Israël, champion paradoxal et divisé de la vaccination contre le coronavirus

, modifié à
  • A
  • A
De fortes disparités existent dans la population concernant la vaccination. 6:38
De fortes disparités existent dans la population concernant la vaccination. © JACK GUEZ / AFP
Partagez sur :
En Israël, le gouvernement mène une politique très volontariste afin de vacciner le plus rapidement possible sa population. Mais malgré cela, la situation sanitaire reste très complexe en raison de l'émergence des variants. À cela s'ajoute une confiance inégale envers le vaccin selon les communautés et les territoires. 

Israël est le pays qui a vacciné la plus large part de sa population jusqu'à présent : plus de 3 millions d’habitants sur les 9 millions que compte le pays ont déjà reçu au moins une injection. Le pays compte bien avoir vacciné plus de 60 % de sa population d’ici le mois de mars, malgré des fortes disparités. La situation sanitaire globale est assez paradoxale, puisque la campagne a débuté il y a presque 2 mois et commence à montrer des résultats, et qu'une sortie de confinement est programmée mais que, dans le même temps, la situation est très délicate dans les hôpitaux.

Une course entre le variant et le vaccin

Pour comprendre ce paradoxe, il faut tenir compte du fait qu’un confinement strict est appliqué en Israël depuis un mois. Mais, malgré cela, il y a plus de nouveaux cas de Covid-19 par jour qu’au début du confinement. Plus de 1.000 personnes sont toujours hospitalisées dans un état grave et les unités Covid de certains hôpitaux ne peuvent plus accueillir de nouveaux malades car le personnel médical est débordé.

L'explication à cette situation est à chercher du côté des différents variants du Covid-19, dont le variant britannique. Les autorités estiment qu’il représente la moitié des nouveaux cas de quotidien. Il y a en Israël une sorte de course entre le variant et le vaccin. Un point positif toutefois : plus de 84% des plus de 60 ans ont reçu l'injection et les hospitalisations s’effondrent pour cette tranche d’âge une fois la seconde dose reçue. 

Un système de santé efficace 

Dans le hall du grand hôpital de Tel Aviv, l’ambition politique sur le sujet s’affiche partout : un compteur sur grand écran indique même en temps réel le nombre de personnes vaccinées. Le processus est simple, il suffit de passer sa carte d’assurance maladie dans une machine et 10 minutes plus tard, les infirmiers procèdent à l'injection. Une fois la première dose reçue, il suffit d'attendre trois semaines pour obtenir la seconde.

Cette efficacité, Valérie Aloush, adjointe au chef du service Covid 19 de l’hôpital, l'attribue à l’architecture du système de santé israélien. "Tout est informatisé, tout le monde a pu fixer son rendez-vous avec sa caisse de santé, les vaccins sont prêts. La structure était déjà prête". Second moteur de la réussite, selon elle : "Un effet boule de neige. Plus les gens se font vacciner, plus les autres voient qu'il n’a pas d’effets secondaires dramatiques". Mais une forte disparité existe au sein des différentes communautés. Chez les arabes israéliens, par exemple, le taux de vaccination reste faible et l’adhésion est bien moins forte.

Des doutes dans la communauté arabe...

Dans l’hôpital français de Nazareth, plus grande ville arabe d’Israël, un médecin montre fièrement les frigos remplis des flacons de vaccins Pfizer qui viennent d’être acheminés : 60 doses. Dans une salle adjacente, une infirmière de l’hôpital s’apprête à recevoir la première dose. Elle a beau s’occuper de malades du Covid-19, elle a beaucoup douté avant de recevoir l'injection. "Je pensais que peut-être si je contractais le virus, ce ne serait pas aussi dur que pour beaucoup de gens que j’ai vus. Mais ensuite, j’ai été convaincue que c’était mieux de me faire vacciner. Enfin je ne sais pas, je ne suis pas sûre à 100% sûre mais on verra, c’est quelque chose de nouveau."

Wissam Ali lui appose le tampon certifiant qu’elle est désormais vaccinée. Lui aussi infirmier, il se désole de cette méfiance qui reste forte au sein de la communauté arabe, dont il fait partie. "Il y a beaucoup de rumeurs qui circulent ici", raconte-t-il. "Résultat les gens ont peur de se faire vacciner. Il y a des gens qui en effraient d’autres, ils répandent des rumeurs à propos des effets secondaires à long terme, des conséquences néfastes sur la santé qui seraient cachées. Tout ça fait peur aux gens."

...qui favorisent la communauté juive

Conséquence de cette méfiance : la communauté juive afflue dans les centres des villes arabes quasi vides. Dans la salle d’attente d’un dispensaire de Nazareth, peu d’habitants de la ville mais les membres d’un kibboutz situé à 30 kilomètres de là. Elizabeth est venue en famille avec ses parents et son frère. "Les gens d’ici n’étaient pas convaincus par le fait de se faire vacciner et nous on l’était ! On le voulait ! Ici, on n’a pas eu à attendre", raconte-t-elle.

La venue de la communauté juive dans ces dispensaires des villes arabes aide à vaincre la méfiance des habitants, constate un responsable du centre. Pourtant le chemin reste long, en Israël, car si plus 80 % des plus de 60 ans ont été vaccinés, dans la communauté arabe, le chiffre tombe à 45 %. 

La méfiance des ultra-orthodoxes

Une autre communauté se distingue face à la pandémie : les juifs ultra-orthodoxes. Un peu plus de la moitié d’entre eux seulement ont été vaccinés. La communauté haredim est assez divisée sur le sujet. Certains rabbins encouragent leurs ouailles, mais dans certaines villes, les écoles sont restées ouvertes et les restrictions n’ont presque pas été appliquées.

À Jérusalem, dimanche dernier, des milliers d’ultra-orthodoxes se sont rassemblés dans les rues pour les funérailles d’un rabbin. Normalement, seule la famille proche est autorisée à assister à un enterrement. À cause de sa conduite, cette communauté représente un quart des nouvelles contaminations. 

Situation critique dans les territoires palestiniens

L'autre point noir demeure la vaccination dans les territoires palestiniens. Celle-ci est très faible en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, et pour cause : l’état hébreu n’a envoyé que 2.000 doses alors que les territoires palestiniens comptent 5 millions d’habitants. Le gouvernement israélien estime que selon les accords d’Oslo, c'est l’Autorité palestinienne qui est en charge de la santé des Palestiniens.

Plusieurs ONG estiment que l’argument ne tient pas et qu’Israël est une puissance occupante, en tout cas en Cisjordanie, et qu’à ce titre elle a l’obligation morale et juridique de fournir des vaccins aux Palestiniens. L’Autorité palestinienne s’est finalement tournée vers le programme Covax de l’OMS mais les doses n’arriveront pas avant un mois ou deux. 4 millions de doses du produit russe Sputnik V ont aussi été commandées mais, pour l’instant, 5.000 seulement sont arrivées.  

Europe 1
Par Gwendoline Debono