Un an à l’Elysée : qu’a fait Emmanuel Macron depuis le 7 mai 2017 ?

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Emmanuel Macron, lors de son intronisation à l'Élysée le 14 mai 2017. © ALAIN JOCARD / AFP
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Un an après son élection, Emmanuel Macron a engagé de nombreuses réformes, plus ou moins controversées. Europe 1 fait le point sur 365 jours au rythme effréné.

Un an pile après l’élection d’Emmanuel Macron comme président de la République, c’est l’heure du bilan. En 365 jours, le locataire de l’Élysée a engagé énormément de chantiers, de la fiscalité à l’éducation en passant par le code du travail et les violences sexistes. Un an de réformes menées tambour battant, quitte à provoquer la colère des organisations syndicales et d’une partie de la société (étudiants, fonctionnaires, cheminots…). Certaines sont d’ores et déjà entrées en application et d’autres devraient suivre avant l’été. Europe 1 dresse le bilan de la première année d’Emmanuel Macron président.

5 images qui resteront de la première année d'Emmanuel Macron à l'Elysée :

Ce qui est acté

Si une loi devait résumer à elle seule la première année chargée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, ce serait sans doute la réforme du code du travail, premier marqueur fort du quinquennat. Annoncée dès la campagne et lancée deux semaines après l’élection présidentielle, elle a servi d’introduction à la méthode Macron : concertation avec les partenaires sociaux durant l’été, arbitrages de la ministre du Travail Muriel Pénicaud et enfin publication des ordonnances, malgré la contestation de certains syndicats.

Sur le fond, les cinq ordonnances instaurent un barème des indemnités prud’homales, un dispositif de rupture conventionnelle collective et réforme le dialogue social en entreprise avec une fusion des instances représentatives et une primauté de l’accord de branche.

 

Si les ordonnances travail ont marqué le début du quinquennat, elles ne constituent pas la première réforme d’Emmanuel Macron. La primeur revient à la loi pour la confiance dans la vie politique, promulguée le 15 septembre 2017. Après l’élection présidentielle marquée par l’affaire Fillon, le texte vise à redorer le blason de la sphère politique. Au menu : interdiction d'embaucher des membres de sa famille, impossibilité d'être élu quand on a un casier judiciaire B2, ou encore obligation de rendre compte de ses indemnités d’élu.

S’il y a bien un secteur où le gouvernement n’a pas chômé en un an, c’est l’éducation. Jean-Michel Blanquer et dans une moindre mesure Frédérique Vidal ont multiplié les textes ces derniers mois. Le plus polémique est sans doute celui de la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants), porté par la ministre de l’Enseignement supérieur et promulgué le 8 mars. Le plan du gouvernement a notamment remplacé la plateforme APB par Parcoursup, qui fonctionne sur la base de prérequis pour accéder aux formations du supérieur. Mais les étudiants accusent l’exécutif d’instaurer par ce biais la sélection à l’université, colère qui a mené aux récents blocages de facs.

 

 

De son côté, Jean-Michel Blanquer a mené à terme sa réforme du baccalauréat. Prévue pour une entrée en vigueur en 2021, elle mettra en place de sérieux bouleversements pour les lycéens dès la rentrée 2018 (pour les classes de seconde). Au programme du bac nouvelle génération : suppression des séries L, ES et S, quatre épreuves écrites dont deux "spécialités", un grand oral de 20 minutes, un contrôle continu comptant pour 40% de la note finale… Par ailleurs, Emmanuel Macron a rendu obligatoire la scolarisation des enfants à partir de trois ans et appliqué sa proposition de limiter à douze le nombre d’élèves des classes de CP et CE1 en Zone d’éducation prioritaire.

 

Sur le plan économique, l’an un d’Emmanuel Macron a été marqué par le premier budget du quinquennat. Le projet de loi de finances 2018 contient plusieurs mesures majeures, adoptées après de longs débats. A retenir : la suppression des cotisations maladie et chômage, en contrepartie d’une hausse de la CSG de 1,7 point, la transformation de l’ISF en impôt sur la fortune immobilière, la première étape de la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages, le coup de rabot de cinq euros dans les APL, la flat tax de 30% sur les revenus du capital

Enfin, Gérard Collomb a également eu son lot de travail. Le ministre de l’Intérieur a d’abord porté le projet de loi antiterroriste, signé fin octobre par Emmanuel Macron et qui a remplacé l’état d’urgence. Dans la foulée, l’ex-maire de Lyon a publié le 12 décembre une circulaire instaurant des contrôles de migrants dans les centres d’hébergement d’urgence, s’attirant les foudres des associations.

Ce qui ne va pas tarder

Toujours du côté de la place Beauvau, Gérard Collomb s’est attelé au plat de résistance : le projet de loi asile et immigration, premier texte à avoir fissuré la majorité à l’Assemblée. Entre autres mesures, la réduction du délai pour déposer une demande d’asile et le doublement de la durée maximale de rétention ont provoqué l’indignation des associations d’aide aux migrants qui ont dénoncé "une logique de contrôle, de tri et d’expulsion". Le texte doit maintenant passer au Sénat.

 

Le Sénat attend également une autre réforme contestée, dans la rue cette fois : celle de la SNCF. Le pacte ferroviaire, très décrié par les cheminots et l’opposition de gauche, a été adopté par l’Assemblée fin avril. Certains points sont encore en négociation, notamment la reprise de la dette de la SNCF par l’État, mais le texte acte déjà plusieurs mesures : la fin progressive des recrutements au statut des agents, l’ouverture à la concurrence à partir de 2020 et les conditions de transfert des salariés de la SNCF vers un futur opérateur privé.

 

Le printemps du gouvernement sera marqué par deux projets de loi qui vont passer au Parlement. D’abord, le "projet de loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable". Issu des États généraux de l’alimentation, il a pour but de permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail en renversant la logique de construction des prix à partir des besoins des producteurs. Côté consommateur, le projet de loi met fin aux promotions chocs de 50% ou 70%.

Deuxième texte printanier : la loi contre les violences sexistes et sexuelles, portée par la secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes Marlène Schiappa. Présentée en Conseil des Ministres fin mars, elle doit fixer à 15 ans l’âge du consentement sexuel, doubler les peines encourues pour le délit d’atteinte sexuelle sur mineur de 15 ans avec un maximum de 10 ans de prison et 150.000 euros d’amende, instaurer une amende (de 90 à 750 euros) pour le harcèlement de rue… Marlène Schiappa espère que son texte sera voté "avant l’été".

Puis un gros morceau occupera les parlementaires cet été : le trio des réformes de l’apprentissage, de la formation professionnelle et de l’assurance-chômage. Négociés avec les partenaires sociaux à l’automne, les trois textes ont été présentés en Conseil des ministres par Muriel Pénicaud le 27 avril. Après les ordonnances travail qui bénéficient principalement aux employeurs, ces réformes sont censées rééquilibrer le rapport de force en faveur des salariés en simplifiant le recours à la formation tout au long de sa carrière et en permettant de rebondir plus facilement après la perte d’un emploi. Elles doivent entrer en vigueur progressivement à partir de septembre 2018.

L’été sera chargé pour les députés et les sénateurs qui auront également sur les bras la controversée réforme de la justice. Présenté le 20 avril en Conseil des ministres par Nicole Belloubet, le texte prévoit notamment de fusionner les tribunaux d’instance et de grande instance. Inacceptable pour une bonne partie du monde judiciaire qui craint de voir disparaître la justice de proximité. La ministre de la Justice s’attaque aussi à une refonte totale du système des peines en mettant fin aux détentions courtes afin de désengorger les prisons.