ipsos, en charge de la partie sociologique du bilan du Sell. Si la balance globale penche du côté des femmes, c'est parce que le téléphone est aujourd'hui le premier support des jeux vidéo, utilisé par 18 millions de Français, devant les consoles (16 millions) et les PC (15 millions).

Ce qui n'empêche pas de nombreuses femmes d'avoir fait leurs armes vidéoludiques sur console ou PC, à l'image de Jeanne qui cherchait à s'occuper pendant le premier confinement. "Mon copain a commencé à jouer à Age of Empires et c'est un jeu que je connaissais un peu car mon frère y jouait quand on était plus jeunes. Au début; je le regardais jouer; puis il m'a proposé d'essayer. Je n'avais jamais joué aux jeux vidéo mais ça m'a bien plu", explique cette étudiante à Sciences Po. "J'ai trouvé ça plus facile d'accès que d'autres jeux auxquels jouent mes potes ou mon copain puisqu'il faut juste cliquer. C'est avant tout de la stratégie."

Pour certaines, le jeu vidéo est un retour en enfance

En 2020, certaines anciennes joueuses ont aussi renoué avec leur passion d'enfance ou d'adolescence. "Pendant le confinement, j'ai tout essayé pour m'occuper. Et un jour, en passant chez mes parents, je suis retombée sur ma Gameboy et ma Nintendo DS. Ça m'a amusée, j'ai lancé une partie et je suis retombée en enfance", raconte Camille, 25 ans. "Ça faisait au moins dix ans que je n'avais pas joué à un jeu vidéo. J'étais trop contente ! Donc je les ai rapportées chez moi et j'y joue de temps en temps."

Pour elle, c'est avant tout une activité nostalgique. "J'ai repris les jeux qui me font penser à mon enfance, surtout Mario Kart et les Super Mario Bros. En plus, je me suis fait un petit plaisir : je suis allée chez Micromania, ce que je n'avais pas fait depuis très longtemps, et j'ai racheté quelques vieux jeux, notamment un Tomb Raider. Je l'ai lancé et je n'arrivais plus à décrocher", dit-elle en riant. Un an plus tard, Camille continue de jouer sur sa Gameboy et sa DS "par période" et elle envisage de passer à la vitesse supérieure. "Je suis allée chez un pote qui a une Switch. J'ai découvert le dernier Mario Kart. C'est juste génial ! Du coup, je suis en train de convaincre ma coloc d'investir."

Le jeu vidéo, un moyen de garder le contact en temps de Covid

Si Camille joue principalement en solo, l'aspect social du jeu vidéo attire les jeunes joueuses. "Je n'aurais jamais commencé un jeu vidéo toute seule, ça m'aurait paru trop difficile. Là, je joue à Age of Empires en équipe avec des amis donc les plus compétents m'aident et me donnent des conseils", affirme Jeanne. Une activité collective également bienvenue en confinement. "On se parle pendant qu'on joue, c'est vraiment une activité comme une autre finalement. Ça occupe bien les soirées en couvre-feu", se réjouit l'étudiante.

Garder le contact avec ses proches, c'est aussi ce qui a motivé Capucine. À 25 ans, elle a été happée par Among Us, jeu en ligne phénomène qui réunit 500 millions de joueurs chaque mois. "Je suis une grande fan de jeux de société donc forcément j'étais frustrée pendant le premier confinement. Quand le deuxième a démarré, mes sœurs et mon frère m'ont parlé d'Among Us. On a commencé à jouer puis on a invité des amis. On est une dizaine et depuis trois mois on joue une fois par semaine", raconte-t-elle.

Capucine avait joué un peu aux Sims et à Age of Empires dans son enfance mais c'est la première fois qu'elle jouait avec d'autres gens. "C'est vraiment ce qui m'a plu. J'avais peur que ce ne soit pas aussi cool qu'un jeu de société à cause de la distance et finalement je trouve ça hyper sympa de jouer avec des gens que je ne connais pas forcément", souligne la jeune femme. Expérience concluante : elle a déjà prévu d'essayer d'autres jeux en ligne.