Depuis fin décembre 2025, l’Iran est secoué par des manifestations massives contre le régime, violemment réprimées. Si les Iraniens appellent à un changement interne, la communauté internationale est sommée d’agir diplomatiquement, entre sanctions ciblées et soutien aux droits humains, sans recourir à l’intervention militaire risquée.
Le monde peut-il venir en aide au peuple iranien ? Depuis fin décembre 2025, l’Iran est secoué par une vague de protestations massives contre le régime pour des raisons économiques, sociales et politiques. Le mouvement, qui avait commencé contre la vie chère, s’est transformé en contestations plus larges du pouvoir théocratique.
La répression est très violente : des milliers de manifestants ont été tués ou arrêtés par les forces de sécurité, tandis que le gouvernement a restreint fortement l’accès à Internet et l’information.
Un changement interne plutôt qu’une intervention étrangère ?
De nombreux Iraniens et analystes estiment que le changement doit venir de l’intérieur, mené par le peuple iranien lui-même, sans intervention militaire externe. Mais des experts du Council on Foreign Relations (CFR) rappellent que les mouvements populaires en Iran ont souvent échoué par le passé faute d’un leadership interne cohérent et crédible.
Antonio Giustozzi, chercheur au Royal United Services Institute (RUSI), souligne auprès de The Insider que même si des frappes militaires sont parfois évoquées, les forces de sécurité iraniennes restent solides et qu’une intervention extérieure ne suffirait pas à provoquer un changement sans divisions internes dans l’armée.
Les manifestants peuvent être nombreux et déterminés, mais si personne ne coordonne les actions, ne représente officiellement le mouvement, ou ne formule de plan concret, le mouvement peut perdre son élan et être facilement réprimé par la République islamique d'Iran.
Elaborer un plan pour "les 100 premiers jours"
Figure emblématique de l’opposition iranienne, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, affirme que la République islamique est "au bord de l’effondrement" face aux manifestations de masse qui secouent le pays depuis fin décembre. Lors d’une conférence de presse à Washington, il s’est dit convaincu que la chute du régime n’était plus qu’une question de temps.
Exilé aux États-Unis depuis la révolution de 1979, Reza Pahlavi assure être prêt à conduire une transition démocratique en Iran. Il affirme avoir élaboré un plan pour "les 100 premiers jours" suivant la chute du régime, ainsi qu’un projet de reconstruction et de stabilisation à long terme, incluant une normalisation des relations avec Israël.
L’ancien prince héritier a également appelé à des frappes "chirurgicales" contre les Gardiens de la révolution, tout en se présentant comme le seul capable de garantir une transition stable. "Je vais retourner en Iran", a-t-il déclaré, affirmant répondre à l’appel de ses compatriotes.
Son nom est de plus en plus présent dans les manifestations, où le slogan "Pahlavi bar migarde" ("Pahlavi va revenir") est régulièrement scandé. Toutefois, Reza Pahlavi demeure une figure clivante, y compris au sein d’une opposition iranienne profondément divisée, et il répète ne pas revendiquer le trône.
"Frappes chirurgicales" visant les Gardiens de la révolution islamique
Reza Pahlavi a dénoncé une répression qu’il qualifie désormais "d’occupation étrangère vêtue de robes cléricales". Il accuse le guide suprême iranien, Ali Khamenei, et son entourage d’avoir commis des crimes de masse contre le peuple iranien et contre l’humanité.
Lors d’une intervention publique, Reza Pahlavi a exhorté la communauté internationale à protéger les Iraniens en affaiblissant les capacités répressives du régime, évoquant notamment des "frappes chirurgicales" visant les dirigeants et les infrastructures de commandement des Gardiens de la révolution islamique.
Il a également réagi aux déclarations de Donald Trump, qui a plusieurs fois menacé d’intervenir face à la répression, avant d’affirmer que les violences et les exécutions prévues auraient cessé. Reza Pahlavi s’est dit confiant dans le fait que l’ancien président américain finirait par se ranger aux côtés du peuple iranien.
Enfin, l’opposant iranien a interpellé le président français Emmanuel Macron, l’appelant à adopter une position plus ferme et à envoyer un message clair de soutien aux manifestants. Selon lui, des millions d’Iraniens attendent désormais que la communauté internationale choisisse clairement son camp face à la répression en cours.
"Merci!", réagit Donald Trump à l'annulation de "toutes les pendaisons prévues"
Mais alors, quel rôle peut jouer la communauté internationale ? Des dissidents iraniens ont appelé l’ONU et les États-Unis à intervenir diplomatiquement pour protéger les civils et mettre fin à la répression.
Les Nations unies ont discuté de la situation au Conseil de sécurité, avec des pays soulignant la nécessité de mettre fin à la violence. Plusieurs pays, notamment les États-Unis, ont imposé des sanctions ciblées contre des responsables de la répression en Iran.
