Équilibre droite-gauche, parité, société civile… les 8 leçons du nouveau gouvernement

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Philippe Castaner
Un nouveau gouvernement, Philippe III, avec notamment Christophe Castaner au ministère de l'Intérieur, a été nommé mardi. © Philippe LOPEZ / AFP
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La nouvelle équipe gouvernementale respecte la plupart des promesses de Macron, notamment en termes d'équilibres politiques et de parité, et redessine les priorités de l'exécutif.
ON DÉCRYPTE

Quatre partants, huit nouveaux entrants et quelques changements de périmètre : après quinze jours de flottement, l'Élysée a annoncé mardi la composition de la nouvelle équipe gouvernementale. Derrière Edouard Philippe, 34 personnes ont donc la charge de mettre en œuvre une politique qui, elle, ne doit pas changer. Derrière les petits ajustements et grands bouleversements se nichent quelques enseignements. En termes d'équilibres politiques, d'images et d'incarnations, ou encore de priorités de l'exécutif, le gouvernement Philippe III en dit long.

Un gouvernement paritaire

Promesse d'Emmanuel Macron, la parité est respectée dans ce nouveau gouvernement. On compte au total 17 hommes et 17 femmes. Il y a autant d'hommes que de femmes ministres de plein exercice (8 de chaque), et quasiment autant de secrétaires d'État masculins (6) que féminins (7).

Un subtil équilibre entre droite et gauche…

Le gouvernement Philippe III est une nouvelle illustration du "et en même temps" cher à Emmanuel Macron. Les personnalités issues de la gauche côtoient celles étiquetées de droite à nombre quasi égal. Sept ministres et secrétaires d'État (François de Rugy, Jean-Yves Le Drian, Christophe Castaner, Florence Parly, Didier Guillaume, Annick Girardin et Olivier Dussopt) ont déjà exercé des responsabilités politiques dans des partis de gauche. Six autres, ainsi que le Premier ministre Edouard Philippe, sont eux des transfuges des Républicains (Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Franck Riester, Sébastien Lecornu et Jean-Baptiste Lemoyne).

À cela s'ajoutent les purs produits LREM que sont Julien Denormandie, Benjamin Griveaux, Brune Poirson, Christelle Dubos ou Gabriel Attal.

…mais pas d'élargissement

Néanmoins, cette nouvelle équipe gouvernementale ne permet pas à Emmanuel Macron d'élargir son assise politique. Les nouveaux arrivants de gauche comme de droite n'ont pas eu de mal à être convaincus tant ils étaient déjà "macron-compatibles". Ainsi de l'ancien sénateur socialiste Didier Guillaume, qui certes jurait de quitter la vie politique en janvier dernier, mais avait multiplié les signes d'ouverture pendant la campagne présidentielle, puis après l'élection d'Emmanuel Macron. Même chose pour Franck Riester, devenu ministre de la Culture. Ancien membre des Républicains, l'ex-maire de Coulommiers avait quitté le parti de droite pour présider "Agir", parti composé de "constructifs", en novembre 2017. Enfin, aucun "gros" nom inattendu ne vient rejoindre l'équipe exécutive. Ce qui est parfaitement assumé du côté de LREM. "C'est quoi un grand nom ? On n'est pas à The Voice, on n'est pas à un concours de beauté", s'est agacé le chef du groupe majoritaire à l'Assemblée, Gilles Le Gendre.

Le retour en grâce du MoDem

Bien représenté dans le premier gouvernement Philippe, avec notamment la présence de François Bayrou à la Justice, l'allié MoDem de LREM avait ensuite subi un coup dur lorsque plusieurs ministres avaient dû démissionner, dès l'été 2017, en raison d'une enquête ouverte pour emplois fictifs au Parlement européen. Ce gouvernement Philippe III signe pour eux l'heure du retour en grâce.

Si Jacqueline Gourault était déjà là, elle monte en grade en récupérant un large ministère de plein exercice dédié aux Territoires. Marc Fesneau, lui, fait son entrée au gouvernement au poste très stratégique de secrétaire d'État aux relations avec le Parlement. Un portefeuille sur mesure pour ce bon connaisseur de l'Assemblée, qui était jusqu'ici chef de file de son groupe. Geneviève Darrieussecq conserve le secrétariat d'État qu'elle avait déjà auprès de la ministre des Armées.

La société civile toujours représentée…

Plusieurs membres du gouvernement issus de la société civile ont été débarqués, mais d'autres les ont remplacés. Les secrétaires d'État Emmanuelle Wargon (rattachée au ministère de la Transition écologique) et Agnès Pannier-Runacher (auprès de Bercy) en sont les exemples les plus concrets. La première était directrice générale responsabilité d'entreprise, affaires publiques et communication de Danone, la seconde directrice générale de la Compagnie des Alpes, groupe spécialisé dans les loisirs qui possède notamment le Futuroscope, le Parc Astérix et plusieurs grandes stations de ski alpines. Néanmoins, il ne reste que peu de ministères de plein exercice aux mains de personnalités qui ne sont pas politique. La Culture, notamment, dont a été débarquée Françoise Nyssen, revient à Franck Riester.

…comme la jeunesse

La moyenne d'âge du premier gouvernement Philippe était de 54 ans, soit quasiment comme les précédentes équipes sous le quinquennat Hollande. Le collectif nommé mardi est rajeuni : 48,5 ans en moyenne. Surtout, il compte le plus jeune nommé de l'histoire de la Ve République, en la personne de Gabriel Attal, député des Hauts-de-Seine et porte-parole de LREM, qui arrive pour épauler Jean-Michel Blanquer à l'Éducation nationale. À 29 ans et sept mois, il bat de quelques mois seulement le record précédemment établi par Jean-François Baroin. Et sera en charge… de la jeunesse.

Priorité aux territoires

Qui dit remaniement ne dit pas seulement changements de tête. Les périmètres ministériels, eux aussi, sont souvent revus. Et disent beaucoup des priorités d'un exécutif. Mardi, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont envoyé un message très clair aux collectivités locales en créant un ministère "de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les collectivités territoriales" attribué à Jacqueline Gourault. La sénatrice MoDem, qui s'est occupée du délicat dossier corse la première année du quinquennat, sera épaulée par Sébastien Lecornu (venu de LR) et Julien Denormandie (LREM). Trois personnalités de trois couleurs politiques pour renouer un dialogue devenu difficile sur des sujets comme les subventions aux collectivités ou la taxe d'habitation.

Un mouvement LREM laissé en friche

La composition du nouveau gouvernement a aussi un impact sur le mouvement LREM. Son délégué général, Christophe Castaner, occupant désormais le ministère de l'Intérieur, il ne pourra plus conserver cette activité en parallèle. Et l'entrée de Gabriel Attal au ministère de l'Education prive aussi le mouvement d'un porte-parole. À charge pour Emmanuel Macron de les remplacer, alors que LREM peine toujours à être audible en tant que formation politique.