"Biden souhaite redevenir le leader de ce qu'on pourrait appeler le monde libre"

  • A
  • A
g7 biden 8:41
Le G7 est l'occasion pour Biden d'afficher sa proximité avec ses alliés. © Jonny Weeks / POOL / AFP
Partagez sur :
Joe Biden participe ce week-end à son premier G7, il va aussi participer à un sommet de l'Otan et rencontrer Vladimir Poutine. Nicole Bacharan, spécialiste des Etats-Unis, analyse pour Europe 1 la dynamique qu'il porte et le rôle qu'il entend jouer dans le concert des nations ainsi que les points de friction, notamment sur la question chinoise.

"L'Europe est sa priorité pour sa diplomatie mondiale". Pour Nicole Bacharan, politologue, spécialiste des Etats-Unis, le fait que Joe Biden réalise son premier voyage à l'étranger en Europe envoie un signal clair. Son slogan "America is back" est aussi à destination de ses alliés qui peuvent compter sur lui. Pour autant, l'Europe et les Etats-Unis ne sont pas d'accord sur tout. Pour elle, la question chinoise est "le dossier le plus épineux dans ces rencontres américano-européennes", notamment du G7.

Leadership ou partenariat des Etats-Unis ?

Comme le confirme Nicole Bacharan, "Biden, au contraire de Trump, d'Obama et même de George Bush, aime ces sommets internationaux. Il connaît tout le monde. Il aime la discussion, les poignées de main et les tapes dans le dos mais il est ferme dans ses positions". 

Les points d'accord sont tout de même nombreux. "Grosso modo, on est d'accord sur le climat, sur la vaccination mondiale. On sait qu'il faut améliorer les accords commerciaux, mais la vision de la Chine, elle, diffère", résume la politologue. Reste également le rapport entre l'Europe et les Etats-Unis. Biden "souhaite redevenir le leader de ce qu'on pourrait appeler le monde libre. Les Européens parlent plus de coopération que de leadership sur la Chine".

Et si on a dit Macron agacé par la Bidenmania, la politologue tempère l'analyse. "Je pense qu'ils se comprennent. Je pense qu'ils sont d'accord sur le fond. À savoir qu'il y a une menace autoritaire contre les démocraties, à la fois des puissances lointaines comme la Chine, mais aussi à l'intérieur de nos pays". Toutefois, reconnait-elle, "la rivalité entre un président français et américain est ancienne", car il y a une "volonté de marquer sa différence, de défendre des intérêts qui sont proches, mais pas tout à fait les mêmes". Cela est particulièrement vrai, encore une fois, sur la question chinoise.

Division sur la question de la Chine

Aux Etats-Unis, explique-t-elle, "républicains et démocrates sont assez d'accord pour analyser la Chine comme une puissance menaçante" et ce pour plusieurs raisons. "Parce qu'elle est passée d'autoritaire à ultra autoritaire avec un président à vie", mais aussi pour "le génocide des Ouïghours, Hong Kong, etc", énumère Nicole Bacharan. La Chine est aussi considérée comme menaçante "en matière de cybersécurité, sur le plan militaire, sur les chaînes d'approvisionnement". Il y a globalement une "peur de l'influence politique, financière et économique grandissante de la Chine au service d'un régime autocratique" sur les démocraties.

Sauf que les Européens ne partagent pas les mêmes considérations. "Non seulement il y a une division vis-à-vis des Etats-Unis, mais il y a une division entre Européens", rappelle Nicole Bacharan. Ainsi, "l'Allemagne vend l'essentiel de ses voitures en Chine, l'Italie a eu des accords avec la Chine pendant la pandémie pour une aide médicale. La France est un peu plus dure, mais moins dure que les Etats-Unis". Le soutien américain sera toutefois plus palpable sur d'autre sujets, Biden ayant réintégré l'OMS, l'Accord de Paris et "réitéré l'engagement américain" dans l'Otan.

Europe 1
Par Guilhem Dedoyard