Depuis maintenant trois semaines, le peuple iranien se soulève face au régime autoritaire des Mollahs. Des manifestations importantes ont lieu partout dans le pays auxquelles le gouvernement répond par une répression sévère. De nombreux morts sont à déplorer dans les rues, "environ 12.000" en seulement deux jours dénonce l'écrivain iranien Iraj Mesdaghi, invité d'Europe 1 Matin.
Un massacre. À la fin de décembre 2025, une nouvelle vague de manifestations sans précédent a éclaté en Iran, marquant l’un des mouvements populaires les plus importants depuis la révolution islamique de 1979. Ce soulèvement est né de la dégradation rapide des conditions économiques, notamment l’effondrement du rial, l’inflation galopante et la montée du coût de la vie, qui ont profondément affecté le quotidien des Iraniens.
Très vite, des commerçants, des étudiants et des citoyens de toutes classes sociales sont descendus dans la rue, dénonçant non seulement la crise économique mais aussi la gestion politique du pays.
Face à cette mobilisation, le gouvernement a répondu par une répression sévère, incluant des arrestations massives, l’usage de la force par les forces de l’ordre et une coupure quasi totale d’Internet afin de limiter la circulation de l’information. Ces événements ont attiré l’attention des organisations internationales et suscité des réactions diplomatiques, alors que le nombre de victimes et de détenus ne cesse de croître et que le débat sur l’avenir politique du pays s’intensifie.
"Ils ont massacré environ 12.000 personnes"
Pour Iraj Mesdaghi, écrivain iranien et ancien prisonnier politique en Iran, "pendant deux jours ils ont massacré environ 12.000 personnes". Le militant des droits de l’homme, invité d'Europe 1 Matin, fait référence au régime iranien et aux Gardiens de la révolution. "Peut-être que quand vous entendez ce nombre de victimes ça vous étonne. Pour moi ce chiffre est normal. Parce que pendant les années 80, j’ai vu le massacre de 4.000 prisonniers politiques pendant quelques semaines", insiste-t-il.
Iraj Mesdaghi explique que ce combat est "entre le peuple iranien et le régime qui est armé jusqu’aux dents avec des armes de guerre". "La population résiste les mains vides devant un gouvernement qui est capable de tuer encore davantage, voire des centaines de milliers de personnes, pour rester en place", ajoute l’écrivain.
L’ancien prisonnier politique, emprisonné plus de 10 ans (1981-1991), s’est également exprimé sur l’ampleur des manifestations en Iran. Selon lui, "depuis 1979, c’est la première fois qu’on voit un taux de participation" aussi important. Il précise que la population se mobilise également dans les petites villes ainsi que dans les villages.
"Même pendant la révolution islamique en 1979 on ne voyait pas cela. Cette fois-ci c’est exceptionnel. Je pense que c’est une révolution nationale", assure-t-il au micro de Dimitri Pavlenko.
"Mes rêves sont avec l’Iran"
Loin de son pays pendant ces manifestations, Iraj Mesdaghi affirme tout de même qu’il "vit avec l’Iran" depuis qu’il l’a quitté il y a 31 ans. L’écrivain révèle également que son rêve est de "retourner en Iran".
"Mes rêves sont avec l’Iran", avoue-t-il. Ce militant des droits de l’homme raconte que dans les années 80, il était dans la rue à Téhéran qui criait le slogan "mort à Khomeini". "Rien que pour cela, il y avait des milliers de personnes qui étaient exécutées", déplore Iraj Mesdaghi, survivant direct des exécutions massives de 1988.
Le travail de ce dernier est souvent cité par les ONG qui travaillent pour les droits de l’homme. Au micro d’Europe 1 il explique "être la voix des massacrés". "Je suis sorti du couloir de la mort, mais mes amis ne le sont pas. C’est mon premier devoir de faire entendre leur voix au monde entier. En réalité, je vis toujours dans ce couloir de la mort mais je veux que le monde comprenne ce qu’il se passe en Iran", souligne-t-il.
Par ailleurs, il demande à la communauté internationale d’entendre ce message. Pour lui, "c’est très important que la planète sache à quel régime elle a affaire".
"Un danger qui menace l'Europe"
"Je pense que toute relation diplomatique et économique avec ce régime n'est pas juste et n'est pas justifiée. Non seulement pour nous, les Iraniens, mais aussi pour toute la région, tout le monde. Même ici en France, vous êtes confrontés à l'islam politique, ce qui a créé un problème. C'est un danger qui menace l'Europe", alerte Iraj Mesdagh.
Alors qu’il vit à Stockholm, en Suède, depuis 1994, il est devenu l’un des principaux témoins et documentaristes des crimes commis par la République islamique d’Iran. Il assure que dans la capitale suédoise, "le nombre de personnes qui font la prière est beaucoup plus nombreux qu’à Téhéran".
"Le monde est incertain et dangereux pour nous tous. La chute de ce régime, qui est la mère de l’islam politique, pourrait nous aider à nous débarrasser de ce risque", conclut-il.