Habituellement, il faut plusieurs plus de cinq tentatives pour arrêter de fumer
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Sophia Khatsenkova
En France, une personne sur quatre fume quotidiennement. Le tabagisme cause 75.000 décès annuels dans le pays. Mais arrêter de fumer peut être très dur pour certains. Nathalie Latour, déléguée générale chez Fédération Addiction, livre sur Europe 1 ses conseils pour arrêter de fumer pour de bon.
INTERVIEW

Faire le grand pas et arrêter de fumer n'est jamais facile. Comment s'y prendre pour ne pas rechuter par la suite ? Nathalie Latour, déléguée générale de Fédération Addiction, était l'invitée d'Europe 1, lundi matin, pour évoquer cette question très délicate. La responsable rappelle d'abord que le tabagisme est une réelle maladie car "la personne perd le contrôle de cet aspect de leur vie et c'est un élément répétitif". Elle conseille à tous les fumeurs de se faire accompagner et surtout de trouver sa propre méthode et raisons pour définitivement arrêter la cigarette. Elle évoque plusieurs pistes à suivre pour se mettre sur le bon chemin.  

Trouver ses bonnes raisons 

"Ce qui est important, c'est que chacun trouve ses propres bonnes raisons pour arrêter de fumer", insiste Nathalie Latour. Parmi les bonnes raisons, elle énumère une longue liste : avoir une meilleure qualité de peau, une meilleure respiration pour faire du sport, ou ne plus sentir le tabac. La spécialiste rappelle qu'il est possible de récupérer une grande partie de ses capacités respiratoires seulement quelques jours après la dernière cigarette. Le goût et l'odorat reviennent aussi rapidement.

Un an après avoir arrêté de fumer, le risque d'un accident vasculaire cérébral est équivalent à une personne qui n'a jamais fumé. Et puis, le risque d'une crise cardiaque est divisé de moitié. Au bout de dix ans, les risques de cancer de la bouche et du poumon ont beaucoup diminué et l'espérance de vie se rapproche des personnes qui n'ont jamais fumé. "Donc ça vaut quand même le coup. Il y a les effets à court terme, à moyen terme et à long terme", explique-t-elle. 

Se fixer une date

Nathalie Latour conseille de se fixer une échéance, par exemple ne plus fumer en novembre, qui correspond aussi aussi au Mois Sans Tabac. "C'est vrai que le fait d'être aussi en lien avec une campagne permet de garder ses motivations et de montrer qu'on n'est pas seul dans cette entreprise." Arrêter de fumer pendant tout un mois multiplierait par cinq les chances d'arrêter pour de bon, selon l'experte. 

Le crier sur tous les toits ? 

Pour certaines personnes, Nathalie Latour affirme qu'annoncer vouloir arrêter de fumer à tout son entourage peut aussi être une motivation. "C'est bien car d'autres se rendent compte que c'est possible. Et c'est comme ça qu'on crée des groupes et qu'on se motive. On peut un peu plus difficilement lâcher quand on s'est engagé auprès de plein de personnes", insiste-t-elle. 

Habituellement, il faut plusieurs tentatives pour réellement arrêter : cinq en moyenne. "Il ne faut surtout pas se démoraliser. Plus on essaye et plus on a de chances d'y arriver", suggère Nathalie Latour. 

Que faire si son conjoint continue à fumer ?

Que faire si vous vous êtes décidé d'arrêter mais que votre conjoint continue à fumer ? Premièrement, Nathalie Latour insiste encore sur le fait qu'arrêter de fumer est une décision très personnelle et qu'il faut respecter le choix de l'autre. "Ça peut être une motivation à deux. C'est-à-dire que si les conditions se réunissent pour les deux, c'est quelque chose qui peut être effectivement extrêmement aidant de le faire ensemble. Mais si l'autre n'est pas prêt, il faut l'accepter. Il faut commencer son challenge tout seul", explique-t-elle. 

Peut-on arrêter progressivement ? 

Est-il possible d'arrêter pour de bon en diminuant le nombre de cigarettes tous les jours ? Pour Nathalie Latour, chacun doit trouver ses motivations et l'approche qui convient le mieux. "On aura des bénéfices à réduire sur la question de la respiration, d'un certain nombre de choses et ça met dans un cercle vertueux de dire 'je suis capable de diminuer'." Mais à terme, Nathalie Latour conseille de viser le zéro tabac, car "c'est toujours mieux de réduire, mais sur un impact à moyen, long-terme, il faut arrêter", explique-t-elle. 

Quid des patch et des gommes ?

Pour les patch et les gommes, Nathalie Latour explique qu'ils ont un taux d'efficacité de 50 à 70%. D'ailleurs, ils sont remboursés par la Sécurité sociale. Pour les plus gros fumeurs, Nathalie Latour conseille de même les combiner. "Ce qui est important, c'est justement de se faire accompagner par quelqu'un à distance ou en consultation. Le fait d'être accompagné par un professionnel augmente les chances de d'arrêter", suggère-t-elle. 

Nathalie Latour évoque aussi d'autres méthodes, notamment les techniques cognitivo-comportementales (TCC) qui vont plutôt aider les personnes qui voudraient comprendre dans quelles situations elles ont envie de fumer et de travailler sur ces mises en situation. D'autres thérapies alternatives, notamment l'hypnose, l'acupuncture ou la sophrologie, peuvent aider. Tout dépend de ce qu'on recherche et ce dont on a envie.

Et la cigarette électronique ?

Selon la Fédération Addiction, la cigarette électronique est un moyen pour arrêter ou diminuer le tabac. "On sait que les cigarettes électroniques sont 95% moins nocives que le tabac. Il y a quand même plus de 700.000 personnes qui ont arrêté de fumer grâce à la cigarette électronique. Donc, si c'est quelque chose qui fonctionne bien, il faut s'en emparer, d'autant que c'est quand même documenté étant moins nocif", affirme Nathalie Latour.