Mais le président américain s'est gardé pour le moment d'agir, remerciant même vendredi le gouvernement iranien d'avoir annulé "toutes les pendaisons prévues" de manifestants.
"Je respecte grandement le fait que toutes les pendaisons prévues, qui devaient avoir lieu hier (plus de 800 d'entre elles), ont été annulées par les dirigeants de l'Iran. Merci!", a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères a promis vendredi qu’il n’y aurait "aucune impunité" pour ces derniers, alors que l’Union européenne s’apprête à adopter des sanctions à leur encontre.
Les citoyens sont aujourd’hui "sans défense"
Le réalisateur iranien Jafar Panahi, Palme d’or du dernier festival de Cannes, qui a dénoncé mardi la répression violente des manifestations, en appelle lui aussi à la communauté internationale à soutenir le peuple iranien. Selon lui, les citoyens sont aujourd’hui "sans défense" face aux forces de sécurité.
"Quand un régime utilise des armes de guerre contre son peuple, ce n’est pas pour faire rentrer les gens chez eux, c’est pour un bain de sang", a-t-il affirmé depuis Los Angeles sur France Inter, estimant que "tout silence face à cette situation devra un jour répondre devant l’Histoire".
Le cinéaste a rappelé que ce mouvement s’inscrit dans la continuité des mobilisations populaires en Iran, de la contestation pour la mort de Mahsa Amini en septembre 2022 aux protestations contre la hausse du prix de l’essence et les élections contestées de 2009.
Depuis le 28 décembre, un vaste mouvement de contestation secoue l’Iran, parti de Téhéran contre le coût de la vie et désormais dirigé contre le pouvoir de l’ayatollah Ali Khamenei, touchant particulièrement les régions les plus pauvres à l’ouest du pays.
La communauté internationale à "mettre en place des moyens de communication"
Avec l'autre cinéaste iranien Mohammad Rasoulof, Jafar Panahi a exprimé samedi "sa vive préoccupation" face à "la répression flagrante" des manifestants en Iran, où internet est bloqué depuis le début du mouvement.
"Le régime iranien a coupé les outils de communication à l'intérieur du pays" et "bloqué tous les moyens de contact avec le monde extérieur", soulignent les deux dissidents dans un message publié sur le compte Instagram de la Palme d'or du dernier festival de Cannes.
"Le recours à de telles mesures vise à dissimuler les violences infligées lors de la répression des manifestations", avertissent-ils, appelant la communauté internationale à "mettre en place des moyens de communication pour surveiller ce qui se passe dans le pays".
L’intervention militaire reste hautement controversée
La Maison Blanche a réaffirmé que "toutes les options" sont encore sur la table, mais l’intervention militaire directe est fortement débattue et peu soutenue par la majorité des Iraniens eux-mêmes.
The Guardian souligne qu'une intervention militaire risquerait non seulement d’aggraver les souffrances des civils et de renforcer le nationalisme pro-gouvernemental. Une aide armée pourrait également détériorer davantage la situation internationale, déjà très fragile ces dernières semaines, et intensifier les tensions diplomatiques entre les grandes puissances.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a remercié vendredi dans un appel téléphonique le dirigeant russe Vladimir Poutine pour le soutien de Moscou, lors d’une réunion la veille du Conseil de sécurité des Nations unies sur la vague de contestation en Iran.
Massoud Pezeshkian a remercié son homologue pour "la position de la Russie", ajoutant que "le rôle et l’implication directe des États-Unis et du régime sioniste dans les événements récents en Iran ne faisaient pas de doute".
La Russie, par la voix de son ambassadeur Vassili Nebenzia, avait reproché jeudi aux États-Unis "d’attiser les tensions et d’alimenter l’hystérie".
"Les Iraniens souhaitent que le CGRI soit classé comme groupe terroriste"
Les massacres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) peuvent également être sanctionnés par la communauté internationale. "Les Iraniens à l'intérieur et à l'extérieur de l'Iran souhaitent que le CGRI soit classé comme groupe terroriste", assure le Sénat.
"Le Parlement européen a voté, à une large majorité, le 19 janvier 2023, une résolution demandant aux institutions européennes de classer le CGRI comme organisation terroriste", est-il précisé sur le site institutionnel.
"Le CGRI alimente les groupes militaires chiites et sunnites au Moyen-Orient afin de réaliser ses ambitions hégémoniques dans la région et apporte son soutien militaire à la Russie dans la guerre contre l'Ukraine", peut-on également lire.
Selon le Sénat, "les juristes estiment que toutes les conditions sont d'ores et déjà réunies pour que le CGRI soit classé comme organisation terroriste". Pour la deuxième "chambre" du Parlement français, c’est "la seule mesure capable de neutraliser efficacement l'organisation derrière la répression en cours en Iran".