Russie-France : les cinq enjeux d’un match déjà crucial

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Les Bleus feraient bien de s'imposer en Russie s'ils veulent éviter de cogiter d'ici le mois de mai.
Les Bleus feraient bien de s'imposer en Russie s'ils veulent éviter de cogiter d'ici le mois de mai. © FRANCK FIFE / AFP
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Pour leur dernier match avant l’annonce de la liste pour la Coupe du Monde, les Bleus doivent impérativement se rassurer et retrouver de la sérénité.

Les Bleus doivent rebondir. Quatre jours après la défaite face à la Colombie (2-3) au Stade de France, les joueurs de Didier Deschamps sont obligés de réagir, mardi, contre la Russie. À deux mois et demi de la Coupe du Monde, sur les terres du pays hôte, l’équipe de France joue son dernier match amical avant la phase de préparation du grand événement. L’objectif est simple : se rassurer et prouver que les inquiétantes lacunes entrevues vendredi n’étaient qu’un accident de parcours. Derrière ce match amical, les enjeux sont lourds pour les Bleus.

Gagner pour se rassurer

Après leur prestation décevante contre la Colombie (30 minutes extraordinaires avant de s’effondrer dans les grandes largeurs), les Bleus doivent absolument se rassurer. L’équipe de France a peu de repères contre la Russie, qui évolue à présent en 5-4-1, un système défensif. Depuis la fin de la Guerre froide, les deux sélections ne se sont affrontées qu’à six reprises, la dernière fois en 2016 au Stade de France et les Bleus s’étaient largement imposés 4-2 (avec le premier et unique but de N’Golo Kanté). Au total, la France mène trois victoires à deux pour un nul dans ses confrontations face à la Russie.

Le pays hôte de la Coupe du Monde est un adversaire a priori à la portée des Bleus. La dernière victoire de la Russie remonte à octobre dernier contre la Corée du Sud (4-2). Depuis, le pays hôte du Mondial a alterné le bon (un match nul 3-3 acquis contre l’Espagne en novembre) et le moins bon (1-1 contre l’Iran et une défaite 0-3 contre le Brésil vendredi). En se montrant sérieux et appliqués (ce qu’ils n’ont pas été pendant une heure contre la Colombie), les joueurs de Didier Deschamps ont les qualités pour aller chercher un bon résultat à Saint-Pétersbourg.

Prendre ses marques en Russie

Ce match sera aussi l’occasion pour les Bleus de se familiariser avec l’ambiance russe, souvent bouillante quand elle n’est pas carrément intimidante. Samedi, pas moins de 70.000 spectateurs se sont massés dans le stade olympique de Moscou pour supporter l’équipe nationale de Russie contre le Brésil. Mardi, les hommes de Didier Deschamps fouleront la pelouse du Stade Krestovski, résidence du Zénith Saint-Pétersbourg qui peut accueillir plus de 60.000 spectateurs. Un stade que les Bleus auront envie de revoir à la Coupe du Monde : cela voudra dire qu’ils seront allés au moins en demi-finale (l’équipe de France est susceptible d’y jouer une demi-finale ou le match pour la 3ème place). "On est en Russie à quelques mois du grand événement, pour prendre la température. C'est un petit parfum de Russie avant d'y être des semaines, très longues j'espère", a ainsi déclaré Didier Deschamps lundi.

Un premier contact qui donnera aux Français une idée de ce à quoi ils pourront s’attendre cet été. Chez eux, les Russes vont réserver un accueil très chaud aux autres nations. Tout le monde se souvient à ce titre des violences hallucinantes entre hooligans russes et anglais à Marseille lors de l’Euro 2016. Cette fois, l’ambiance sera électrique mais maîtrisée, promet Alexander Shprygin, le chef ultra-nationaliste des supporters russes. "Pendant la Coupe du monde, la majorité des hooligans vont préférer quitter les grandes villes. Ils ont peur de la répression. C’est impossible qu’il se passe la même chose qu’à Marseille. Ici, la plupart des hooligans seraient en prison", assure-t-il dans les colonnes du Parisien, avant de préciser : "En Russie, il y aura sans doute des insultes et des petites bagarres, mais il n’y aura pas de grosses ‘guerres’ organisées". Rassurant…

