Coronavirus : ce que Didier Raoult a dit à la Commission d'enquête parlementaire

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Didier Raoult - commission parlementaire - 24 juin 2020 1:57
L'épidémiologiste et directeur de l'IHU de Marseille Didier Raoult est entendu mercredi après-midi par la Commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur le coronavirus. © THOMAS COEX / AFP
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Le professeur Didier Raoult est auditionné par la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur le Covid-19 mercredi après-midi. Le directeur de l'IHU de Marseille a notamment accusé le gouvernement de mensonge sur les tests PCR, et réitéré sa conviction quant à l'efficacité de la chloroquine sur le coronavirus.

L'épidémiologiste et directeur de l'IHU de Marseille Didier Raoult est entendu mercredi après-midi par la Commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de l'épidémie coronavirus. Le défenseur de l'hydroxychloroquine a débuté son audition à 17h, évoquant les sujets de la chloroquine, des tests PCR et les raisons de son retrait du Conseil scientifique. 

"Je ne connais pas Trump, ni Bolsonaro"

Didier Raoult s'est présenté sans sa blouse blanche devant les députés mais toujours avec la même assurance. Il ne renie rien, en particulier sur son célèbre traitement à base d'hydroxychloroquine, qui continue de diviser la communauté scientifique. Un peu flatté, il s'est même dit dépassé par la polémique, devenue mondiale. "Ça a pris une proportion cette guerre, qui est devenue une guerre pour/contre avec des mobiles d'une grande complexité derrière", a-t-il estimé.

"Je vous le dis publiquement, sous peine d'aller en prison et d'avoir 75.000 euros d'amende, je ne connais pas Donald Trump, ni Jair Bolsonaro. Et donc ce n'est pas moi qui leur ai dit d'utiliser la chloroquine", a-t-il déclaré. Entre les études pour et les études contre, le temps fera son tri, a-t-il rajouté apparaissant comme certain de remporter la victoire.  

Didier Raoult a par ailleurs renouvelé l'affirmation selon laquelle certains détracteurs de l'hydroxychloroquine seraient financièrement liés au laboratoire Gilead, fabricant du Remdesivir, autre molécule dont l'efficacité est testée dans le traitement du Covid-19.

Face aux demandes de précision des députés, le microbiologiste les a notamment renvoyés à la consultation de la base de données Transparence Santé, qui recense les liens d'intérêt entre les entreprises et les acteurs du secteur de la santé. Assurant avoir observé une "obsession de vouloir traiter les gens avec le remdesivir", il a dit y voir un résultat de la stratégie d'"influence" de ce laboratoire, au service d'un "pur jeu boursier".

Tests PCR : "On n'a pas dit la vérité"

Deuxième point majeur de cette audition : les fameux tests diagnostic PCR. Comment se fait-il que lui pouvait en faire en masse dès le mois de mars alors que la France en manquait tant ? Pour lui, il n'y avait aucun problème, partout en France, on aurait pu tester plus. "La manière dont ça s'est organisé est totalement archaïque", a-t-il estimé, faisant référence au système des centres nationaux de référence.

Le test de diagnostic moléculaire du Covid-19 a été mis en place dès le 17 janvier par l'Institut Pasteur, centre national de référence (CNR) pour les virus respiratoires avec les Hospices Civils de Lyon, mais il a ensuite tardé à être déployé sur le territoire, ont estimé à plusieurs reprises les députés membres de la Commission. Ce système de "petits CNR" conduit leurs responsables à "considérer que la maladie est leur territoire", comme des "blaireaux dans leur terrier qui mordent si on s'en approche", a-t-il fustigé.

"Je ne suis pas d'accord avec la décision qui a été prise de ne pas généraliser les tests", a-t-il également déclaré, estimant qu'"on ne peut pas étudier" une maladie nouvelle "si on ne teste pas". "C'est moi qui ai expliqué au président pour la première fois que la PCR est très simple et que tout le monde peut le faire. Et donc pendant tout ce temps, on n'a pas dit la vérité", a-t-il accusé. "C'est un examen extrêmement simple, banal, tout le monde est capable de le faire. Cela peut être fait dans les labos privés et c'était indispensable de le faire parce qu'on ne connaissait pas la maladie."

L'hypothèse d'un coronavirus saisonnier

Concernant le risque d'une deuxième vague de l'épidémie, Didier Raoult a évoqué l'hypothèse selon laquelle le Covid-19 puisse devenir "une maladie saisonnière comme les autres coronavirus" mais aussi l'hypothèse qu'"elle disparaisse comme le SARS purement et simplement à la fin de l'épidémie". "Ce qui entretient les infections de l'hémisphère nord, c'est leur circulation dans l'hémisphère sud", a-t-il expliqué.

"L'hiver, c'est maintenant dans l'hémisphère sud", a-t-il rappelé. "Comme la Nouvelle-Zélande a une latitude qui est la même que la nôtre sur l'hémisphère sud, s'il y a une épidémie de coronavirus en Nouvelle-Zélande actuellement qui débute, on peut se dire qu'il est possible que nous en reprenions une et qu'elle devienne saisonnière l'année prochaine pendant la saison froide".

Les raisons de sa démission du Conseil scientifique

Quant aux raisons de sa démission du Conseil scientifique, il explique : "J'ai moi-même un conseil scientifique à Marseille qui fait rêver le monde entier." La composition du Conseil scientifique dirigé par Jean-François Delfraissy ne lui convenait pas. "Pas de spécialistes du coronavirus, des conflit d'intérêts… Pas de temps à perdre", a-t-il déclaré.

Pour rendre un rapport le plus complet possible, la Commission d'enquête dit vouloir entendre toutes les versions de la gestion de la crise. Après Didier Raoult, ce sera au tour de la professeure Karine Lacombe, très critique envers ce dernier, d'être auditionnée.

Europe 1
Par Eve Roger, édité par Céline Brégand