"L'heure est à la vérité" : un avocat dénonce la "loi du silence" à l'Ehpad de Mougins

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Me Fabien Arakelian dénonce au micro d'Europe 1 de "vraies difficultés juridiques" rencontrées à l'Ehpad de Mougins. 7:07
Me Fabien Arakelian dénonce au micro d'Europe 1 de "vraies difficultés juridiques" rencontrées à l'Ehpad de Mougins. © Loic Venance / AFP
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Me Fabien Arakelian dénonce "la loi du silence" qui règne au sein de l'Ehpad de Mougins, où l'on compte 36 résidents morts du coronavirus. Invité du "Grand journal du soir" d'Europe 1 samedi, il rappelle que "la crise sanitaire n’exonère pas de la responsabilité pénale".

Une "loi du silence", une omerta. Me Fabien Arakelian ne mâche pas ses mots en évoquant l'Ehpad La Riviera à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, où 36 résidents sur 109 ont trouvé la mort des suites du coronavirus. Saisi officiellement par quatre familles qui y ont perdu un proche, l'avocat pénaliste a déposé vendredi en leur nom une plainte contre X pour homicide involontaire, non-assistance à personne en danger et mise en danger d'autrui.

Un "SMS des pompes funèbres" pour apprendre le décès de son père

"Les familles sont dans la non-explication, elles n’ont eu aucune information sur les causes du décès", affirme-t-il au micro du "Grand journal du soir" d'Europe 1 samedi. "On dit que c'est le Covid-19, et débrouillez-vous ! Et ça va même plus loin, je défends une famille qui a appris la mort de son père par un SMS des pompes funèbres qui demandaient une copie de la carte d'identité du défunt !" Mais au-delà des "problématiques psychologiques et de morale", Me Fabien Arakelian voit dans la gestion de cet Ehpad du groupe Korian de "vraies difficultés juridiques". 

"Il y a une loi du silence, une quasi-impossibilité pour les familles d'obtenir des nouvelles, mais aussi des comportements qui vont recevoir, à mon sens, une qualification juridique", avance-t-il alors qu'une enquête préliminaire a été ouverte. Alors que le premier décès d'un malade atteint du Covid-19 dans cet établissement date du 15 mars, un dépistage systématique n'a pas eu lieu avant le 4 avril pour le personnel et "le 6 pour les résidents", rappelle l'avocat. 

"Un établissement spécialisé situé à quelques kilomètres de cet établissement lui a proposé son aide, mais elle a été refusé par l'Ehpad", indique-t-il par ailleurs. Sans oublier que la plainte fait état d'une mise en place dans l'établissement de trois secteurs étanches séparant les malades des cas suspects et des bien portants "qu'à partir du jeudi 9 avril".

Des dysfonctionnements dans plusieurs Ehpad ? 

"Les dysfonctionnements" dans l'Ehpad de Mougins sont-ils révélateurs d'un problème plus large ? Oui, à en croire Me Fabien Arakelian qui affirme recevoir de "plus en plus de mails, d'appels de personnes dont les proches sont décédés en Ehpad, souvent ceux du groupe Korian, et qui constatent les mêmes fautes." Sur les 300 établissements qu'il possède en France, le leader européen des maisons de retraites concentre "356 décès", d'après le chiffre donné par la directrice générale de Korian, Sophie Boissard, sur RTL, vendredi.

Un chiffre qui ne représente certes qu'un faible pourcentage des 4.889 morts recensés dans les établissements sociaux et sociaux-médico sur le territoire le 11 avril, mais qui fait dire à Me Fabien Arakelian "qu'il va falloir se pencher sérieusement sur les agissements des uns et des autres". "Il y a eu des dysfonctionnements, nous le savons tous, mais l'heure est à la vérité." Et de rappeler : "La crise sanitaire n’exonère pas de la responsabilité pénale."

Europe 1
Par Ugo Pascolo avec AFP