Retrouver une stabilité défensive

Vendredi, le duo composé par Raphaël Varane et Samuel Umtiti (24 ans tous les deux) a vécu une soirée plus que compliquée. Régulièrement en retard sur les attaquants colombiens et peu rassurant dans ses relances, le défenseur du Real Madrid a rendu une copie très pâle, loin de ses standards en Bleu. A ses côtés, le défenseur central du FC Barcelone a semblé un peu plus à l’aise, faisant parler son physique pour contrôler les offensives sud-américaines avant de craquer en fin de match en provoquant bêtement le pénalty qui a scellé la défaite des tricolores. Rageant car Varane et Umtiti forment une des charnières centrales les plus prometteuses au monde.

Heureusement, Didier Deschamps a un banc bien rempli. Mardi, le technicien basque devrait titulariser Laurent Koscielny en compagnie de l’un des deux jeunes centraux. A 32 ans et du haut de ses 50 sélections, le défenseur d’Arsenal est un pilier de l’ère Deschamps. Régulièrement aligné avec Varane depuis 2014, le Gunner souffre de la confirmation d’Umititi au plus haut niveau et de ses performances contrastées avec Arsenal. Sa tendance à concéder coups francs dangereux et penaltys joue aussi contre lui. Mais dans une équipe très jeune, sa maturité et son caractère de battant peuvent être bénéfiques aux Bleus.

Se trouver des leaders

D’autant plus que l’équipe de France est désespérément en quête d’un patron. Alors que le groupe élargi créé par Didier Deschamps évolue ensemble depuis 2014, avec des départs et des rajouts de temps en temps, aucun leader n’a réellement émergé. Un manque particulièrement criant vendredi au Stade de France : alors que le jeu des Bleus s’étiolait minute après minute, aucun joueur n’a pris les choses en main pour remobiliser les troupes. Et pour cause : il n’y a pas vraiment de "grande gueule" dans le groupe.

Il y a bien du talent chez les Mbappé, Lemar, Varane, Umtiti et autres Kanté mais aucun n’est un patron dans son club et leur "jeunesse" avec le maillot bleu les oblige à rester humbles. Quant au capitaine Hugo Lloris, il n’est guère connu pour ses colères noires. Antoine Griezmann, désormais un cadre des Bleus et de l’Atlético de Madrid, pourrait prétendre à ce statut. Mais il a clairement exprimé sa position lors de ce rassemblement : "Non, je ne suis pas le patron. Ça ne m'intéresse pas. Je veux être libre sur le terrain comme je le suis. Je veux être heureux comme je le suis". Il faudra bien pourtant que quelqu’un assume ses responsabilités d’ici le mois de juin…

Gagner sa place pour le Mondial

Enfin, la rencontre face à la Russie est la dernière pour les Bleus avant l’annonce de la liste de Didier Deschamps, le 15 mai, et les matches de préparation à la Coupe du Monde face à l’Irlande (28 mai), l’Italie (1er juin) et les États-Unis (9 juin). Or, tous les billets pour la Russie ne sont pas encore attribués.

Si les cadres comme Hugo Lloris, Antoine Griezmann, Raphaël Varane, Blaise Matuidi et même Kylian Mbappé sont assurés de faire partie de la liste, on ne peut pas en dire autant de Florian Thauvin (blessé et donc absent contre la Russie), Lucas Hernandez ou Wissam Ben Yedder. Restés chez eux sur décision de Didier Deschamps ou pour cause de blessure, Layvin Kurzawa, Nabil Fékir, Dimitri Payet et Alexandre Lacazette n’ont pas dit leur dernier mot.