Trois questions sur le boycott de produits français par une partie du monde musulman

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Emmanuel Macron 1:26
Des photos d'Emmanuel Macron ont été brûlées lors d'une manifestation dans la bande de Gaza. © MAHMUD HAMS / AFP
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Plusieurs appels à boycotter les produits français se sont développés ce week-end dans certains pays musulmans. Ce mouvement est en partie dû à l'affirmation d'Emmanuel Macron selon laquelle "nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins". Une phrase prononcée lors de l'hommage national à Samuel Paty.

"Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins." Cette phrase prononcée par Emmanuel Macron mercredi soir lors de l'hommage national à Samuel Paty, victime de l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, a mis le feu aux poudres avec la Turquie et une partie du monde musulman. Plusieurs appels au boycott ont vu le jour depuis vendredi sur les réseaux sociaux avec des hashtag en arabe appelant à ne plus acheter des produits venus de l'Hexagone. Plus de 200.000 tweets ont relayé ces appels en 24 heures. 

Quels sont les pays concernés ?

Outre la Turquie, avec laquelle la tension grimpe depuis le discours d'Emmanuel Macron sur les "séparatismes", les populations de la Jordanie, l'Iran ou encore du Koweït sont parmi les nombreuses du monde monde musulman pays à avoir suivi le boycott. De son côté, l’Organisation de coopération islamique, qui réunit les pays musulmans, a déploré "les propos de certains responsables français susceptibles de nuire aux relations franco-musulmanes".

Au Maghreb, le chef du parti islamiste algérien Front de la justice et du développement Abdallah Djaballah a appelé au boycott de produits français et demandé la convocation de l'ambassadeur de France.
Au Maroc, le parti d'opposition Istiqlal (centre droit) a dénoncé "la persistance répétée à publier les dessins insultants à l'encontre du prophète" Mahomet ainsi que les "déclarations stigmatisantes de l'islam qui affectent le sentiment religieux commun des musulmans du monde, en premier ceux de France".

Au Proche-Orient, un appel symbolique au boycott a aussi eu lieu à Bab al-Hawa, point de passage frontalier du nord-ouest de la Syrie, aux mains des rebelles et où peu de produits français parviennent.

Alors que ce mouvement prenait de l'ampleur samedi, le président turc Erdogan a une nouvelle fois taclé Emmanuel Macron : "Tout ce qu'on peut dire d'un chef d'Etat qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c'est : allez d'abord faire des examens de santé mentale."

Quelles sont les conséquences de ce mouvement ?

Ce boycott a déjà des effets très concrets dans ces pays. Au Qatar par exemple, les chaînes de distribution Al-Meera et Souq Al-Baladi ont ainsi annoncé qu’elles "retiraient" les produits français des magasins jusqu’à nouvel ordre, notamment la très répandue confiture St Dalfour. L'Université du Qatar a pour sa part annoncé le report de la semaine culturelle française à la suite de "l'atteinte délibérée à l'islam et ses symboles". 

Mais ce n'est pas tout, au Koweït des images ont circulé sur les réseaux sociaux montrant le retrait des produits Kiri et Babybel des rayons, tandis que quelque 430 agences de voyages du pays ont suspendu les réservations des vols vers la France. En Israël, environ 200 personnes se sont massées devant la résidence de l'ambassadeur de France en Israël. Et, dans la bande de Gaza, des manifestants ont brûlé des photos du président français. 

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Crédit photo : OMAR HAJ KADOUR / AFP

Dans la localité tunisienne d'El Kamour, aux portes du Sahara, un défilé anti-France a rassemblé dimanche quelques dizaines de personnes, selon des images diffusées par un collectif local. En Irak, Rabaa Allah, dernière née des factions armées pro-Iran - et la plus puissante -, a affirmé être prête "à répliquer", sans autres détails, après ce qu'elle a qualifié d'"insulte à un milliard et demi de personnes". 

Comment réagit la France ?

La France a appelé dimanche les gouvernements des pays concernés à faire "cesser" les appels au boycott, provenant d'une "minorité radicale", leur demandant aussi d'"assurer la sécurité" des Français vivant sur leur sol. "Les appels au boycott sont sans aucun objet et doivent cesser immédiatement, de même que toutes les attaques dirigées contre notre pays, instrumentalisées par une minorité radicale", a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le ministère a déploré que "dans plusieurs pays du Moyen-Orient se sont développés au cours des derniers jours des appels au boycott de produits français, notamment agroalimentaires, ainsi que plus généralement des appels à manifester contre la France, dans des termes parfois haineux, relayés sur les réseaux sociaux". Ces appels "dénaturent les positions défendues par la France en faveur de la liberté de conscience, de la liberté d'expression, de la liberté de religion et du refus de tout appel à la haine", a estimé le ministère.

Dimanche soir, le président français a diffusé plusieurs tweets, également en anglais et arabe, soulignant son rejet des "discours de haine" et qu'il continuera à défendre "le débat raisonnable".  "La liberté, nous la chérissons; l'égalité, nous la garantissons; la fraternité, nous la vivons avec intensité. Rien ne nous fera reculer, jamais", a écrit le chef de l'Etat. 

"Notre histoire est celle de la lutte contre les tyrannies et les fanatismes. Nous continuerons", a-t-il tweeté, avant d'ajouter : "Nous respectons toutes les différences dans un esprit de paix (...) Nous nous tiendrons toujours du côté de la dignité humaine et des valeurs universelles".

Europe 1
Par Ugo Pascolo et Joanna Chabas, avec AFP