Après le coronavirus, une relance économique plus écologique ?

, modifié à
  • A
  • A
Pétrole usine pollution 2:33
Après le coronavirus, la nécessaire relance économique pourrait être l'occasion de créer un nouveau modèle plus écologique. © AFP
Partagez sur :
Si la crise sanitaire du coronavirus semble avoir des effets positifs à court terme pour l'environnement, la relance économique massive fait craindre le pire aux experts. Pour Pascal Canfin, eurodéputé et président de la commission environnement, "nous sommes face à un embranchement", une occasion de relancer une nouvelle économie plus écologique.  
ENQUÊTE

Des villes sans voitures, des avions cloués au sol, des usines à l’arrêt, la crise du coronavirus et les mesures de confinement qui en découlent ont un effet bénéfique pour l’environnement. De nombreux relevés, de nombreuses photos satellites montrent une amélioration de la qualité de l'air, des baisses de pollution impressionnantes en Chine et même en France... Mais la situation est provisoire, la relance économique pourrait bien être désastreuse pour l’environnement, à l’image de la situation en 2008, après la crise financière.

Après la crise des subprimes, l'économie a tourné au ralenti pendant un an et demi, entraînant moins d'émissions de gaz à effet de serre. Mais l'année de la reprise, en 2010, a suffi pour effacer tout le bénéfice carbone. "Il ne faut pas refaire l’erreur commise il y a dix ans", alerte Pascal Canfin, président de la commission de l'environnement au Parlement européen. "On n'a pas le droit de se planter une deuxième fois". 

Relancer l'économie du passé ? 

Pourtant, les plans de relance imaginés par certains pays ne semblent pas aller dans le sens d’une économie plus respectueuse de l'environnement. "Lorsque le congrès américain a voté son plan massif de reprise à 2.000 milliards de dollars, ce sont les compagnies pétrolières, aériennes, croisiéristes qui ont vu leurs cours de bourses s’envoler", se désole François Gemenne, expert du GIEC. "La Chine envisage de construire plusieurs centaines de centrales à charbon. La crainte que j’ai c’est que ce plan ne serve qu’à relancer l’économie du passé plutôt que d’inventer l’économie du futur."

"On est à un moment charnière, on peut encore décider de changer de stratégie mais c’est un vrai choix de société", assure Valéry Laramée de Tannenberg, rédacteur en chef du Journal de l'Environnement, qui craint un non-respect des objectifs fixés par les accords de Paris. Une opinion partagée par l'eurodéputé Pascal Canfin et une centaine de personnalités qui signent dans le journal Le Monde une tribune en faveur d'une relance verte européenne. 

"Nous sommes face à un embranchement, c’est très clair. Soit on fait comme on a fait il y a dix ans, c’est-à-dire on relance l’économie après la crise financière et on oublie la priorité écologique. Rappelez-vous la phrase de Nicolas Sarkozy: 'L'environnement, ça commence à bien faire'. Et à ce moment là nous n’aurons plus aucune chance de lutter efficacement contre le dérèglement climatique. Ou alors, on fait pour la première fois des plans de relance alignés avec les objectifs climatiques", résume l'eurodéputé. 

Changer les mentalités des citoyens et des entreprises 

Pour que l'économie "bascule" vers un tournant écologique, il faut que l'idée progresse dans les mentalités. François Gemenne craint un discours, qu'il considère comme dangereux. "Si l’on dit qu’il faudrait appliquer au changement climatique les mêmes mesures que celles qu’on applique pour le coronavirus, je crains que la population ne rejette toutes les mesures de lutte contre le réchauffement climatique, en disant 'on a déjà donné pour le coronavirus, on ne va pas en plus remettre une couche d’efforts pour le changement climatique'."

Certains pays semblent déjà baisser les bras. La République tchèque et la Pologne demandent l'abandon du Green Deal européen. Pourtant une politique de relance économique ne signifie pas abandonner la relance de l'économie rassure Pascal Canfin. "Par exemple accélérer la transformation de l’isolation des bâtiments, cela fait du travail pour les artisans, pour le BTP mais cela ne fait pas plus d’émissions de CO2", ajoute-t-il. "L'idée c'est avec les entreprises, les syndicats, les ONG et de manière transpartisane, de construire une relance intelligente".

Plusieurs grands patrons comme celui de Renaud ou d'Engie ont signé la tribune. Des discussions sont également en cours au niveau européen avec le patron de Vokswagen assure Pascal Canfin. "L'enjeu est de transformer les secteurs qui sont les plus émetteurs". Investir utile pour inventer la croissance verte de demain. 

Europe 1
Par Jean-Sébastien Soldaïni, édité par Mathilde Durand