Marche contre "l'islamophobie" : "J'aurais préféré rester chez moi, qu'il n'y ait pas besoin de venir"

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13.500 personnes ont participé à la manifestation, selon un comptage réalisé par un collectif de médias. 3:16
13.500 personnes ont participé à la manifestation, selon un comptage réalisé par un collectif de médias. © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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Plusieurs milliers de personnes ont participé dimanche dans les rues de Paris à la marche contre l'islamophobie. Un défilé qui a suscité la division au sein de la gauche tout au long de la semaine. Si le PS n'était pas présent, les Insoumis, EELV et le PCF étaient représentés. 
REPORTAGE

"Vivre ensemble c'est urgent". Tel était le mot d'ordre de la "marche contre l'islamophobie" qui se déroulait ce dimanche à Paris. 13.500 personnes ont battu le pavé, selon le comptage du cabinet Occurrence, pour dire stop aux agressions et à la stigmatisation dont se disent victimes certains musulmans.

Dans la semaine, plusieurs personnalités qui avaient initialement signé la tribune publiée dans Libération à l'origine de cette marche se sont désistées, en raison notamment de la proximité supposée de certains organisateurs avec les Frères musulmans, et d'une phrase qui présente les lois sur les signes religieux comme "liberticides". Raison pour laquelle le Parti socialiste n'avait pas voulu s'associer au défilé. Dimanche matin, la marche a même été qualifiée d'"insupportable" par le secrétaire d'Etat en charge de la Jeunesse, Gabriel Attal, invité du Grand rendez-vous Europe 1 / CNews / Les Echos.

Jean Luc Mélenchon était, lui, bien là, entouré de plusieurs élus insoumis. Avant et pendant la marche, ils ont longuement justifié leur présence. "Je suis là parce que la cause est juste, et que le message central de cette manifestation est de dire qu'on n'en peut plus de ce climat de haine et de ce rejet des musulmans, c'est simple !", a expliqué Clémentine Autain, députée LFI. "Je veux bien qu'on trouve des éléments pour marquer nos divergences, mais aujourd'hui, notre responsabilité est de nous rassembler", a-t-elle enchaîné au micro d'Europe 1.

"Ce sont des polémiques qui visent au final à nous diviser"

L'ambiance de la manifestation était relativement calme. Une femme a quelque peu interrompu l'unanimité des manifestants, brandissant une pancarte arguant que "Le blasphème est un droit républicain"... avant d'enlever son haut et de dévoiler un message inscrit sur sa poitrine : "Ne bradons pas la laïcité". 

Au milieu de nombreuses pancartes "Stop à l'islamophobie", quelques drapeaux d'Europe Ecologie les Verts et du Parti communiste étaient également visibles. Ian Brossat, porte parole du PCF, a déploré auprès d'Europe 1 la dispersion de la gauche : "Dans une manifestation, il y a toujours des gens qui ont des avis différents. Je pense qu'il est temps que la gauche se réveille. On ne peut pas avoir une montée du racisme et des idées xénophobes dans notre pays et face à ça, une gauche qui se cache".

Une étoile jaune sur une fillette fait polémique. Une photo montrant un groupe de manifestants au côté de la sénatrice écologiste Esther Benbassa, portant sur leurs manteaux une étoile jaune, qui rappelle celle que devaient porter les juifs pendant la Seconde guerre mondiale (bien qu'elle n'ait que cinq branches et non six comme l'étoile de David), a suscité des réactions indignées chez plusieurs personnalités politiques et de la communauté juive, rapporte l'AFP. Au centre de l'étoile, le mot "muslim" et à côté, un croissant jaune. Une scène "ignoble", selon le philosophe Bernard-Henri Lévy.

De son côté, Esther Benbassa s'est défendue, au travers de plusieurs tweets, de tout antisémitisme rappelant que en tant que "juive" elle avait "consacré sa vie à écrire l'histoire des siens". "Je n'avais pas remarqué ces insignes" ajoute-t-elle avant d'écrire : "Que nos contemporains stigmatisés s'identifient à ces souffrances passées est tout à fait compréhensible. Personne ne vole ici sa souffrance à personne".

Des divisions politiques qui nuisent au message de la marche, selon une manifestante. "Ce sont des polémiques qui visent au final à nous diviser. On ne va pas jouer sur les mots : aujourd'hui on est là pour dire qu'on est ensemble, pas seulement contre l'islamophobie mais contre toutes les formes de racisme", dit-elle au micro d'Europe 1. 

"J'aurais préféré rester chez moi, qu'il n'y ait pas besoin de venir"

Parmi les manifestants, Sonia, qui est venue voilée avec un drapeau français. "C'est assez dommage et absurde de devoir insister et rappeler le fait qu'on puisse porter un foulard et porter un drapeau tricolore", déplore-t-elle pour Europe 1. "J'aurais préféré rester chez moi, qu'il n'y ait pas besoin de venir. Je pense que le plus violent, c'est quelque chose qu'on finit par intégrer nous-même, une espèce de peur, comme le fait d'être toujours sur nos gardes inconsciemment", conclut-elle.

Europe 1
Par Claudia Bertram et Jean-Jacques Héry avec AFP, édité par Ariel Guez