Remaniement : le scénario a changé

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Le remaniement initié par Emmanuel Macron et Edouard Philippe prend plus de temps que prévu.
Le remaniement initié par Emmanuel Macron et Edouard Philippe prend plus de temps que prévu. © PHILIPPE WOJAZER / AFP / POOL
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Alors qu'une démission du Premier ministre dans la matinée de mardi était évoquée, l'exécutif a changé ses plans. Preuve que le remaniement est un art délicat à manier.
ON DÉCRYPTE

Il subsistait encore quelques flous, mais la trame générale était connue, mardi matin, pour écrire le déroulé du remaniement : une démission d'Edouard Philippe dans la matinée, suivie d'une confortation présidentielle qui lui permettrait de constituer une nouvelle équipe, profondément remaniée. Il ne restait plus ensuite au secrétaire général de l'Élysée qu'à sortir sur le perron du Palais pour annoncer la composition du nouveau gouvernement, avant que le Premier ministre ne livre un discours de politique générale devant les parlementaires.

Sauf que, finalement, rien ne s'est passé comme prévu. L'arrivée de la voiture d'Edouard Philippe à l'Élysée a bien semblé enclencher le processus, mais le Premier ministre n'a pas démissionné, coupant court à tous les pronostics.

Un remaniement reporté… Plusieurs hypothèses sont désormais sur la table. La démission d'Edouard Philippe et tout ce qui s'ensuivrait pourrait être tout simplement reportée. Ce qui laisserait entendre que la constitution du nouveau gouvernement n'est pas aisée. Que ce soit parce qu'aucun profil ne s'impose, notamment pour le poste délicat de ministre de l'Intérieur, parce qu'il subsiste des désaccords entre le Premier ministre et le président, ou encore parce que les vérifications administratives de la personne choisie prennent plus de temps que prévu. "Il n'est pas question de rater le démarrage de cette deuxième étape du quinquennat qui doit faire muter la manière de gouverner", ajoute l'éditorialiste politique d'Europe 1 Michaël Darmon.

…ou moins large que prévu. Autre hypothèse : il ne s'agirait en fait plus d'un remaniement d'ampleur. Fini la démission, la traditionnelle annonce sur le perron de l'Élysée et le discours de politique générale. "Le scénario a changé", croit savoir Michaël Darmon. Le Palais se contentera "vraisemblablement", selon l'éditorialiste, d'un communiqué de presse, comme il l'avait fait lors des remplacements de Nicolas Hulot et Laura Flessel, en septembre. Une stratégie qui permettrait de renvoyer l'image d'un exécutif au travail, d'une "volonté de ne plus perdre de temps et de se remettre immédiatement au travail"… mais ne fera pas oublier que cela fait désormais une semaine que la France n'a plus de ministre de l'Intérieur.

L'opposition s'agace. Quoi qu'il en soit, Emmanuel Macron prouve une fois de plus qu'il est seul "maître des horloges". Quitte à agacer les journalistes politiques… et les élus de tous bords. "La situation s'éternise", pestait Nicolas Bay, eurodéputé RN, au micro de BFM TV. "Le fait de ne pas avoir de ministre de l'Intérieur depuis une semaine est invraisemblable." Déjà passablement énervé le matin, Christian Jacob, chef de file des députés LR, a laissé libre cours à sa colère lors de la séance de questions au gouvernement, à 15 heures à l'Assemblée. "Le président a perdu son autorité, son crédit. Vous êtes aujourd'hui incapables de proposer un gouvernement crédible à la France tant c'est le vide autour de vous. Jusqu'à quand cette mascarade va-t-elle continuer ?", a-t-il demandé à Edouard Philippe. Lequel s'est contenté de railler la "fébrilité" de l'opposition. "Il n'y a dans cette majorité et dans ce gouvernement aucune fébrilité, aucune impatience", a-t-il rétorqué.