Surcharge de travail, manque de moyens : un infirmier sur quatre veut changer de métier

De plus en plus d'infirmiers veulent changer de métiers (photo d'illustration)
De plus en plus d'infirmiers veulent changer de métiers (photo d'illustration) © SEBASTIEN BOZON / AFP
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Pierre Herbulot, édité par Ariel Guez , modifié à
Une enquête de l'Ordre national des infirmiers, réalisée à partir des réponses de près de 60.000 médecins, met la lumière sur le mal-être des blouses blanches, alors que le coronavirus circule activement en France. Depuis le début de la crise, deux tiers des infirmiers déclarent que leurs conditions de travail se sont détériorées. 
INTERVIEW

Rendre leur blouse blanche. Alors que de plus en plus de villes passent en alerte maximale et que la France entre doucement dans le dur de la deuxième vague de l'épidémie de coronavirus, de plus en plus de soignants n'en peuvent plus de leurs conditions de travail. Plus d’un tiers des infirmiers salariés indiquent être en effectifs réduits par rapport à la normale et 57% des infirmiers salariés estiment ne pas disposer du temps nécessaire pour prendre en charge les patients, selon une consultation de l'Ordre national des infirmiers à laquelle près de 60.000 médecins ont répondu. Ils sont aussi nombreux (66%) à déclarer que leurs conditions de travail se sont détériorées depuis le début de la crise.

Si rien ne change, "les soignants continueront de partir."

Applaudis, encensé et salué pour son travail sans relâche pendant le confinement, le personnel du secteur hospitalier hésite de plus en plus à se réorienter. Par exemple, 40% des infirmières et infirmiers veulent quitter leur métier, jeter leur blouse blanche et claquer la porte. Marie-Pierre, qui travaille à la Pitié-Salpêtrière à Paris, y réfléchit sérieusement. "Quand on a l'impression de faire du mauvais boulot, quand on a l'impression de maltraiter nos patients, on ne reste pas dans ce métier. On s'en va !" dit-elle au micro d'Europe 1.

"Si on continue à avoir des urgences avec des patients qui attendent 48 heures sur des brancards faute de place, si on continue à avoir des gens qu'on maltraite et qu'on laisse mourir sur des brancards aux urgences comme ça a pu être le cas dans plein d'hôpitaux, les soignants continueront de partir."

"Ce sont des métiers qui sont aussi toxiques qu'attachants"

Certains ont déjà franchi ce cap. C'est le cas d'Hugo, qui était dans le doute depuis plusieurs mois. La gestion de la première vague de coronavirus au printemps a été la goutte d'eau : il a posé sa démission le premier août. Deux mois plus tard, il lui arrive de regretter, mais jamais bien très longtemps. "J'ai hésité à partir, ce sont des métiers qui sont aussi toxiques qu'attachants. Encore aujourd'hui, ça me manque", explique-t-il.

"Mais quand j'entends des amis infirmiers discuter de leur travail, je vois bien que ce n'est pas une solution pérenne et que ça n'ira pas en s'améliorant. Le mieux à faire pour son bien-être est de tourner cette page-là."

Un appel à la grève le 15 octobre

Certes, des revalorisations salariales ont été promises lors du Ségur de la santé. Elles ont commencé à arriver… mais elles ne changeront rien à ce sentiment de malaise généralisé disent les infirmiers, s'ils n'ont pas les moyens de faire leur travail correctement. Plus que de l'argent, les organisations demandent des embauches massives.

"Les infirmiers sont fatigués, malmenés et surchargés alors que les signaux sont au rouge sur une grande partie des métropoles", s'alarme l'Ordre national des infirmiers. Plusieurs syndicats et collectifs ont appelé à faire grève jeudi 15 octobre pour réclamer "des embauches massives immédiates" et une "revalorisation significative des salaires".