Quelles alternatives aux hausses d'impôts pour financer le plan hôpital ?

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En terme de rémunération des infirmiers, la France fait partie des mauvais élève parmi les pays de l'OCDE. 1:13
En terme de rémunération des infirmiers, la France fait partie des mauvais élève parmi les pays de l'OCDE. © MEHDI FEDOUACH / AFP
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Alors que le gouvernement a annoncé une augmentation substantielle de salaires pour les soignants, la manière de financer cette mesure fait déjà débat. Si le recours à l'impôt n'a pas manqué d'être évoqué, certains dénoncent des conséquences désastreuses pour l'économie et plaident pour un emprunt massif.

La crise épidémique du coronavirus a une fois de plus mis en lumière les conditions salariales médiocres des soignants français, comparées à celles des pays de l'OCDE. Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé dimanche un plan pour l'hôpital, prévoyant notamment une augmentation des revenus des infirmières et infirmiers. Mais se pose évidemment la question du financement, et certains redoutent déjà que cela passe par une hausse d'impôts. "Si vous voulez remettre à niveau le salaire des infirmiers du jour au lendemain […] il faut trouver cinq milliards d'euros", estime Frédéric Bizard, professeur d'économie et président de l'institut de Santé, lundi sur Europe 1.

Écarter l'hypothèse de l'impôt

Pour François Ecalle, fondateur d'un site d’informations sur les finances publiques et ancien magistrat de la Cour des comptes, également invité d'Europe 1, pas question d'envisager un nouvel impôt. "Je pense que ce serait très mauvais pour l'économie", affirme-t-il. En décourageant l'investissement, l'impôt pourrait précipiter une crise économique et sociale. "Dans les prochaines années, la France ne peut pas augmenter ses impôts !"

Le recours aux emprunts à taux zéro

Frédéric Bizard et François Ecalle présentent tout deux l'endettement comme la meilleure solution. "Nous appartenons à la zone euro", pose l'ancien magistrat. "Aujourd'hui la France peut se financer à des taux quasiment nuls presque aussi facilement que l'Allemagne." Selon lui, à la différence de l'Italie, la France présente assez de garanties budgétaires pour bénéficier de taux très avantageux. L'endettement n'étant pas possible à l'infini, il faudra néanmoins "reprendre le contrôle" à un moment donné.

Une restructuration nécessaire de l'hôpital ?

Mais s'il juge les revendications salariales des soignants "justifiées", Frédéric Bizard doute qu'elles soient réalisables sans "changer l'ensemble de l'organisation de l’hôpital" : "Répondre [aux demandes des infirmiers] dans la précipitation, en mettant d'abord en avant la nécessité de revoir les salaires sans prioriser une restructuration globale, c'est extrêmement dangereux."

François Ecalle abonde dans ce sens en désignant les nombreux "gains de productivité" potentiels. "Il est de notoriété publique qu'à l'hôpital, une grande partie des actes médicaux qui sont faits ne servent strictement à rien !"

Reste qu'en termes de rémunération des infirmiers, la France fait partie des mauvais élèves, comme le montre un classement publié par le journalles Echos. Un soignant français gagne en moyenne 39.200 euros [42.400 dollars] par an, le 23e rang des pays de l'OCDE en dessous de la moyenne et bien loin des 100.700 euros en moyenne pour un soignant luxembourgeois.

Europe 1
Par Antoine Cuny-Le Callet