Pierre, 48 ans, a survécu à une attaque de requin : "J'ai eu le sentiment d'avoir une nouvelle vie"

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La vie de Pierre a basculé lorsqu'il a été attaqué par un requin, il y a trois ans. Miraculé, l'homme dit regarder les choses avec plus de recul, comme il le confie à Eve Roger sur Europe 1.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Pierre, 48 ans vit à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. En juin 2016, il a croisé la route d'un requin bouledogue alors qu'il faisait du kite-surf. Croyant mourir, il a eu un réflexe insoupçonné qui lui a permis de regagner quasi-miraculeusement le rivage. Depuis, ce quadragénaire parle de "bonus" pour évoquer sa survie, qui l'a fait changer d'attitude sur de nombreuses choses. Il est d'ailleurs remonté sur l'eau, comme il le raconte au micro Europe 1 d'Eve Roger.

"J'étais en train de finir ma session de foil, un kite-surf monté sur un mât en carbone, ce qui fait que la planche sort de l'eau. Sur la fin de la session, je fais un dernier bord et quand j'arrive au large à 500 mètres du bord, à peu près, je fais un jibe, qui est un demi-tour. J'étais debout sur la planche, mais comme on perd de la vitesse, la planche est redescendue pour se retrouver sur l'eau.

"Au départ, j'ai pensé que c'était un bateau"

"Là, un requin bouledogue qui devait être à quelques dizaines de mètres m'a confondu avec un oiseau qui se posait à la surface. Il m'a attaqué par derrière, il a croqué la planche et m'a croqué l'arrière du pied. J'ai senti un choc, il était lancé comme un taureau. Comme il faisait à peu près 300 kilos, j'ai valsé en l'air parce que ça m'a fait tomber du foil. Au départ, j'ai pensé que c'était un bateau qui m'avait attaqué, tellement le choc était violent.

Je me suis retrouvé avec de l'eau jusqu'au menton, j'ai tourné la tête et j'ai vu qu'il revenait me voir. L'aileron était à trois mètres de moi, la gueule au bout du bras. C'était un face-à-face assez pétrifiant. J'ai réalisé que j'allais mourir. Je savais que j'étais chez lui et qu'il allait faire ce qu'il voulait de moi. Quand j'ai vu que c'était un gros, le cerveau a enregistré le fait que j'étais mort, il n'y avait plus de doute possible. Je n'ai pas vu ma vie défiler parce que ça se passe tellement vite… Il y a une prise de conscience terrible.

Dans le quart de seconde suivant, il y a un réflexe particulier et insoupçonné, un cri de survie qui est remonté du plus profond de moi-même et je me suis mis à lui hurler dessus. Heureusement, mon aile était restée en l'air. Par réflexe, je l'ai balancée pour m'éloigner de lui. Je pense que lui s'était déjà cassé les dents sur ma planche, quand je suis tombé dans l'eau, il a vu que j'étais pas un oiseau, donc je n'étais pas la cible qu'il imaginait. Je pense qu'il n'a pas insisté, ce qui est rare chez un bouledogue."

" On peut y attacher du spirituel ou ce qu'on veut, mais moi je vois vraiment ça comme une nouvelle vie "

"Après, ça ne s'est pas tout à fait terminé là parce que je me suis battu pendant 500 mètres pour regagner le rivage en me faisant traîner par l'aile. J'avais la sensation qu'il fallait que j'échappe à ça pour survivre et passer à autre chose. Quand je suis arrivé sur la terre, j'avais vraiment l'impression d'un cadeau bonus.

J'aurais dû y rester, c'était clair, il y avait tout ce qu'il fallait pour qu'il me finisse, et non, ça ne s'est pas passé comme ça. On peut y attacher du spirituel ou ce qu'on veut, mais moi je vois vraiment ça comme une nouvelle vie. Je pense que ce sentiment de bonus est assez définitif et je me dirai jusqu'à la fin de mes jours que j'ai une nouvelle vie. On profite davantage de la vie, parce que je ne me dis pas à chaque minute que ce sont les derniers instants. On relativise pas mal de choses et on attache plus de valeur aux choses importantes et profondes.

Il y a trois jours, j'ai revu la première personne qui m'a recueilli sur le bord de la terre et qui m'a dit que j'allais faire beaucoup de cauchemars. En fait, je n'en ai fait qu'un seul : j'étais en train de faire la planche à la surface de l'eau et il y avait un danger qui montait des profondeurs de la mer.

J'ai pris le temps de faire trois séances d'une thérapie brève pour gérer le choc émotionnel. Le kite-surf est ma passion depuis quinze ans : dès que j'ai été cicatrisé, un mois après, j'étais sur l'eau et depuis, je navigue deux fois par semaine."

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec