Voiture autonome : "D’ici à cinq ans, vous pourrez lâcher le volant sur l’autoroute"

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La voiture autonome devrait se concrétiser durant la décennie à venir.
La voiture autonome devrait se concrétiser durant la décennie à venir. © Clément Lesaffre / Europe 1
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À l’occasion du CES, devenu un rendez-vous pour les acteurs de la voiture connectée, Europe 1 a rencontré l’un des dirigeants du spécialiste français Valeo. L’occasion de faire le point sur les avancées de la voiture autonome.
INTERVIEW

2019 s’est achevée et, contrairement à ce que prédisait Blade Runner, point de voitures volantes dans nos villes. Pas plus qu’il n’y a de voitures autonomes, malgré les promesses faites par certaines constructeurs qui rêvaient de véhicules sans conducteur dès 2020. "Ça prend un peu plus de temps que ce que les plus optimistes avaient prévu. Mais il n’y a rien de dramatique et rien d’insurmontable", assure à Europe 1 Marc Vrecko, président de la division conduite autonome de Valeo, le spécialiste français en la matière, présent au CES de Las Vegas pour présenter ses dernières avancées. Mais alors, quand est-ce que les voitures rouleront toutes seules ?

Les aides à la conduite, première étape de l’autonomie

"Une voiture autonome, à Paris, qui traverse la place de l’Étoile ? On n’y est pas, on n’a pas encore la maturité technologique". D’entrée, Marc Vrecko balaie nos espérances d’un revers de la main : il va falloir prendre son mal en patience. "On a eu une vague d’enthousiasme qui a laissé penser que les choses iraient très vite. Mais il faut du temps pour avancer. Les niveaux d’autonomie vont se complexifier progressivement."

Dans l’immédiat, il faut donc se contenter des options d’aide à la conduite, "de premières étapes vers plus d’autonomie", souligne Marc Vrecko. Aujourd’hui, toutes les pubs pour des voitures vantent l’aide au parking automatique ou l’assistance au freinage d’urgence. "Ces formes de semi-autonomie vont aller crescendo. Demain, vraiment demain, si vous êtes coincé dans les embouteillages sur le périphérique, vous pourrez déléguer la conduite à votre véhicule."

Des "progrès considérables" d’ici cinq à dix ans

Mais ce n’est pas parce que la France n’y a pas encore droit que la voiture autonome n’avance pas. "À Phoenix, aux États-Unis, un de nos partenaires a lancé un service de taxis autonomes. C’est comme n’importe quelle application de VTC. Vous commandez sur votre téléphone et une voiture vient vous chercher. Sauf qu’il n’y a pas de chauffeur. Vous lancez la course et la voiture vous emmène à destination", décrit Marc Vrecko. Un début, souligne-t-il, mais un début tout de même bien plus concret que les quelques tests en circuit fermé menés en France jusqu’à présent.

On a testé la voiture autonome

Lors du dernier Salon de l'Automobile de Paris, en 2018, nous avions pu monter à bord d'un véhicule autonome conçu par Valeo, lors d'un parcours en conditions réelles de trafic dans les rues de Paris. Vous pouvez retrouver nos impressions dans notre test ici ou bien en vidéo ci-dessous.

De fait, Marc Vrecko rappelle que "le développement de la voiture autonome est lié aux décisions des régulateurs. Les villes, les régions, les États doivent penser l’écosystème dans lequel rouleront ces véhicules". Le dirigeant de Valeo reste malgré tout confiant et assure que "d’ici cinq à dix ans, nous aurons fait des progrès considérables". "Dans cinq ans, vous pourrez, si la situation le permet, lâcher le volant sur l’autoroute. Par contre, pour voir des taxis autonomes à Paris, il faudra attendre dix à quinze ans encore", estime-t-il.

La sécurité, argument-clé pour l’opinion publique

Au-delà de la technologie, c’est surtout la question de la sécurité qui occupe les constructeurs. "Est-ce qu’une voiture autonome est plus sûre qu’une voiture conduite par un humain ? Statistiquement oui, puisque 97 à 98% des accidents de la route sont dus à des erreurs humaines. Une voiture autonome n’envoie pas de textos, elle ne boit pas, elle respecte le code de la route", souligne Marc Vrecko. 

Reste que le risque d’accident n’est pas nul et que l’opinion publique est intraitable. Les trois accidents mortels impliquant des voitures autonomes, dont deux chez Tesla, le dernier en mai 2019, ont ainsi provoqué de vives réactions. "L’émotion était légitime, les questionnements aussi. C’est normal, les attentes en termes de sécurité sont dupliquées. Mais ça n’a pas empêché Tesla de réaliser des ventes et un chiffre d’affaires records l’an dernier", tempère Marc Vrecko. Mais il en est persuadé, pour envoyer des voitures autonomes sur les routes, il faudra absolument prouver et convaincre qu’elles sont "plus sûres qu’une voiture ‘classique’".