Confinement : pourquoi l'absence de date de fin risque de jouer sur notre moral

  • A
  • A
Le confinement va être prolongé pour continuer de ralentir la propagation du coronavirus. 3:13
Le confinement va être prolongé pour continuer de ralentir la propagation du coronavirus. © AFP
Partagez sur :
Le président de la République Emmanuel Macron doit annoncer lundi une prolongation du confinement pour continuer de ralentir la propagation du coronavirus. Invité d'Europe 1, le médecin et psychiatre Patrick Clervoy estime lui que l'exécutif devrait au plus vite donner une date précise de sortie de ce confinement. "Ce qui est très anxiogène, c'est de ne pas voir la fin du tunnel", explique-t-il. 
INTERVIEW

Les Français sont-ils armés mentalement pour affronter un confinement sans cesse prolongé ? Alors qu'Emmanuel Macron doit annoncer lundi une prolongation du confinement pour continuer de ralentir la propagation du coronavirus, cette incertitude autour de la date de fin de ces restrictions strictes de déplacements demeure une importante source de stress, explique à Europe 1 Patrice Clervoy, médecin militaire, psychiatre et professeur agrégé du Val-de-Grâce. Selon ce spécialiste du stress et du traumatisme, l'exécutif doit, au plus vite, donner aux Français une date précise.  

"Des ressources individuelles et collectives pour faire face"

Selon Patrick Clervoy, une première séquence, compliquée, est d'ores et déjà passée. "La première séquence est celle de la bousculade, de la surprise, avec un effet de peur assez fort parce que massif, lors duquel tout le monde est touché dans sa vie courante". C'est notamment lors de cette période, qu'ont pu être constatés des mouvements de panique, au tout début du confinement, avec des achats massifs dans les grandes surfaces.

Aujourd'hui, note Patrick Clervoy, les Français confinés sont rentrés dans une deuxième phase, dite de résistance, lors de laquelle "se mettent en place des habitudes et des protocoles" dans les foyers. "Nous découvrons que nous avons en nous-même des ressources individuelles et collectives pour faire face".  Cette phase, prévient-il, "peut durer un certain temps".

Les Français "psychiquement disponibles" pour un prolongement

"Mais combien de temps pouvons-nous tenir cette phase de résistance?", interroge l'invité de Patrick Cohen, selon qui, "pour qu'elle puisse durer le plus longtemps possible, il faut assez tôt annoncer une date de fin du confinement total", tout en "transposant très vite nos comportements sur de nouvelle habitudes et de nouvelles mesures de prévention".

Ainsi, l'épreuve du confinement serait plus supportable si nous disposions d'information précise quant à sa fin. "Ce qui est très anxiogène, c'est de pas voir la fin du tunnel", martèle Patrick Clervoy. Et de conclure : "L'idéal serait qu'on nous annonce : 'Nous espérons pouvoir lever le confinement à partir de telle date', et que tout de suite, pendant cette phase de résistance, qu'on nous annonce les nouvelles mesures de protection qui seront mises en place. Car on est maintenant psychiquement disponibles pour entendre ces mesures".

En revanche, en l'absence d'annonces claires, et avec un prolongement du confinement, le médecin craint des troubles collectifs. "Il vaut mieux lever le confinement avant que les gens se soulèvent contre lui. Il faut un effort pédagogique, nous donner de l'espoir, de l'espérance". Dans le cas contraire, "il y a des risques de désorganisation collective, de désobéissance, avec des gens qui ne comprennent pas ce confinement". 

Europe 1
Par Antoine Terrel