Corse : Macron à l'offensive face à 200 maires dans une "île morte" pour son dernier grand débat

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L'ultime grand débat du chef de l'État s'est déroulé jeudi dans un contexte particulier, entre boycott des nationalistes et appels à une opération "île morte".
REPORTAGE

Cela s'annonçait comme le débat le plus difficile pour Emmanuel Macron. Jeudi, le chef de l'État s'est rendu en Corse, dans le village de Cozzano, situé en plein milieu de l'île de beauté. Il s'agissait de la 15ème étape du débat national lancé à la mi-janvier pour répondre à la crise des "gilets jaunes".

En Corse, cette réunion s'est heurtée au revendications des nationalistes, au pouvoir depuis 2015. Frustrés de ne pas obtenir d'avancées sur leur demande d'une autonomie plus large, les deux hommes forts de l'île, le président du conseil exécutif Gilles Simeoni et celui de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni ont décidé de boycotter la réunion de Cozzano. Et seuls 200 maires sur les 360 invités ont répondu présent. Au programme de cet ultime grand débat : nouvelles technologies et ruralité, avec des thématiques très concrètes comme l'école, le maintien des services publics, le changement climatique, la couverture numérique. 

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Photo : Frédéric Michel / Europe 1

"La Corse frappe à votre porte". Pendant plusieurs heures, le président a écouté les maires. Au cœur du débat :  les questions de pouvoir d'achat, de service public, d'accès à l'emploi, de désertification du territoire (80% des communes corses sont situées en zones rurales). Mais Emmanuel Macron a également été interpellé par les maires sur la nécessité de dialogue en Corse, comme sur le continent. "Après plus de 20 semaines de conflits, de manifestations, de casses, nous espérons fortement que le grand débat pourra amener des solutions à cette crise. Il est grand temps, monsieur le président de la République d'apaiser le peuple en colère. La corse aussi, frappe à votre porte. Sachez les écouter, une démarche à la hauteur de nos attentes serait la bienvenue", a ainsi longuement exposé un édile face au chef de l'État.

"J'ai le sentiment qu'on me répond avec des postures", a réagi Emmanuel Macron. "J'ai ouvert la voie, j'ai proposé des rendez-vous, on ne convoque pas le président", a répondu Emmanuel Macron sous quelques applaudissements, répétant qu'il était prêt à recevoir à Paris les dirigeants nationalistes. "Maintenant je suis pour qu'on avance", a poursuivi le chef de l'État. "Sur l'école, diable ! On a agit ! Pour la première fois il y aura la possibilité de passer le baccalauréat avec la langue corse comme option !", s'est défendu le président. "Sur les sujets économiques, les dispositifs fiscaux, on les a pris ! Sur les sujets culturels, on a avancé ! Sur l'agriculture, on doit faire plus. Ce qui permettra d'avancer, c'est d'améliorer la vie et le quotidien des Corses auxquels je suis attaché. Et parfois j'ai le sentiment qu'on me répond avec des postures !". La discussion s'est poursuivie avec parfois des moments animés, ce qui n'a pas semblé déplaire au président, et à l'auditoire.

"Pas venir ici en pays conquis et nous donner des leçons". Il faut rappeler que c'est dans un contexte tendu que s'est déroulé cette visite présidentielle : mercredi avait vu un dialogue de sourds entre les dirigeants nationalistes et le chef de l'État. Les deux hommes l'ont invité à s'exprimer devant les élus de l'Assemblée de Corse, ce que Emmanuel Macron a aussitôt refusé, en leur proposant de les rencontrer à Cozzano ou à Paris.

En réaction, certains commerçant ont baissé les rideaux de fer et participent à l'opération "île morte", "isula morta" : "Notre drapeau corse on le met sur les balcons, et 'isula morta', c'est pour montrer notre mécontentement démocratiquement. Maintenant, on est prêts à l'écouter, mais avec des choses concrètes. Pas venir ici en pays conquis et nous donner des leçons. On paie les gens sur les faits, pas sur les paroles", a expliqué un habitant de Cozzano au micro d'Europe 1. Et même la météo n'a pas été de la partie puisque de gros nuages ont recouvert une bonne partie du ciel corse, jeudi.

Macron déplore que les nationalistes n'expriment pas de "regrets" sur Érignac

Jeudi, Emmanuel Macron a déploré ne pas avoir entendu de "regrets" sur l'assassinat du préfet Érignac en 1998 de la part des nationalistes qui risquent de faire "bégayer l'histoire", affirmant que pour lui "les Corses méritent mieux que des guerres de tranchées". Il répondait au maire LREM de Bonifacio Jean-Charles Orsucci qui l'avait enjoint à "trouver les mots de paix" et à rétablir le dialogue entre la Corse et l'État. Sinon, "il n'y aura pas de statu quo, Monsieur le président. Nous irons vers des jours noirs", avait-il lancé lors de cet ultime déplacement du chef de l'État dans le cadre du grand débat.