"Être plus proche de la réalité du risque" : un reconfinement adapté pour sauver l'économie ?

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Alors que les indicateurs de l'épidémie de Covid-19 se dégradent, le gouvernement envisage de nouvelles mesures de restriction. "Il faut privilégier la santé sur tout autre élément", assure sur Europe 1 le professeur Jean-Jacques Zambrowski, qui livre quelques pistes pour un confinement "éco-compatible". 
INTERVIEW

Les indicateurs de l'épidémie de Covid-19 se dégradent en France. Selon les chiffres publiés lundi par Santé Publique France, 26.771 nouveaux cas ont été enregistrés en 24 heures et 357 nouveaux cas graves ont été admis en réanimation. Deux Conseils de défense, mardi et mercredi, devraient aboutir à de nouvelles mesures de restriction. Si l'hypothèse d'un reconfinement est sur la table, certains prônent pour un dispositif "éco-compatible", différent de celui instauré en mars dernier. C'est le cas du professeur Jean-Jacques Zambrowski, médecin en médecine interne à l'Hôpital Bichat, économiste de la santé à l’université Paris-Descartes, qui explique ce concept sur Europe 1.

S'adapter aux territoires

"L'idée, c'est de ne pas adopter un confinement systématique qui ressemble à celui connu il y a quelques mois. Mais être plus près de la réalité de chacun des territoires", décrypte le professeur. "Etre plus attentif au réel mode de vie de chacun dans les différents territoires, déléguer davantage d'autorité aux responsables locaux, c’est-à-dire les ARS, les maires, en collaboration avec les agences de santé et les préfets, de manière à être plus proche de la réalité du risque."

Il prend ainsi l'exemple de régions peu peuplées classées en alerte maximum en raison de faible capacité de lits de réanimation, suffisante en temps normal, qui envoient leurs malades dans des régions voisines, urbanisées et déjà sous-tension. "Le problème est de limiter, faire en sorte que les gens restent chez eux", assure Jean-Jacques Zambrowski. "On n'a pas vraiment le choix".  

Des "bons spécialisés" pour des cinémas ou restaurants

"Le reconfinement total semble être une hypothèse que le gouvernement écarte pour des raisons sociales, sociétales et économiques, mais la nécessité d'aller plus loin dans les mesures de contraintes, qui déplaisent à tous, s'avère une nécessité inévitable, malheureusement", poursuit le professeur et économiste. "La deuxième vague semble traverser tout le pays, être plus forte que la première. Il faudra prendre des mesures difficiles et privilégier la santé sur tout autre élément."

"Si on a le nombre de morts que l'on peut anticiper en prolongeant les courbes telles qu'elles existent, 100.000 voire 200.000 au lieu des 30.000 aujourd'hui, alors l'économie sera morte de toute façon", souligne-t-il, tout en évoquant des mesures analogues des pays voisins. L'Irlande ou encore Israël ont déjà décidé d'un reconfinement total.

Jean-Jacques Zambrowski rappelle cependant la nécessité d'aider les plus démunis à faire face à cette crise sanitaire et économique ou encore de soutenir les secteurs en difficultés tels que la culture, la restauration l'événementiel. "Certains imaginent des solutions comme donner à toute la population des bons, pas de l'argent car on a vu que la thésaurisation augmentait, mais des bons spécialisés qui permettraient d'acquérir un repas au restaurant, une place de cinéma ou de théâtre avant une date donnée, de manière à relancer l'économie." 

Europe 1
Par Mathilde Durand