Fusillade à Strasbourg : "Je n’y crois pas"… Quand des "gilets jaunes" crient à la théorie du complot sur Facebook

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Les administrateurs de plusieurs des plus importants groupes de "gilets jaunes" ont temporairement suspendu les publications sur leurs pages Facebook, mardi soir, alors que circulait la rumeur d'une attaque "créée de toute pièce par l'Etat". 

"Je n'y crois pas une seule seconde, c'est pour étouffer la crise et le mouvement". Ce type de message était loin d'être isolé sur les réseaux sociaux, mardi soir, après l'attaque qui a fait au moins trois morts et treize blessés à Strasbourg. Dans les commentaires d'articles et sur les groupes de "gilets jaunes", de nombreux internautes ont relayé la rumeur d'un complot gouvernemental qui viserait à détourner l'attention de la grogne sociale. 

"Macron a trouvé le moyen d'arrêter le mouvement". Sur la page Facebook d'Europe 1, l'annonce de l'attaque a rapidement suscité des commentaires établissant un lien avec le mouvement et les récentes annonces du président de la République. "Macron a trouvé le moyen d'arrêter le mouvement", ou "attentat créé de toute pièce par l'Etat pour faire peur aux gilets jaunes afin d'éviter l'Acte 5", pouvait-on lire dans la soirée, dans une référence à la nouvelle journée de mobilisation à laquelle une partie des manifestants appelle pour samedi. 

Les différentes pages Facebook des "gilets jaunes" ont également vu ce type de messages se multiplier, comme l'a relevé un journaliste de l'AFP. "Coïncidence, hasard ? Ou alors une nouvelle manipulation", avance par exemple une internaute sur l’événement appelant à manifester le week-end prochain. D'autres utilisateurs partagent la photo d'une capture d'écran de BFMTV, sur laquelle un tweet de la préfecture du Bas-Rhin semble dater d'avant le début de l'attaque. Comme le précise le service de fact-checking de l'AFP, il s'agit en fait d'un paramétrage des fuseaux horaires de Twitter, réglé par défaut sur l'heure de la côte ouest des Etats-Unis. 

Plusieurs groupes bloqués par leurs administrateurs. Les administrateurs de plusieurs des plus importants groupes de "gilets jaunes" ont même suspendu la possibilité de poster des messages pour mettre fin aux rumeurs, mardi soir. "En raison de ce qu'il se passe à Strasbourg actuellement et des publications irrespectueuses de certains, je bloque le groupe jusqu'à demain matin", indique une internaute dans un message repéré par un journaliste sur Twitter. Le groupe "La France en colère", fort de 36.000 membres, était toujours suspendu mercredi matin. 

Sur ces mêmes groupes, d'autres "gilets jaunes" dénoncent ces théories du complot, pointant la "haine crasse" des commentaires qui relaient ces rumeurs. D'autres appellent à ce que le mouvement se poursuive en portant un signe noir, en hommage aux victimes de Strasbourg. Des appels au calme nettement moins relayés que les messages de quelques "influenceurs" des "gilets jaunes", comme le Youtubeur Fly Rider, dont certaines vidéos sont vues par plusieurs centaines de milliers d'internautes. 

"Il y a des gens qui aiment bien diffuser des infos avec les mots 'fusillade', 'attentat', 'morts' (...) Je sais qu'il y a eu des coups de feu, mais si ça se trouve c'est juste un fou", déclare le jeune homme dans une vidéo publiée mardi soir. "Dites vous-bien que le mec qui veut faire un attentat vraiment, il n'attend pas qu'il y ait trois personnes dans une rue le soir à 20 heures, il va en plein milieu des Champs-Elysées quand il y a des millions de personnes et il se fait exploser. Ça c'est un vrai attentat." Et d'asséner : "Le reste, c'est des effets pour faire peur." 

"De l'ignoble se rajoute à l'ignoble". La propagation de ces "fake news" a fait réagir jusqu'au gouvernement, mercredi. "Chaque fois qu'il se passe des choses ignobles, de l'ignoble se rajoute à l'ignoble", a notamment déclaré le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, interrogé par RTL. "Pensons aux familles des victimes", a-t-il exhorté.